Quels impacts du changement climatique sur l’agriculture ?

Le changement climatique affecte déjà fortement le secteur agricole et entraîne de graves conséquences pour la vie des agriculteurs, les obligeant à s’adapter.

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Le secteur agricole de plus en plus affecté par le changement climatique

Les événements météorologiques extrêmes détruisent les récoltes

Le rapport du GIEC « Impacts, adaptation et vulnérabilité » de février 2022 décrit une augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes météorologiques extrêmes liée au changement climatique : vagues de chaleur, périodes de sécheresses, précipitations intenses…

La France est directement concernée : les vagues de chaleur sont de plus en plus fortes, notamment dans le sud du pays. La sécheresse touche aussi les autres régions comme la Normandie, où l’herbe s’arrête de pousser dans les prairies durant ces périodes.
Ces événements ont de graves conséquences sur les productions agricoles : des températures trop élevées, tout comme l’assèchement des sols, nuisent au développement des végétaux. La canicule de 2003 a par exemple entraîné une perte de 20 à 30% des récoltes en France et dans les pays voisins. Ces épisodes, exceptionnels au cours des dernières décennies, sont de moins en moins rares et se répèteront fréquemment dans les années à venir. De plus, le risque d’incendies, accru durant les périodes de sécheresse, met en péril les terres agricoles exposées.

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Selon le GIEC, les pertes de récoltes liées aux sécheresses et aux canicules auraient triplé ces 50 dernières années en Europe.

Les épisodes de précipitations intenses comme les fortes pluies constituent également une menace. Ils sont susceptibles de détruire des récoltes entières s’ils surviennent au mauvais moment, et génèrent en outre un risque d’inondation qui peut dévaster des terres cultivables.

Les chutes de grêles peuvent générer elles aussi des dégâts dramatiques de façon soudaine, cependant les éléments à disposition ne permettent pas, pour le moment, de confirmer qu’elles se multiplient en raison du réchauffement climatique.

L’ensemble de ces risques, auxquels on peut additionner la hausse du niveau des mers et l’érosion costale, contribue par ailleurs à la dégradation des sols, engendrant une réduction de leur productivité et les rendant parfois impraticables à l’agriculture.

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Source : RE6 du GIEC (GTII) – Technical Summary – Figure TS.6

Faire face aux nouvelles conditions climatiques

Le changement climatique amène de nouvelles conditions, qui rendent certaines zones actuelles peu à peu inexploitables pour l’agriculture. D’après le GIEC, 8 % des terres agricoles actuelles deviendront climatiquement inadaptées d’ici 2100, et jusqu’à 30% selon le scénario le plus pessimiste. Les rendements des principales cultures telles que le maïs, le soja, le riz et le blé sont ainsi déjà impactés : selon les estimations, il y a eu une perte de 9 à 10% de la production totale de céréales entre 1981 et 2010.

Cela peut paraître paradoxal, mais la hausse des températures accentue notamment le risque de gel des récoltes, qui peut entraîner des conséquences dramatiques. Les floraisons surviennent en effet de plus en plus tôt, exposant les futurs fruits aux gelées tardives. Le fruit en développement est alors freiné dans sa croissance, voire détruit. Le Verger des Pruneraies, dans le Lot-et-Garonne, a ainsi subi une perte de 90% de sa production de prunes en 2021, comme expliqué dans cette vidéo :

La modification des conditions climatiques amène d’autres conséquences, favorisant notamment le développement de certaines maladies touchant les végétaux ou les animaux, ou encore la prolifération d’insectes nuisibles.

Les dates de récoltes sont dans de nombreux cas avancées, ce qui peut détériorer la qualité des récoltes mais aussi être compliqué à anticiper pour les agriculteurs, forcés à adapter le fonctionnement de leur structure et la gestion de leurs salariés à ces nouveaux calendriers.

Les agriculteurs sont évidemment en première ligne, leurs moyens de subsistance étant directement menacés par les conséquences du changement climatique. Par ailleurs, les terres agricoles rendues impraticables et les destructions de récoltes ne laissent parfois pas d’autre choix que d’importer de la nourriture, ce qui pose la question de la souveraineté alimentaire, y compris en France. Les consommateurs sont eux aussi impactés par la hausse des prix qui découle de ces répercussions, qui menacent dans certains cas la sécurité alimentaire.

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Impacts en cascade des aléas climatiques sur la nourriture et l’alimentation – Source : RE6 du GIEC (GTII) – Figure TS.10

Repenser l’agriculture pour s’adapter

Il est impossible de proposer ici une liste exhaustive des options d’adaptation qui s’offrent au secteur de l’agriculture, tant les solutions dépendent des espèces, des contextes locaux et des conséquences du changement climatique, qui impacteront différemment les territoires.

Il faut d’abord distinguer ce qui relève de l’adaptation spontanée et de l’adaptation planifiée. La première correspond à une réponse à court terme face à une contrainte climatique non anticipée. Les réponses d’urgence possibles peuvent être par exemple l’irrigation pour lutter contre la sécheresse, ou encore la mise en place de systèmes de propulsion d’air chaud pour contrer les gels tardifs. L’adaptation spontanée permet à un agriculteur de réagir rapidement face à des impacts précis pour sauver ses récoltes et ses moyens de subsistance.
Mais certaines de ces solutions de secours, si elles permettent de sauver tout ou partie d’une récolte dans l’urgence, peuvent avoir des impacts collatéraux négatifs comme la hausse de la consommation d’énergie fossile dans le cas de la propulsion d’air chaud, ou encore une utilisation supplémentaire d’eau en été dans le cas de l’irrigation pendant les sécheresses estivales. On parle alors de maladaptation.

Au-delà de ces solutions d’urgence, il est indispensable de mettre en place, dès maintenant, des méthodes d’adaptation planifiée, qui doivent être pensées sur le long terme pour lutter contre les effets du changement climatique de façon pérenne.

L’une de ces réponses durables est le développement des pratiques agroécologiques, dont l’agriculture biologique. Selon le dernier rapport du GIEC, ces approches « peuvent renforcer la résilience au changement climatique, avec de multiples cobénéfices ». Elles offrent en effet une plus forte résistance aux événements extrêmes.

Quelques exemples de pratiques agroécologiques :

  • Diversifier les cultures en intégrant notamment les cultures de légumineuses, qui permettent un meilleur maintien de la matière organique dans les sols, et allonger leurs durées de rotations ;
  • Mettre en place ou maintenir les prairies et les infrastructures agroécologiques sur les terres agricoles : haies, ruisseaux, arbres… ;
  • Mettre en place des couverts végétaux, c’est-à-dire maintenir une végétation permanente sur les parcelles dont le but est de protéger les sols.

Ces différentes pratiques permettent d’améliorer la qualité des sols : ils ont ainsi une meilleure capacité à stocker de l’eau, renforcent leur richesse et sont plus résistants, notamment face aux maladies. Elles ont aussi l’avantage de produire une alimentation plus saine et diversifiée, de mieux rémunérer les agriculteurs et de leur offrir plus d’autonomie, et de favoriser la biodiversité.

Un autre exemple d’adaptation consiste à effectuer des recherches sur les différentes variétés d’espèces végétales afin de sélectionner les plus résistantes aux nouvelles conditions climatiques. Cela passe par exemple par l’utilisation d’espèces plus anciennes, parfois abandonnées car moins productives, mais qui peuvent s’avérer plus résistantes. Ce travail doit être mené sur le terrain et sur le long terme, car tester la résistance d’espèces peut prendre plusieurs dizaines d’années, d’où la nécessité de conduire ce type de recherches dès aujourd’hui.

Les mesures d’adaptation doivent, dans tous les cas, être pensées avec les agriculteurs et agricultrices pour prendre en compte les spécificités locales.

De manière générale, plus le réchauffement climatique sera élevé, plus ses impacts seront forts et moins les mesures d’adaptation d’urgence seront efficaces. En parallèle de la mise en place de mesures d’adaptation dès aujourd’hui, il est indispensable de réduire rapidement nos émissions de gaz à effet de serre, dont le secteur de l’agriculture est l’un des principaux émetteurs (19 % des émissions territoriales en France).

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