Taputapuātea, un patrimoine millénaire face à la montée des eaux
Un lieu sacré, un centre cérémoniel, funéraire et politique : le site de Taputapuātea est un témoin exceptionnel de près de 1 000 ans de civilisation mā’ohi. Mais la montée des eaux vient aujourd’hui compromettre la conservation de ce lieu unique et de la valeur symbolique qu’il porte.

Un site d’une valeur inestimable
Sur l’île de Raiatea, en Polynésie française, le site de Taputapuātea s’étend sur plus de 2 000 hectares et associe vallées boisées, vestiges archéologiques, lagon, récif corallien et une partie de l’océan. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2017, il abrite en son centre un complexe de plusieurs marae, des espaces sacrés, cérémoniels et sociaux qui jouaient également des fonctions politiques et funéraires. Taputapuātea était le lieu de rassemblements réguliers de chefs, de guerriers et de prêtres venant de tout le Triangle polynésien (délimité par Hawaï, la Nouvelle-Zélande et l’Île de Pâques). Il apporte un témoignage unique de cette civilisation, à travers un patrimoine à la fois matériel (sites archéologiques, lieux associés à une tradition orale, marae) et immatériel (récits, cérémonies et savoirs traditionnels, notamment en matière de navigation).
Protéger les vestiges face aux fortes houles
Le complexe étant situé à l’extrémité d’une péninsule, plusieurs marae se trouvent directement au bord de l’eau et sont donc particulièrement exposés aux vagues et aux fortes houles, dont le marae de Taputapuātea, cœur symbolique de ce complexe. Cette vulnérabilité n’est pas nouvelle : des restaurations et aménagements ont déjà été réalisés pour protéger certaines plateformes sacrées des marae, mais l’érosion des sédiments de part et d’autre de ces ouvrages expose de plus en plus les vestiges. Lors des cyclones, de fortes vagues peuvent pénétrer dans le lagon et déferler sur le site. Ces phénomènes causent déjà des dégradations. En décembre 2021, de fortes houles ont déplacé et fait tomber des pierres dans le lagon et fragilisé les plateformes des marae ‘Ōpūteina, Hauviri et Hititai, conduisant à des restaurations[1].
L’élévation du niveau de la mer constitue une menace supplémentaire pour un littoral déjà soumis à l’érosion et aux submersions marines. La dégradation des récifs coralliens pourrait également accroître cette vulnérabilité. Fortement affectés par les vagues de chaleur marines et autres pressions liées aux activités humaines, les coraux sont très sensibles aux effets du changement climatique. Or ils constituent une véritable barrière naturelle, en atténuant la force des vagues et en protégeant les côtes de l’érosion.
Par ailleurs, la frontière entre patrimoine naturel et culturel est particulièrement ténue à Taputapuātea : le lagon, le récif, les montagnes, les marae et les traditions qui leur sont associées forment un même paysage culturel. Préserver le site ne consiste donc pas seulement à maintenir des pierres en place, mais à préserver les relations entre ces différents éléments.
Quand la montée des eaux menace l’habitabilité des atolls
Au-delà des menaces qui pèsent sur ce site unique, certains atolls de Polynésie française pourraient voir leur habitabilité remise en cause. Dans l’archipel des Tuamotu, qui abrite près de 17 000 habitants répartis sur 76 atolls dont l’altitude maximale ne dépasse pas 5 à 6 mètres, entre 48 et 98 % des logements ont déjà été touchés par des inondations selon le GIEC[2]. Dans les cas les plus extrêmes, certaines populations pourraient être contraintes de quitter leur lieu de vie. Outre la perte de leur lieu de vie, cela entraîne des ruptures culturelles profondes, avec la perte de terres ancestrales, des traditions associées aux territoires et, pour certaines communautés insulaires, une remise en cause de leur identité même.

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Sources
[1] Direction de la Culture et du Patrimoine de Polynésie, « Restauration d’urgence de marae à Taputapuātea », juillet 2022
[2] GIEC, RE6 « Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability », 2022
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