Le phare de la Coubre, une disparition annoncée
Depuis plus de 120 ans, le plus haut phare de la côte charentaise guide les navires dans l’estuaire de la Gironde. Pourtant, la déconstruction de ce géant semble inéluctable face à l’accélération du recul du trait de côte.

Une érosion côtière qui grignote la plage
Bâti en 1905, le phare de la Coubre surplombe la pointe du même nom du haut de ses 64 mètres et abrite depuis 2005 un musée qui retrace son histoire. Premier phare français construit en béton armé, il sécurise l’accès à l’estuaire de la Gironde dans une zone particulièrement dangereuse pour les navires.
Mais cette sentinelle fait face à la même menace que ses prédécesseurs. En effet, plusieurs édifices conçus dès 1830 pour guider les navires ont été détruits par le recul du trait de côte, notamment la tour en pierre construite en 1895 et écroulée en 1907 sous l’effet de l’érosion.
Par prudence, le phare a donc été construit à 1,8 km de la côte… mais cette distance a fondu depuis. À marée haute, il n’y a déjà plus que 130 à 150 mètres entre le phare et l’océan.
Le changement climatique ne crée pas cette érosion, mais il contribue à l’aggraver : en accélérant la hausse du niveau de la mer, il accroît la vulnérabilité des littoraux sableux et peut favoriser leur recul. Les tempêtes peuvent également provoquer des reculs brutaux et importants du littoral.
Quand l’adaptation atteint ses limites
Face au caractère inéluctable du recul du trait de côte, la déconstruction du phare a été annoncée en janvier 2025 par la Direction Interrégionale de la mer Sud-Atlantique : « Il vaut mieux agir avant que le phare ne tombe et s’éparpille façon puzzle sur la plage », expliquait son directeur adjoint Christophe Mérit. Aucune date n’a été annoncée, mais le sujet n’est désormais plus tabou et la démolition sera obligatoire lorsque la mer ne sera plus qu’à 65 mètres de l’édifice, soit la moitié de la distance actuelle. Impossible de savoir aujourd’hui combien d’années cela représente, ni s’il sera déplacé et remonté ailleurs. Une chose demeure certaine : en tant que monument historique, ses pièces resteront à protéger, même démontées.
Si la technologie permet aujourd’hui aux navigateurs de s’en passer, cette annonce a suscité une vive émotion chez les Charentais et autres visiteurs amoureux du phare. Une pétition a même récolté près de 20 000 signatures pour le sauver. Et l’annonce de sa déconstruction a attiré de nombreux touristes, soucieux d’admirer le bâtiment tant qu’il en est encore temps. En avril 2025, le phare enregistrait 150 % de visites de plus qu’en temps normal.
Même si cette démolition devrait avoir lieu dans quelques années, l’érosion, elle, continuera de faire reculer le trait de côte et l’océan gagnera progressivement du terrain. La situation du phare illustre les limites de l’adaptation lorsque le recul du trait de côte rend impossible le main-tien d’un patrimoine sur son site d’origine. Il ne s’agit alors plus seulement de chercher à protéger le bâtiment, mais de déterminer comment en préserver la mémoire et les éléments matériels.
Un phare loin d’être le seul concerné
À l’échelle de la France, 20 % du trait de côte est en recul, en particulier les côtes basses sableuses. La Charente-Maritime fait partie des 5 départements dont plus de la moitié des côtes sont en érosion.
À quelques kilomètres du phare de la Coubre, l’île d’Oléron, troisième destination préférée des Français pour des vacances à la mer, est extrê-mement vulnérable aux submersions et subit l’un des taux d’érosion les plus élevés de France. Sa côte Sud, la pointe de Gatseau, enregistre un recul de près de 20 mètres par an depuis les années 2000, avec des épisodes plus marqués lors des tempêtes (56 mètres durant l’hiver 2013-2014). Une grande partie de l’île est déjà menacée par les submersions marines, un risque qui devrait encore s’accentuer avec la hausse du niveau de la mer. Pour faire face, la communauté de communes mise sur ses rem-parts naturels : les dunes et les zones humides.
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