Alliance d’intérêts entre le charbon polonais et le nucléaire français

Dans une note confidentielle que nous révélons, portant sur la réforme du marché électrique européen, il apparaît que la France et la Pologne entendent s’allier pour maintenir les soutiens financiers aux centrales à charbon et nucléaires en Europe.

Il s’agit des mécanismes de capacités, un système qui, en théorie, permet de subventionner des centrales électriques pour répondre à des potentiels pics de demandes, mais qui, en réalité, maintient en vie des centrales vieillissantes – charbon comme nucléaire.

MALGRÉ LE MANQUE DE TRANSPARENCE, ON ÉVALUE À 58 MILLIARDS D’EUROS LES AIDES QUI SONT VERSÉES DEPUIS 1998 À TRAVERS CE MÉCANISME POUR SOUTENIR DES CENTRALES ÉLECTRIQUES, PRINCIPALEMENT À CHARBON, AU GAZ OU NUCLÉAIRES.

En décembre 2017, la France a défendu lors de négociations européennes des normes de CO2 maximum à ne pas dépasser afin d’exclure les centrales à charbon de ce mécanisme dès 2025. Or, la note du 4 septembre ne fait mention d’aucune date de mise en oeuvre de ces normes de CO2 et préfère une formulation beaucoup plus vague, repoussant l’interdiction des subventions aux centrales les plus polluantes à un horizon lointain.

Le gouvernement polonais s’est empressé de saluer cet accord qui lui permettra, si la législation est adoptée, de lancer le chantier de nouvelles centrales à charbon sur son territoire, comme celle de Ostroleka C – centrale géante de plus de 1GW.

De son côté, la France obtient le soutien de la Pologne pour rejeter tout droit de regard européen sur la pertinence de ces aides financières. En favorisant la primauté de l’évaluation nationale sur une évaluation européenne, les Etats pourront continuer à attribuer des subventions aux centrales à charbon, à gaz ou nucléaires, sans prendre en compte les capacités électriques de leurs voisins européens. C’est une manne financière importante qui est malheureusement attribuée au nucléaire plutôt qu’aux économies d’énergies.

Cette alliance d’intérêts entre le charbon polonais et le nucléaire français va à l’encontre des discours d’Emmanuel Macron sur la priorité pour le climat et la fin du charbon et risque fortement de maintenir l’Europe dans sa dépendance vis-à-vis des énergies fossiles.

Parmi les autres signataires, l’Italie annonce s’être retirée de la note car elle n’allait pas dans le sens de la transition énergétique.

Nous demandons au gouvernement de clarifier sa position en amont du Conseil informel des ministres de l’énergie, les 17 et 18 septembre prochains, et de soutenir le Parlement européen sur les deux points suivants :

  1. Un seuil de CO2 ambitieux visant à exclure toute aide aux énergies fossiles au plus tard 5 ans après l’entrée en vigueur de la réforme
  2. Une évaluation européenne sérieuse afin de prendre en compte l’ensemble des capacités électriques présentes et ainsi d’éviter des subventions inutiles à des centrales électriques – charbon, gaz ou nucléaire
Note sur la réforme du marché de l’électricité
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