Les pertes et dommages, conséquences irréversibles du changement climatique

Les pertes et dommages sont définis comme les conséquences irréversibles du changement climatique. Ils touchent déjà toutes les régions du monde, impactant les communautés les plus vulnérables et doivent être traités avec la même urgence que l’adaptation aux impacts climatiques et la réduction des émissions.

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© Marco Longari / AFP

Les pertes et dommages, une réalité déjà présente

Les pertes et dommages sont de plusieurs natures : ils peuvent survenir lors d’événements de longue durée, comme les sécheresses à répétition ou la montée du niveau de la mer, qui détruisent de manière irréversible les moyens de subsistance de certaines communautés. Il peut aussi s’agir d’événements soudains, comme les ouragans ou les inondations qui détruisent des villages entiers en quelques heures. Les pertes et dommages affectent déjà des millions de personnes dans le monde. Canicule en Inde, inondations en Afrique du Sud, le début chaotique de l’année 2022 illustre l’intensification de ces catastrophes. Face à ces événements et ces impacts de grande ampleur, les communautés ne peuvent plus s’adapter. Il est trop tard pour les éviter, elles doivent donc y faire face et pouvoir se remettre de ces destructions, dommages déjà observables.

Il peut s’agir aussi bien de pertes économiques (destruction des infrastructures et habitations, pertes de moyens de subsistance) que de pertes non-économiques, comme la perte de la biodiversité, d’une culture ou d’une langue lors de relocalisation forcée par exemple. Si les pertes économiques sont facilement quantifiables, les pertes non-économiques sont beaucoup plus difficiles à évaluer. Au cours de la dernière décennie, les événements météorologiques extrêmes ont tué plus de 410 000 personnes et affecté 1,7 milliards d’humains dans le monde (IFRC 2020).

290 à 580
Les coûts économiques des pertes et dommages sont estimés entre 290 et 580 milliards de dollars dans les pays en développement d’ici à 2030, alors que les réels besoins sont encore très mal connus.

Les pertes et dommages peuvent être considérés comme une question de respect des droits humains car en fin de compte,  ils menacent les droits à l’alimentation, à l’eau, à l’hygiène, au logement et à la vie. Ils  mettent également en péril tous les gains de développement des pays les plus pauvres et affectent de manière disproportionnée les communautés les plus vulnérables, les femmes, les enfants, les personnes autochtones et les personnes non-valides.

Une question de justice climatique

Les pertes et dommages ont été pour la première fois mentionnés au sein de la Conférence Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques par les Petits États Insulaires en 1991. Mais même si cela fait plus de 30 ans que les pays vulnérables se battent pour que la communauté internationale fournisse une réponse aux pertes et dommages, les pays développés ont pour l’instant toujours refusé de mettre la main à la poche pour aider les communautés impactées à se rétablir à la suite d’événements climatiques.

Leur raison ? Les pays développés arguent qu’ils financent déjà l’atténuation, c’est-à-dire les efforts pour limiter le réchauffement climatique, et d’autre part l’adaptation aux conséquences qu’il engendre. Selon eux, cela permet d’éviter et minimiser les pertes et dommages. De plus, ils craignent que les communautés impactées ne demandent des compensations et contestent que l’on puisse attribuer la responsabilité des impacts climatiques. Pourtant, les rapports du GIEC sont formels : l’intensification des événements météorologiques extrêmes sont dus au réchauffement de la planète, qui est lui-même causé par les activités humaines et l’émission de gaz à effet de serre. Or, les pays développés sont historiquement les plus émetteurs. À titre d’exemple, la France est le douzième émetteur mondial depuis 1850.

Il s’agit donc d’une question de justice climatique : les pays en développement ne peuvent pas répondre seuls à un problème dont ils ne sont que très peu responsables. Ce sont pourtant eux qui sont aujourd’hui les plus touchés par les impacts climatiques. Cette situation est doublement injuste car en plus de ne pas être responsables du changement climatique, ils font partie des pays possédant le moins de capacités financières pour y répondre. Parexemple, l’Allemagne a pu facilement débloquer 30 milliards d’euros de son budget fédéral pour répondre aux inondations dont elle a été victime à l’été 2021, alors que des pays moins riches ont besoin de l’aide internationale dans de pareilles circonstances. Si les pays les plus vulnérables financent déjà des réponses aux pertes et dommages, comme les plans de relocalisation de communautés au Fidji et au Bangladesh, ils ont besoin du soutien des pays les plus riches face à l’ampleur des besoins. De plus, la situation des pays en développement est aggravée par une situation d’endettement qui les prive de leurs ressources fiscales pour lutter contre le réchauffement climatique.

La nécessité d’un financement spécifique

Si la lutte contre le changement climatique doit impérativement passer par la réduction immédiate et drastique des émissions, elle doit aussi fournir une réponse aux communautés qui sont d’ores et déjà impactées par le changement climatique. Or, cette réponse ne peut se cantonner à l’adaptation : elle doit aussi inclure un soutien pour aider les communautés à se rétablir après des événements destructeurs.

Pour cela, les pays développés doivent immédiatement fournir un financement additionnel, en plus de celui existant pour les projets d’adaptation et d’atténuation des émissions, afin de répondre spécifiquement aux pertes et dommages. L’Écosse et la Wallonie ont déjà annoncé lors de la COP26 une contribution financière pour aider les communautés les plus vulnérables face aux pertes et dommages. Mais aucun autre pays ne veut sauter le pas et l’Union Européenne, dont la France, ainsi que les États-Unis, continuent de clamer que l’argent pour l’adaptation est suffisant.

Fatigués d’attendre des contributions volontaires des pays développés, le Vanuatu a annoncé qu’il allait demander un avis expert de la Cour internationale de justice pour savoir dans quelle mesure le changement climatique peut être considéré comme une violation des droits humains. Cette tentative de passer par le droit international illustre bien l’impasse dans laquelle les pays en développement se trouvent. La sollicitation de la Cour internationale de justice passera par un vote à l’Assemblée Générale des Nations-Unies en septembre prochain : la France doit voter pour cette résolution et se ranger ainsi du côté des pays qui défendent les droits humains et assument leur responsabilité historique dans les changements climatiques.

Enfin, il est primordial que les pays investissent davantage et simultanément dans les actions d’adaptation, qui permettront aux communautés de subir de manière moins violente les pertes et dommages. Alors que les pays riches avaient promis d’atteindre un équilibre entre le financement des projets d’adaptation et ceux de réduction des émissions, les projets d’adaptation ne constituaient que 20% du total de la finance climat en 2019. Face à cette situation alarmante, les pays développés ont pris l’engagement de doubler le financement pour l’adaptation d’ici à 2025 par rapport à son niveau de 2019 : elle devrait atteindre 50 milliards de dollars par an. Les pays développés doivent impérativement publier une feuille de route pour indiquer comment ils comptent atteindre cet objectif.

Le nombre de personnes victimes d’impacts irréversibles du changement climatique ne va faire qu’augmenter dans les prochaines années. Il est nécessaire d’agir dès maintenant pour permettre aux communautés impactées de récupérer et construire leur résilience. Le coût de l’inaction est beaucoup plus grand que celui de l’action.

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