L’Europe tangue entre plus d’amour pour le climat et la désunion

Première COP européenne depuis Paris, la COP24 de Katowice est l’occasion de mettre l’Union européenne et ses États-membres face à leurs responsabilités.

Siège de la Commission européenne, Bruxelles
Siège de la Commission européenne, Bruxelles

Première COP européenne depuis Paris, la COP24 de Katowice est l’occasion de mettre l’Union européenne et ses États-membres face à leurs responsabilités. Alors que tous les États européens sont censés être solidaires dans la mise en œuvre de la contribution européenne à l’accord de Paris, ils arrivent en ordre dispersé entre partisans de plus d’actions climatiques et défenseur du statu quo.

Ralentissement de l’action climatique en Europe

Après quinze années de baisse, les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse : +0,6 % en Europe entre 2016 et 2017. Les principaux responsables sont les secteurs du transport en hausse continue depuis 1990, de l’énergie, encore marqué par une forte dépendance vis-à-vis des énergies fossiles en particulier le charbon, et du bâtiment dont les rénovations peinent à décoller. Cette situation souligne un ralentissement de la transition énergétique. La France ne fait pas figure d’exemple puisqu’elle est en retard sur la réduction de ses émissions et sur le développement des énergies renouvelables. Néanmoins, le cas le plus emblématique est celui de l’Allemagne qui est en bonne voie de rater ses objectifs climatiques pour 2020 en raison de la part toujours élevée du charbon dans son mix électrique. À ce rythme, les émissions européennes ne seraient réduites que de -60% à l’horizon 2050, très loin des objectifs de l’accord de Paris.

Une Europe neutre en gaz à effet de serre, un plan qui divise

Afin de remédier à cela, la Commission européenne a présenté un plan pour une Europe neutre en gaz à effet de serre d’ici à 2050. C’est en effet le minimum pour maintenir des chances de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C. S’il est appliqué, ce plan permettrait à l’Europe d’engager des transformations majeures dans tous les secteurs d’activités afin de réduire drastiquement les émissions. C’est le message d’une transition sans regret qui pourrait considérablement améliorer la qualité de vie des Européens, que la Commission a voulu envoyer en amont de l’ouverture de la COP24.

La balle est maintenant dans le camp des États pour valider ce plan. Le Parlement européen comme 15 pays dont la France souhaitent que l’Europe renforce ses engagements climatiques et accélère sa transition, mais d’autres, comme la Pologne, pourtant hôte de la COP24, freinent cette dynamique pour maintenir le statu quo. C’est aussi le cas de l’Allemagne qui reste empêtrée dans ses hésitations à fixer une date de sortie du charbon.

L’urgence de l’action à court terme

Des actions de court terme sont nécessaires pour que l’Union européenne puisse atteindre la neutralité d’ici 2050. Les Européens ont réussi à se mettre d’accord sur l’accélération de leur transition énergétique, même si elle reste timide, en adoptant des objectifs d’énergies renouvelables et de réduction de la consommation d’énergie plus élevés. Mais beaucoup reste à faire pour enclencher cette transition en Europe. En parallèle de la COP24, des dossiers brûlants continuent à être négociés entre les Députés européens et les gouvernements.

C’est le cas des normes de CO2 pour les voitures et poids lourds qui pourraient, si elles sont suffisamment élevées, contraindre les constructeurs automobiles à produire des modèles plus économes en attendant la fin des véhicules essences et diesel, horizon obligatoire si l’on veut que l’Europe atteigne la neutralité.

De même, la réforme du marché de l’électricité peut mettre fin aux soutiens financiers accordés par les États aux centrales les plus polluantes en Europe. Cette bataille, bien que difficile, sera pivot pour tourner le dos aux énergies fossiles. La Pologne est à la tête des pays qui s’y opposent. En cause un projet de centrale à charbon géante, Ostroleka C, qui pourrait recevoir plus de 1,7 milliard d’euros à travers ce mécanisme.

Au moment où les citoyens européens se mobilisent massivement pour le climat à travers des  marches aux quatre coins de l’Europe, les gouvernements s’affichent divisés sur les actions à mettre en place pour qu’enfin, 3 ans après la COP21, le continent soit sur les rails de l’accord de Paris.

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