La sécurité mondiale en danger en cas de réchauffement bien au-delà d’1,5°C

D’après le rapport 1,5°C du GIEC, le nombre de personnes exposées à la fois aux risques liés au climat et à la pauvreté serait augmenté de plusieurs centaines de millions d'ici 2050 à 2°C de réchauffement par rapport à 1,5°C. Si rien n’est fait, on se dirige vers +3°C en 2100 avec un risque vital pour une partie de la population mondiale.

An SH-60F Sea Hawk helicopter assigned to Helicopter Anti-Submarine Squadron (HS) 14, flies around the Bangkok area with members of the humanitarian assessment survey team and the Royal Thai Armed Forces to assess the damage caused by flooding.
An SH-60F Sea Hawk helicopter assigned to Helicopter Anti-Submarine Squadron (HS) 14, flies around the Bangkok area with members of the humanitarian assessment survey team and the Royal Thai Armed Forces to assess the damage caused by flooding.

Agnès Michelot, maître de conférences en droit public à l’université de La Rochelle, répond à ces questions :

Quels sont les risques d’un réchauffement supérieur à 1,5°C ?

Les risques liés au climat pour la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau, la sécurité humaine et la croissance économique devraient augmenter avec le réchauffement planétaire dès 1,5 °C. Le rapport 1,5°C du GIEC souligne que ses conséquences seront disproportionnées pour les populations les plus pauvres et les plus vulnérables [1a]. Cependant, le limiter à 1,5°C pourrait permettre d’éviter certains impacts sur la diversité biologique et de maintenir des services écosystémiques essentiels à la subsistance, les systèmes humains étant très liés aux équilibres naturels.

Entre 1,5°C et 2°C d’augmentation moyenne de température terrestre, la différence d’intensité des conséquences serait drastique. Les régions les plus exposées sont les écosystèmes arctiques, les régions arides, les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés avec des impacts particulièrement importants pour certaines régions rurales en Afrique subsaharienne et Asie du Sud-est.

Selon certaines études présentées dans ce rapport spécial, à environ 1,5°C de réchauffement (entre 2030 et 2052 si le réchauffement continue à ce rythme [1b]), le changement climatique agit comme un multiplicateur de pauvreté intensifiant celle des plus démunis et augmentant le nombre de personnes pauvres. Il pourrait conduire dès 2030 entre 3 à 16 millions de personnes dans l’extrême pauvreté en raison notamment des impacts sur l’agriculture et les prix de l’alimentation [2] [3]. Selon ce rapport 1,5°C, un tel réchauffement aurait pour conséquence de redéfinir l’économie mondiale en réduisant les revenus mondiaux moyens et en élargissant leur inégalité globale [4].

Dans un scenario de réchauffement de 2°C par rapport à une augmentation d’1,5°C, le nombre de personnes exposées à la fois aux risques liés au climat et à la pauvreté serait augmenté de plusieurs centaines de millions d’ici 2050 [1c].

Quels sont les risques pour la population mondiale à +3°C de réchauffement ?

Malheureusement, les messages du GIEC ne sont pas entendus, ou trop peu. Pour preuve, la COP 24, qui a suivi la publication de ce rapport 1,5°C en octobre 2018, a montré un manque d’ambition des États, dont les engagements ne sont pas à la hauteur des défis à relever. On compte trois niveaux de vulnérabilité : la sensibilité au risque, l’exposition à celui-ci et la capacité à s’y adapter et à le surmonter.

Si rien n’est fait, on se dirige vers un réchauffement de 3°C en 2100 avec une augmentation considérable des risques climatiques pour les personnes les plus vulnérables, rendant leur adaptation impossible et causant alors des problèmes migratoires. En effet, les effets néfastes des changements climatiques sont identifiés parmi les facteurs et les problèmes structurels qui poussent des personnes à quitter leur pays d’origine [5][6][7][8].

Avec l’accroissement des migrations, le lien entre climat et sécurité est d’ores et déjà une question essentielle [9]. Il est urgent que des mesures soient prises et de ces efforts dépend la survie d’une partie de la population mondiale !

Comment limiter le réchauffement à 1,5° et s’adapter sur le plan humanitaire ?

Le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières de Marrakech de décembre 2018 ouvre peut-être la possibilité d’un traité international donnant des droits aux déplacés environnementaux [10] [11]. Il a notamment pour objectif de s’attaquer aux facteurs de vulnérabilité liés aux migrations et de les réduire. Mais on n’y est pas encore.

Le message principal du rapport 1,5°C, c’est l’urgence ! Il faut un changement radical pour tenir les objectifs de limitation du réchauffement climatique à 1,5°C [12].

Références

[1] Special Report: Global Warming of 1.5 ºC IPCC –GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), 8 octobre 2018

[1a] Chap.1 p. 51, (high confidence)

[1b] Paragraphe A.1, SPM, page 6

[1c] Paragraphe B.5.1, SPM, page 11

https://www.ipcc.ch/sr15/

https://www.ipcc.ch/sr15/chapter/summary-for-policy-makers/

https://www.ipcc.ch/sr15/chapter/chapter-1-pdf/

https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2018/07/SR15_SPM_version_stand_alone_LR.pdf

https://archive.ipcc.ch/pdf/session48/pr_181008_P48_spm_fr.pdf   (CP du GIEC du 08 octobre 2018)

[2] Shock Waves : Managing the Impacts of Climate Change on Poverty, Hallegatte et al. 2016, World Bank

https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/22787/9781464806735.pdf

Sans justice climatique, 120 millions de pauvres supplémentaires d’ici 2030

Réseau Action Climat 27-10-2017

[3] Climate change through a poverty lens, Stephane Hallegatte & Julie Rozenberg Nature Climate Change volume 7, pages 250–256 (2017)

https://www.researchgate.net/publication/315977715_Climate_change_through_a_poverty_lens

[4] Global non-linear effect of temperature on economic production, Burke M et al. Nature volume 527, pages 235–239, 12 November 2015

https://www.nature.com/articles/nature15725

[5] Christel Cournil, Benoît Mayer, Les migrations environnementales. Enjeux et gouvernance, Paris, Presses de Sciences Po, coll. « Bibliothèque du citoyen », 2014, 166 p.

https://www.cairn.info/revue-projet-2014-5-page-92.htm#

[6] Christel Cournil, Chloé Vlassopoulos (coord.), Mobilité humaine et environnement du global au local, Editions Quae, Versailles, 2015.

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01216274/document

[7] François Gemenne, Environmental changes and migration flows : normative frameworks and policy responses, Université de Louvain, IEP de Paris, 2009.

https://tinyurl.com/y5t7cl25

Réchauffement climatique : un danger humanitaire

Réseau Action Climat 11-01-2019

[8] Dina Ionesco, François Gemenne, Caroline Zickgraf, The State of environmental migration. A review of 2014,  Sciences Po, IOM, 2015.

https://publications.iom.int/system/files/pdf/state_environmental_migration_2014_0_0.pdf

[9] Climate and Conflict, Marshall Burke et al., Annu. Rev. Econ. 2015. 7:577–617

https://tinyurl.com/y2a33y7n

https://www.annualreviews.org/doi/abs/10.1146/annurev-economics-080614-115430

[10] Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulière, Assemblée générale, Nations Unies, 30 juillet 2018

https://www.ekm.admin.ch/dam/data/ekm/aktuell/news/migrationspakt-f.pdf

[11] « Du mythe à la réalité » des migrations : à Marrakech, l’adoption d’un pacte mondial « non contraignant » propose des principes directeurs aux États Membres – 10 décembre 2018, Nations Unies

https://www.unhcr.org/fr/news/stories/2018/9/5baa06ada/marge-lassemblee-generale-lonu-dirigeants-internationaux-expriment-force.html

[12].Valérie Masson Delmotte (GIEC): les risques d’un réchauffement climatique supérieur à 1,5° (avec vidéo de 5 mn), Réseau Action Climat, 05-12-2018 (voir « Alors, comment limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici à 2100 ? »)

https://reseauactionclimat.org/valerie-masson-delmotte-giec-risques-rechauffement-climatique-superieur-1-degre-et-demi/

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