Réponses aux climatosceptiques

Certaines contre-vérités sur les changements climatiques sèment la confusion. Voici nos réponses aux climatosceptiques.

« Le climat a déjà changé, ce n’est pas grave ! »

Réponse : Le climat a toujours changé, quel que soit le moteur de ses changements. Or aujourd’hui, la force motrice dominante provient des activités humaines.

Plusieurs forces différentes peuvent influencer le climat. Quand l’activité solaire augmente, la planète reçoit plus d’énergie et se réchauffe. Lorsque des volcans entrent en éruption, ils émettent des particules dans l’atmosphère qui renvoient la lumière du soleil et la planète se refroidit. Quand il y a plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la planète se réchauffe.

Aujourd’hui, la force motrice dominante provient des activités humaines et des émissions de gaz à effet de serre additionnelles provoquées par ces activités. Les changements climatiques passés ne nous disent pas que les humains ne peuvent pas influer sur le climat, au contraire, ils nous disent que le climat est très sensible aux gaz à effet de serre dont nous contribuons à fortement augmenter la présence dans l’atmosphère terrestre.

surface-terrestre

« Les températures n’augmentent plus depuis 1998 ! »

Réponse : Comparer les données climatiques par rapport à une seule année n’a pas de solidité statistique. Des périodes de référence plus longues (au moins 30 ans) permettent de mieux appréhender les phénomènes.

Même si la température moyenne globale augmente moins vite depuis 10 ans, la décennie 2000-2009 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis 1850 ! Le 5è rapport du GIEC rappelle aussi que depuis 1980, chaque décennie a été significativement plus chaude que n’importe quelle décennie passée depuis 1850. De plus, l’explication du réchauffement climatique repose sur plusieurs facteurs. S’il est naturel de commencer par la température de l’air, un examen plus approfondi devrait aussi inclure la couverture neigeuse, la fonte des glaces, les températures au sol, au-dessus des mers et même celle de la mer elle-même. Aujourd’hui, chacun de ces indicateurs atteste d’un réchauffement global des températures.

how-skeptics-view-global-warming
How skeptics view global warming

« Avec l’hiver et le printemps froids que l’on vient de subir, on parle encore de réchauffement climatique !? »

Réponse : Une journée froide, ou une année froide en un lieu donné, n’a rien à voir avec les tendances de long terme (les variations du climat s’évaluent sur au moins 30 ans) qui montrent une hausse des températures à l’échelle planétaire.

La climatologie s’intéresse aux évolutions longues du système climatique, sur des périodes d’au moins 30 ans. De la même manière qu’à la plage, où il est difficile de savoir si la marée est montante ou descendante en observant les vagues pendant quelques minutes, on ne peut pas analyser les évolutions du climat seulement à partir des évolutions de quelques années.

Lorsqu’il analyse les tendances de long terme, le GIEC montre par exemple qu’entre 1880 et 2012, la température moyenne globale a augmenté de 0,85°C. De même, la période 1981-2010 a été la plus chaude depuis 1400 ans.

« Il faisait plus chaud au Moyen Âge »

Réponse : Les températures moyennes globales sont aujourd’hui plus élevées que celles connues au Moyen-Âge.

Même si dans certaines régions (dans l’Atlantique Nord par exemple) on a observé que la température au Moyen Âge était plus élevée qu’aujourd’hui, si l’on étudie les températures atmosphériques globales, on voit qu’il fut une période plus froide que la période actuelle. De plus, des phénomènes naturels permettent d’expliquer la relative chaleur de l’époque : au Moyen Âge, l’activité volcanique (qui contribue à refroidir le climat) était très faible ; à l’inverse, l’activité solaire (qui réchauffe le climat lorsqu’elle est importante) était très forte. Ces phénomènes, bien connus, sont moins intenses aujourd’hui ; seules les activités humaines et les émissions de gaz à effet de serre permettent d’expliquer le réchauffement constaté depuis 1950.

« Le Groenland était vert, recouvert d’herbe (lorsqu’il a été découvert par les Vikings il y a 1000 ans) ! »

Réponse : Les carottages sur place montrent que la calotte glaciaire du Groenland existe depuis au moins 400000 ans !

Certaines régions côtières du sud du Groenland (littéralement la « Terre Verte ») sont plus froides aujourd’hui qu’elles ne l’étaient il y a 1000 ans, ce qui expliquerait que les Vikings y aient vu des zones « vertes ». Même si ce phénomène est vrai, cela ne contredit en rien le phénomène de réchauffement planétaire. Comme précisé dans l’argumentaire sur le Moyen Âge, on a observé dans certaines régions (l’Atlantique Nord) que la température était plus élevée au Moyen Âge qu’aujourd’hui. Mais si l’on observe les températures actuelles à l’échelle mondiale, elles sont globalement plus élevées qu’au Moyen Âge.

« Il n’y a pas de consensus scientifique sur le réchauffement climatique »

Réponse : 97 % des scientifiques de la planète compétents en matière climatique s’accordent à dire qu’il y a bien un réchauffement climatique et que ce phénomène est d’origine humaine.

Le fait que les activités humaines soient la cause du réchauffement planétaire est la position prise par les académies des sciences de 19 pays (dont la France), en plus des organismes scientifiques qui étudient la climatologie (dont le GIEC). Plus particulièrement, 97 % des climatologues actifs en recherche appuient le consensus.

« Le GIEC est trop alarmiste, son jugement est biaisé »

Réponse : Les publications officielles du GIEC sont une synthèse des connaissances scientifiques, qui incluent des publications qui font l’unanimité ainsi que celles qui sont contestées.

Le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) a été créé en 1988 par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le Programme pour l’Environnement des Nations Unies (PNUE) ; il représente tous les gouvernements. Il évalue et synthétise les travaux publiés de milliers de climatologues sous forme de rapports, analysant les tendances et prévisions mondiales en matière de changements climatiques. Un rapport du GIEC est donc une compilation des travaux scientifiques réalisés depuis le précédent rapport. Il fait la synthèse de nombreuses analyses et modélisations ; en cela il ne s’agit pas d’un travail partisan et orienté, mais bien d’une analyse pondérée.

« Les espèces (animales et végétales) vont s’adapter »

Réponse : On assiste déjà à l’extinction d’un grand nombre d’espèces, celles-ci ne pouvant pas s’adapter assez vite à des changements climatiques aussi rapides.

Historiquement, les extinctions massives d’espèces ont été très souvent causées par des changements climatiques trop rapides. Le mode d’adaptation le plus classique d’une espèce est la migration. Aujourd’hui, la vitesse à laquelle le climat évolue, ainsi que certaines activités humaines dévastatrices pour les habitats (changement d’usage des sols avec leur artificialisation par exemple) pourraient ne pas laisser suffisamment de temps aux espèces pour migrer et donc survivre aux changements imposés. Il faut généralement plusieurs milliers d’années pour que se consolide une biodiversité.

« Fixer des limites d’émission de CO2 est suicidaire dans le contexte économique »

Réponse : Le coût d’une action aujourd’hui (tant qu’il est encore temps) est minime, comparé à ce que les changements climatiques nous coûteront à l’avenir si on ne fait rien.

Agir aujourd’hui, c’est dépenser un petit peu pour ne pas avoir à le faire beaucoup ensuite pour panser les plaies des changements climatiques. En effet, le coût de l’inaction serait bien supérieur au coût qu’aurait une politique volontariste de réduction des émissions de gaz à effet de serre aujourd’hui.

« Le responsable, c’est le Soleil ! »

Réponse : Durant les 35 dernières années, au cours desquelles le climat s’est réchauffé, l’activité du soleil a eu tendance à diminuer.

radiations-solaires-2

Le soleil « cause du réchauffement climatique » est l’un des mythes les plus tenaces et les plus communément répandus. Effectivement, sur les périodes passées, l’activité solaire a souvent influencé le climat. Mais si l’on tient compte des dernières décennies, les deux divergent. Le 5è rapport du GIEC montre comment les différentes variations naturelles, comme celles de l’activité solaire, peuvent expliquer les variations de températures constatées dans le passé, jusqu’à la moitié du XXè siècle. Mais depuis 1950, le réchauffement constaté est explicable principalement du fait des activités humaines.

« C’est la faute d’El Nino ! »

Réponse : El Niño est un phénomène influant sur la température moyenne globale, mais ce phénomène est éphémère et n’a donc pas d’impact sur la tendance de long terme.

el-nino
El Nino

Le phénomène El Niño désigne un phénomène climatique particulier qui se caractérise par des températures de l’eau anormalement élevées dans la partie est de l’océan Pacifique équatorial. Lorsque ce phénomène se manifeste, on assiste à une forte hausse des températures annuelles. Cependant, ce phénomène ne perdure pas (d’où le terme d’« oscillation »), et ne peut pas expliquer les tendances de long terme.

« C’est la faute de la chaleur urbaine »

Réponse : Bien que les zones urbaines soient sans conteste plus chaudes que les zones rurales avoisinantes, cela n’a que peu d’effets, voire aucun, sur la tendance au réchauffement global observée.

Lorsqu’ils compilent les enregistrements de température, les scientifiques tiennent compte de l’influence des Îlots de Chaleur Urbains (ICU). Ils comparent les tendances climatiques des zones urbaines à celles des zones rurales voisines et corrigent l’influence des ICU sur les mesures de température à long terme (Hansen 2001). Le GIEC conclut que les effets non corrigés des îlots de chaleur urbains n’affectent pas de plus de 10 % la tendance estimative moyenne de la température de l’air à la surface du globe à une échelle planétaire et centennale. Il tient compte de cet aléa dans la fourchette possible d’augmentation de la température pour la fin du XXIè siècle.

« Il n’y a pas à s’inquiéter, c’est un phénomène naturel, un cycle »

Réponse : Un cycle naturel répond à un forçage, une force motrice elle même naturelle. Or aucune force motrice connue ne peut expliquer le réchauffement observé, si ce n’est les émissions de gaz à effet de serre provoquées par les activités humaines.

Des épisodes de réchauffement / refroidissement, connus sous le nom d’événements de Dansgaard-Oeschger, sont observés dans les enregistrements de la dernière période glaciaire (entre -100 000 et -10 000 ans approximativement) avec une durée de retour de l’ordre de 1500 ans. Ils se caractérisent par un réchauffement rapide de l’Atlantique Nord accompagné d’un refroidissement plus lent de l’Antarctique et d’une migration des zones pluvieuses tropicales. Ainsi ces cycles montrent plutôt une réorganisation des gradients de température, et l’hypothèse la mieux étayée pour les expliquer est une variation de la circulation océanique et du transport de chaleur associé.

A l’inverse, le réchauffement climatique observé depuis 1850 concerne l’ensemble des deux hémisphères et notamment la totalité des océans de la planète, ce qui indique un déséquilibre énergétique global d’importance et pas seulement une réorganisation des transports de chaleur ou un phénomène régional. Et ceci alors que les gaz à effet de serre, au cours de cette même période, ont eu nettement plus d’impacts que le rayonnement solaire, les aérosols (fines particules en suspension dans l’atmosphère) et les éruptions volcaniques.

« C’est la faute de la vapeur d’eau »

Réponse : La vapeur d’eau n’est pas un moteur des changements climatiques ; elle ne fait qu’y réagir, et peut l’amplifier.

Précisons ici le rôle croissant de la vapeur d’eau (H2O) qui, à cet état gazeux dans l’air, est de loin le plus important quantitativement des gaz à effet de serre. Mais son taux est contrôlé par la température (+7 % par °C) et non par les émissions directes d’H2O. Contrairement au CO2, elle se condense et retombe au sol sous forme de pluie ou de neige : sa durée de vie est donc courte. Cela fait que les panaches de fumée la contenant ou l’irrigation ont un rôle négligeable.

Avec le réchauffement (+0.85°C depuis 1880), l’air de la basse atmosphère (de 0 à 8 à 15 km d’altitude) contient plus d’humidité, ce qui provoque une absorption supplémentaire de rayons infrarouges et amplifie l’augmentation initiale de température provoquée par les gaz à effet de serre à longue durée de vie (CO2, CH4…). La vapeur d’eau de la basse atmosphère est donc un effet amplificateur du réchauffement et non sa cause. Celle de la haute atmosphère est un effet du méthane (CH4), deuxième gaz à effet de serre qualitativement le plus important après le CO2.

Par ailleurs, cet air plus chaud et plus humide confère une énergie accrue aux épisodes de précipitations qui deviennent plus intenses.