Présidentielle : Que vaut Anne Hidalgo pour le climat ?

Dans le cadre de l'élection présidentielle, le Réseau Action Climat note l'ambition des mesures proposées par chaque candidat pour le climat. Transports, Agriculture, Logements, Energie, International, Industrie, Finances Publiques : que vaut le programme d'Anne Hidalgo pour le climat ?

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🟠 Donner accès à tous à une mobilité moins polluante

Anne Hidalgo propose d’investir dans le train et de donner accès aux transports non polluants à un coût abordable, mais ne s’exprime pas sur la conversion de l’industrie automobile ou la nécessaire réduction du trafic aérien. 

Les propositions d’Anne Hidalgo pour les transports

Anne Hidalgo promet un accès pour tous et à un coût abordable à des moyens de transport non polluants et décarbonés. Plusieurs de ses propositions visent notamment à renforcer l’accès aux véhicules électriques grâce à un système de “leasing social” ou bien encore la mise en place d’un prêt à taux zéro pour la mobilité durable. Anne Hidalgo promet aussi de déployer un million de bornes électriques supplémentaires partout en France et en priorité dans les zones rurales. Un plan d’investissement massif dans le ferroviaire est aussi prévu pour permettre le retour des petites lignes, des trains de nuit et du fret ferroviaire. Enfin, Anne Hidalgo promet d’abaisser la TVA sur le train et de mettre en place une taxe empreinte carbone sur les billets d’avion lors que ces vols disposent d’une alternative ferroviaire comparable.  

Notre avis

Si l’enjeu d’investir massivement dans le train afin d’accélérer le développement de l’offre ferroviaire pour les voyageurs et les marchandises est bien identifié, aucune proposition n’est en revanche faite concernant le développement de l’offre de transport en commun et du vélo. Anne Hidalgo identifie bien l’enjeu de limiter le trafic aérien mais ses propositions restent très limitées. La candidate propose de mettre en place une taxe empreinte carbone sur les vols disposant d’une alternative ferroviaire comparable sans aller jusqu’à proposer la suppression de ces mêmes vols. L’abandon des projets d’extensions d’aéroports et la remise à plat de la fiscalité du secteur aérien ne sont pas mentionnés. Enfin, Anne Hidalgo ne se positionne pas sur l’interdiction de la vente des véhicules neufs diesel, essence et hybrides mais formule en revanche plusieurs propositions pour aider à l’acquisition d’un véhicule électrique : instauration d’un système de leasing social et mise en place d’un prêt à taux zéro pour la mobilité durable. 

🟠 Engager la relocalisation et la décarbonation de l’industrie

La relance économique et industrielle est clairement liée aux objectifs de décarbonation dans le programme d’Anne Hidalgo, mais ses propositions sont imprécises.

Les propositions d’Anne Hidalgo pour l’industrie

Anne Hidalgo propose d’axer sa politique de réindustrialisation autour de 4 grandes “odyssées” et de placer l’écologie au centre de la reconquête économique avec pour principales propositions :

  • Un plan de relocalisation économique des activités stratégiques pour atteindre -50 % d’émissions de CO2 sur la période 2015-2035
  • Un plan d’urgence de réduction des émissions des sites industriels
  • Un accompagnement et soutien financier aux entreprises avec un fond pour la réindustrialisation et l’emploi de 3 milliards d’euros
  • Le conditionnement des aides publiques au respect des critères environnementaux, avec garanties de remboursement
  • Le développement de l’économie circulaire et de l’ESS
  • La mise en oeuvre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières

Notre avis

Le programme d’Anne Hidalgo intègre concrètement l’enjeu de la transition industrielle dans son programme, avec un objectif ambitieux de réduction des émissions. Les questions de la transformation des sites industriels, des financements, du développement de l’économie circulaire sont bien appréhendées, tout comme la prise en compte de ces industries dans un environnement plus global (taxe carbone, réindustrialisation, empreinte carbone), mais sans précisions sur les moyens mis en oeuvre. La question des transitions professionnelles est traitée de façon éparse, mais est bien présente en toile de fond : fonds pour la réindustrialisation et l’emploi local, soutien à la création d’emplois verts…

Toutefois, les “odyssées industrielles” que sont le numérique, la santé, l’énergie et la mobilité ne semblent pas intégrer les secteurs stratégiques de l’industrie lourde (ciment, chimie, acier), pourtant essentielles ici.

🟠 Transformer l’agriculture pour une alimentation de qualité pour tous et un revenu décent pour les agriculteurs

Anne Hidalgo axe son programme sur l’accès de toutes et tous à une alimentation saine et durable. Sur le volet agricole, si son programme fixe des objectifs pertinents (lutte contre l’artificialisation des sols, sortie des engrais de synthèse, développement de l’agriculture biologique), ses propositions manquent globalement de précisions et l’enjeu majeur de la sortie des élevages industriels est absent de son programme.

Les propositions d’Anne Hidalgo sur l’agriculture

Anne Hidalgo propose plusieurs mesures visant à réduire les inégalités d’accès à une alimentation saine et durable : généralisation de la tarification sociale dans la restauration collective, interdiction de la publicité à destination des enfants sur les produits néfastes pour la santé et expérimentation de “chèques alimentation durable”, tout en faisant une “priorité” de la lutte contre la précarité alimentaire. Son programme défend l’interdiction des importations de produits agricoles ne respectant pas les normes de production française. Plusieurs mesures précises sont proposées pour soutenir le développement de l’agriculture biologique et lutter contre l’artificialisation des sols. La candidate propose également de sortir de l’usage des engrais de synthèse et d’améliorer l’autonomie européenne en protéines végétales dès 2030; même si les mesures ne sont pas très précises.

Notre avis

Le programme de la candidate contient des propositions pertinentes visant à lutter contre la précarité alimentaire et à renforcer l’accès de toutes et tous à une alimentation saine et durable. Il ne reprend néanmoins pas les recommandations du Réseau Action Climat visant à augmenter la part de bio et à proposer davantage de menus végétariens dans la restauration collective, limitant ses engagements dans ce secteur à la généralisation de la tarification sociale. Sur les sujets les plus structurants dans la lutte contre le changement climatique, les propositions sont peu précises voire inexistantes : rien n’est proposé pour sortir des élevages industriels et on trouve très peu de choses pour accompagner la transition vers des élevages durables. Il n’y a pas de critère de durabilité pour limiter les importations, et rien sur l’enjeu de ne pas déstabiliser les marchés des pays tiers avec nos exportations de denrées agricoles fortement subventionnées. Il n’y a pas non plus de mesures précises pour sortir des engrais azotés. En revanche, les propositions sont assez fouillées pour soutenir l’agriculture biologique et lutter contre l’artificialisation des terres agricoles.

🟠 Accélérer la rénovation performante des logements

Anne Hidalgo propose un programme ambitieux dans ses objectifs de rénovation énergétique des logements, avec une approche sociale permettant à ceux qui n’en ont pas les moyens de le faire, mais elle ne donne pas d’éléments sur l’accompagnement des ménages ni sur la mise en œuvre de l’interdiction de location des passoires énergétiques. 

Les propositions d’Anne Hidalgo sur la rénovation des bâtiments

Anne Hidalgo souhaite mener un grand plan pluriannuel de rénovation énergétique des bâtiments basé sur un nouveau dispositif : aucun frais à avancer au moment des travaux ; le remboursement, dont l’ampleur dépendra du niveau des revenus, se fera au moment de la revente ou de la succession. Ce dispositif doit permettre la rénovation complète et performante de 760 000 logements privés par an, soit 22 millions de logements d’ici 2050. Dans le parc locatif, les loyers seront encadrés en fonction de la performance énergétique du logement. Elle propose par ailleurs de faciliter la formation continue, proposition qui pourrait s’appliquer aux professionnels du bâtiment.

Notre avis

Anne Hidalgo propose une approche volontariste de la rénovation des logements, basée sur la levée de contraintes financières pour les ménages modestes en France. Cette proposition mentionne l’atteinte de niveau de performance cohérent, et embarque la réduction de la précarité énergétique. Mais elle ne détaille pas au niveau du programme les conditions précises d’accompagnement des ménages dans la rénovation énergétique, particulièrement pour les familles en précarité énergétique. Anne Hidalgo s’abstient de mentionner des mesures de types obligations et interdictions et passe ainsi à côté de l’opérationnalisation de l’interdictions de locations des passoires énergétiques.

🟠 S’orienter vers le 100 % énergies renouvelables

Anne Hidalgo propose un cap vers le 100 % énergies renouvelables pour 2050, sans construction de nouveaux EPR, mais manque d’une feuille de route claire pour réaliser la transition énergétique.

Les propositions d’Anne Hidalgo sur la transition énergétique

La candidate propose de fixer un cap vers le 100 % énergies renouvelables, “aussi rapidement que possible”. Elle s’oppose à la construction de nouveaux EPR ou de petits réacteurs modulaires. Le parc nucléaire sera fermé au fur et à mesure, sans sortie précipitée “pour éviter de faire flamber le prix de l’énergie”. Et si des prolongations sont à envisager, ce sera défini par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et le Parlement.

Notre avis

Le cap du 100 % énergies renouvelables correspond à la vision de la transition énergétique du Réseau Action Climat, sans construction de nouvelles centrales nucléaires.

Il manque cependant des points plus précis pour une feuille de route permettant de mettre en œuvre cette vision de la transition énergétique. La question de la potentielle prolongation des centrales nucléaires peut montrer la nécessité de renforcer cette trajectoire. Il n’est pas non plus fait mention des conditions de déploiement des énergies renouvelables ni d’un débat démocratique et de l’implication des citoyen.nes dans le déploiement du 100 % énergies renouvelables (énergies citoyennes par exemple).

🔴 Adopter une politique climatique internationale à la hauteur des enjeux

Les propositions de politique climatique internationale d’Anne Hidalgo ne reflètent pas les priorités préconisées par le Réseau Action Climat et manquent de concret pour faire face à l’urgence de la situation.

Les propositions d’Anne Hidalgo sur l’international

Le programme international de la candidate est centré autour du rôle de l’Union Européenne, la redéfinition de la politique migratoire, le rôle de la francophonie et la diplomatie climatique internationale.

Anne Hidalgo propose de conduire une politique climatique « ambitieuse », en organisant un sommet mondial « Paris +10 » en 2025 pour les 10 ans de l’Accord de Paris où sera proposée une trajectoire zéro carbone plus ambitieuse que celle issue de la COP26. La candidate propose également de reconnaître le crime d’écocide par des acteurs publics et privés et de reconnaître un tribunal pénal international pour juger des atteintes à l’environnement et à la biodiversité.

Notre avis

Le programme d’Anne Hidalgo vise à réinvestir le domaine de la diplomatie climatique et, en ce sens, est aligné avec nos propositions. En revanche, il n’y a aucune mention du rôle de la finance climat dans la diplomatie climatique internationale, qui se concentre sur les objectifs de réduction d’émissions. L’augmentation de la part de dons dans la finance climat et la fin du financement aux énergies fossiles à l’international sont absents des propositions. La volonté de reconnaître le crime d’écocide est un pas dans le bon sens mais les propositions restent insuffisantes au vu de l’urgence climatique.

🟠 Verdir le budget de l’Etat

Si Anne Hidalgo propose certaines avancées pour verdir le budget de l’Etat, ces dernières sont trop marginales pour lancer une véritable impulsion. De plus, elle porte une mesure qui augmente les dépenses néfastes au climat. 

Les propositions d’Anne Hidalgo sur les finances publiques

Anne Hidalgo propose la mise en place d’une règle d’or climatique  pour assurer la transparence et la pertinence des usages du budget : 50 % pour des dépenses accélérant la transition écologique et 50 % pour des mesures sociales.  Par ailleurs, elle propose d’instaurer un ISF climatique et biodiversité, et de baisser la TVA sur l’électricité, le gaz naturel, et en cas de flambée des prix à la pompe, des carburants. Le Réseau Action Climat propose plutôt une hausse du montant du chèque énergie pour cibler les ménages en situation de précarité.

De plus, elle propose de « surtaxer » les placements liés aux énergies fossiles. Enfin, la candidate propose trois mesures concernant les financements locaux pour la transition : elle annonce des investissements supplémentaires pour des sujets thématiques (pour les transports par exemple), elle propose une Règle d’Or Climatique pour assurer la transparence et la pertinence des usages du budget  sans préciser si cela s’applique aux collectivités, et soutient que les collectivités auront « des ressources renforcées et stables »

Notre avis

Si  Anne Hidalgo s’inscrit dans la lignée des recommandations du Réseau Action Climat,  il manque de mesures structurantes pour verdir le budget de l’Etat dans son programme.Ses propositions restent pour l’instant trop timides pour impulser une véritable transition du verdissement du budget de l’Etat.  Elle aurait pu intégrer par exemple le besoin d’augmenter les dépenses favorables à l’environnement ou encore la suppression des dépenses néfastes au climat. Sur ce dernier point, elle propose même une mesure qui augmente ces dépenses.   La fiscalité doit être un levier de transition juste, mais cela ne peut être au détriment du  climat et de l’environnement. Toutefois la candidate propose la mise en place d’un ISF climatique. Anne Hidalgo soutient la transition locale via l’augmentation des investissements locaux pour des secteurs clés et la création d’outils pour une meilleure gestion des financements alloués, mais ces mesures devraient être renforcées, tandis que rien ne porte sur les enjeux de fonctionnement pour la transition au niveau local. Enfin, Anne Hidalgo souhaite adapter les règles budgétaires de l’Union européenne aux défis du XXIe siècle. Un impératif écologique dont elle semble avoir conscience, bien que le programme reste assez flou en la matière.

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