Montenvers, un patrimoine face au recul des glaciers
Point de vue panoramique sur la Mer de Glace, le Montenvers est un lieu emblématique du tourisme montagnard et de l’alpinisme. Mais avec le recul du glacier, ce site historique voit progressivement disparaître le paysage qui a fait sa renommée et doit repenser ses aménagements et son avenir.

Un patrimoine historique face à la fonte des glaces
Visité depuis le XVIIIe siècle, le site du Montenvers est progressivement devenu un haut lieu du tourisme de montagne et de l’alpinisme. Situé à 1 913 mètres d’altitude, il offre un point de vue exceptionnel sur la Mer de Glace, le plus grand glacier de France. Il est accessible depuis Chamonix-Mont-Blanc par un chemin de fer inauguré dès 1909. Au fil du temps, le Montenvers s’est transformé pour accueillir un nombre croissant de visiteurs au sein de ses commerces, terrasses d’observation, sa galerie de cristaux et son musée, le Glaciorium. Il constitue également le point de départ de la télécabine permettant de rejoindre la Mer de Glace et sa célèbre grotte de glace, creusée chaque année dans le glacier depuis plusieurs décennies.
Ces aménagements en font un symbole du tourisme alpin, rendant accessible un environnement autrefois difficile d’accès et permettant au plus grand nombre de découvrir les paysages de haute montagne. Le train du Montenvers, la télécabine et la grotte de glace sont ainsi devenus partie intégrante de l’identité du site.
Mais la Mer de Glace, qui constitue le principal attrait paysager du Montenvers, a profondément changé au cours des dernières décennies. À la fin du XXème siècle, son épaisseur diminuait d’environ 1 mètre par an. On observe désormais plusieurs mètres par an, avec des années particulièrement marquées (8 mètres perdus en 2022). Dans un scénario d’émissions modérées, la surface de la Mer de Glace pourrait diminuer de 80 % d’ici 2100. Elle pourrait même disparaître avant la fin du siècle dans un scénario d’émissions élevées.
Adaptation : de nouvelles infrastructures pour rejoindre le glacier
Le changement climatique affecte ainsi directement l’expérience de la visite du Montenvers. Le glacier s’est progressivement éloigné, obligeant à adapter régulièrement les équipements permettant de l’atteindre. La distance entre l’arrivée de l’ancienne télécabine (en service de 1988 à 2023) et la grotte de glace n’a ainsi cessé d’augmenter. Des centaines de marches ont progressivement été ajoutées pour permettre aux visiteurs de rejoindre le glacier.
Ce recul inexorable a conduit à la construction d’une nouvelle télécabine, mise en service en février 2024. Elle permet de réduire temporairement la distance entre la remontée mécanique et la grotte de glace. Cela répond également à un enjeu de sécurité pour les pratiquants de la haute montagne, puisqu’elle permet notamment de faciliter le retour de la Vallée Blanche, un itinéraire très fréquenté à ski en hiver.Cette nouvelle infrastructure n’est qu’une réponse temporaire au recul du glacier. Dès sa mise en service, la Compagnie du Mont-Blanc estimait qu’il faudrait probablement, dans une dizaine ou une quinzaine d’années, marcher une trentaine de minutes entre l’arrivée de la télécabine et le glacier. Et cette solution n’a pas vocation à permettre de suivre indéfiniment le recul du glacier : « C’est la dernière course au glacier. Il n’y aura pas d’autres télécabines pour se rapprocher davantage de la Mer de Glace » selon le chef d’exploitation du Montenvers à la Compagnie du Mont Blanc.
Si l’un des objectifs affichés est de permettre au public de venir au plus près du glacier pour mieux prendre conscience des effets du changement climatique, la construction de nouvelles infrastructures dans ce milieu fragile pose question, d’autant plus qu’il s’agit de maintenir l’accès à un paysage dont la disparition est annoncée. Le sujet est complexe, alors que le tourisme est l’une des principales sources d’emplois et de revenus
dans la vallée de Chamonix. Le tout dans un contexte de baisse de l’enneigement qui remet également en question la pratique du ski dans de nombreuses stations.
La disparition progressive de la Mer de Glace ne signifie pas pour autant la disparition du patrimoine du Montenvers. Le train, la gare, les infrastructures touristiques et les traces de plus de deux siècles d’histoire du tourisme alpin demeureront, mais leur relation au paysage sera profondément transformée.
Le site pourrait ainsi progressivement changer de fonction : d’un lieu permettant d’admirer et d’atteindre un glacier, il pourrait devenir un lieu où l’on vient observer les traces de sa disparition et raconter l’histoire d’un paysage en transformation du fait du changement climatique.
Le gel-dégel, une menace pour le patrimoine de montagne
Dans les Hautes-Alpes, le fort du Mont-Dauphin, construit par Vauban à partir de 1693, est lui aussi confronté aux variations du climat. Ses fortifications sont confrontées aux effets de l’eau et du gel. Les escarpements de la place forte, qui retiennent les terres sur lesquelles elle a été construite, présentent par endroits des dégradations liées à une mauvaise évacuation de l’eau, aux fortes pluies et au gel. Lorsque l’eau pénètre
dans les fissures des matériaux puis gèle, son expansion exerce des contraintes susceptibles d’endommager les maçonneries. Le Centre des monuments nationaux travaille notamment sur ces problématiques de conservation dans le cadre du projet européen Resilient Fortress, consacré à l’adaptation du patrimoine fortifié aux changements environnementaux.
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