Municipales J-6 : les mesures concrètes pour la transition et la résilience

A quelques jours du second tour des élections municipales, le Réseau Action Climat revient sur la place des collectivités territoriales pour mettre en oeuvre la transition, dans un contexte de crise sanitaire sans précédent.

Les collectivités territoriales, en premières lignes pour la transition

La crise sanitaire que nous traversons a rebattu les cartes de ces élections municipales. Après un premier tour le 15 mars dernier et l’élection de près de 30 000 maires sur les 35 000 communes que comptent la France, le confinement a suspendu le processus électoral. Cette période a mis en évidence le rôle central, en temps de crise, des collectivités territoriales. Notamment pour répondre aux besoins primaires et urgents de la population (accès aux soins, alimentation, énergie, logements, transports…). Elle a aussi remis en avant le rôle spécifique des maires, comme interlocuteur privilégié pour répondre aux besoins et attentes des habitants (1).

Les collectivités ont aussi eu un rôle majeur pour adapter leur territoire à cette situation inédite, en mettant en oeuvre des initiatives innovantes et ambitieuses pour la transition (2) : développement de circuits courts avec des productions locales et biologiques, aides pour une alimentation saine pour les plus précaires, accompagnement des ménages en précarité énergétique, extinction des lumières de la ville, mise en place de pistes cyclables temporaires, développement d’espaces de concertation avec les citoyens, etc. sont autant d’exemples à généraliser dans le temps et dans l’espace.

Le second tour des élections municipales : une échéance à ne pas louper et des engagements ambitieux à prendre

En mars dernier, le Réseau Action Climat publiait un décryptage des programmes (3) des principaux candidats aux élections municipales, sous l’angle des actions prévues pour lutter contre le dérèglement climatique et engager la transition énergétique.

Le Réseau Action Climat a sélectionné 10 mesures qui illustrent l’ambition nécessaire et la diversité des propositions à réaliser pour répondre à l’urgence climatique. Ces mesures, loin d’être exhaustives, sont issues du Pacte pour la Transition (4).

Transport et résilience : une question sanitaire et de gaz à effet de serre

Le transport est le principal secteur émetteur de gaz à effet de serre en France avec 31 % des émissions de gaz à effet de serre, dont 52 % sont issus de la voiture individuelle. Le transport en France a un fort impact sur notre santé, notamment par l’émission de particules et parce qu’il est à l’origine de nuisances sonores importantes. Par ailleurs, en cette période de crise sanitaire, de nombreuses collectivités ont développé des aménagements provisoires pour les mobilités douces afin de permettre le respect de la distanciation physique grâce à un meilleur partage de l’espace public et éviter un recours massif à la voiture individuelle et la pollution de l’air qu’elle engendre. Le Réseau Action Climat préconise de réduire la place des véhicules polluants (poids lourds / véhicules diesel / utilitaires etc.) dans les centres urbains (mesure n°1). Afin d’accompagner ces changements de pratiques, il faut développer d’autres modes de transport comme le vélo (mesure n°2) avec des pistes cyclables en nombre et sécurisées mais aussi une offre de services comme un stationnement sécurisé, des ateliers de réparations, etc. Il faut aussi travailler à une complémentarité des modes de transport en renforçant l’offre de transports en commun et en intégrant une tarification accessible aux plus précaires (mesure n°3). Prévoir une telle tarification est primordial pour ne pas exclure une partie de la population.

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Rénovation et énergie : sortir de la dépendance aux fossiles et réduire notre consommation.

Le second secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en  France est le bâtiment avec 19 % des émissions, principalement émises par le chauffage. Cela vient notamment du fait que les bâtiments sont mal isolés : c’est la double peine pour leurs habitants qui subissent plus rudement les aléas météorologiques et paient une facture énergétique plus importante ! Cette situation s’est aggravée en période de crise, comme le souligne une étude de l’INSEE affirmant que pendant le confinement 30 % des personnes les plus modestes ont vu leur situation financière se dégrader (5) : ainsi, ces ménages vivant dans des passoires énergétiques ont vu leur situation de précarité augmenter, avec une surconsommation d’énergie, du fait d’une présence accrue dans le domicile. Une politique ambitieuse de rénovation des bâtiments permettrait des économies d’énergie, une protection des plus précaires (mesure n°4) mais aussi la création de nombreux emplois. Il faut accompagner les propriétaires par des dispositifs d’informations, un accompagnement technique et financier, et mener une réflexion pour permettre une couverture jusqu’à 100 % des coûts des travaux pour les propriétaires les plus précaires.Cette rénovation peut être couplée à une production locale et renouvelable de l’énergie, notamment issue de projets citoyens (mesure n°5), afin de sortir de la dépendance aux énergies fossiles et réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

Une alimentation et une agriculture saines et durables, tout en relocalisant

Le secteur de l’agriculture est responsable de 19 % des émissions de gaz à effet de serre en France, dont 48 % proviennent de l’élevage. Le GIEC explique que manger moins de viande est le moyen le plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur agricole. Par ailleurs, en cette période de crise sanitaire, la question de la distribution et production locale est revenue au coeur des débats, couplée à celle d’une alimentation saine pour les plus démunis : de nombreuses collectivités ont ainsi permis aux agriculteurs locaux de distribuer leurs productions via la mise en place d’un annuaire en ligne pour recenser les producteur·ices locaux, et en réalisant des plateformes qui permettent d’assurer la commande en ligne et la distribution.

Les collectivités peuvent agir très concrètement via la restauration collective en instaurant des repas végétariens mais aussi des produits biologiques, locaux et équitables (mesure n°6). Ces changements dans la restauration collective doivent être accompagnés d’une tarification sociale, pour que l’alimentation de qualité soit accessible aux plus modestes. Pour atteindre cet objectif, les futurs élus devront se réapproprier les compétences des collectivités sur l’alimentation et proposer des restructurations de la filière agricole, de la production à la consommation (mesure n°7), en utilisant la capacité d’investissements publics, la gestion du foncier mais aussi la sensibilisation du public.

Dynamiser nos coeurs de villes et lutter contre l’artificialisation pour anticiper les crises de demain.

L’urbanisation à outrance pose deux problèmes majeurs : le premier est celui de l’artificialisation des sols, qui cause la perte de la biodiversité, la diminution de la part de champs cultivables, une augmentation des risques d’inondations, etc. Le second concerne le type de projets responsables de cette artificialisation, que ce soit de routes, de grandes surfaces ou d’entrepôts logistiques : ce type de projets n’est plus compatibles avec la nécessité de changer rapidement de cap, tout en protégeant les coeurs de villes et en relocalisant une partie de l’économie. Enfin, l’étalement urbain participe aussi à la dépendance à la voiture en augmentant les distances de déplacement, ce qui augmente les émissions de gaz à effet de serre…

Les collectivités doivent cesser de soutenir les grands projets émetteurs de gaz à effet de serre qui sont aussi souvent synonymes de destruction de la biodiversité mais aussi d’emplois comme par exemple, les zones commerciales et logistiques en périphérie des villes (mesure n°8). Au niveau local, les élus peuvent agir, via notamment le plan local d’urbanisme.

La publicité : moteur de surconsommation

La publicité est au cœur de la question climatique en poussant à la surconsommation et par le gaspillage énergétique qu’elle représente. En effet, réduire l’empreinte carbone des Français impose la régulation, la modification voire la réduction de la consommation. Par ailleurs, la publicité profite davantage aux secteurs les plus polluants qui la financent massivement : ainsi, en 2019, les investissements de publicité et de communication des secteurs automobile, aérien et énergies fossiles en France sont estimés à plus de 5,1 milliards d’euros. Si les collectivités ne peuvent pas agir sur le contenu – là où le gouvernement devrait mettre en place une loi Evin pour le climat -, les collectivités peuvent et doivent agir pour réduire les espaces disponibles et les aménagements publicitaire via les Règlements Locaux de Publicité (RLP ou RLP intercommunal) et notamment en interdisant les écrans numériques publicitaires très énergivores (mesure n°9).

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Réduire, trier et recycler : la base de l’économie circulaire

La commune est un maillon central en terme de gestion des déchets. Les déchets organiques, qui représentent 1/3 des ordures ménagères et sont, essentiellement composés d’eau, se retrouvent aujourd’hui incinérés ou enfouis. Pourtant, une grande part d’entre eux pourraient être valorisée, via le compost et la méthanisation, ou même être évitée par de la prévention. Métier essentiel et secteur créateurs d’emplois, les communes doivent mettre en place des dispositifs performants afin de réduire la production de déchets, et valoriser aux mieux le restant via le recyclage et le réemploi. Pour cela, les collectivités peuvent, d’une part, soutenir les initiatives de compostage de proximité et organiser le tri séparé des biodéchets et, d’autre part, agir sur la prévention en luttant par exemple contre le gaspillage alimentaire. (mesure n°10).

Retrouvez ici les 10 mesures

Crise après crise : les communes pour construire le monde d’après

S’il est encore difficile de tirer toutes les conséquences de cette crise sanitaire, cette pandémie est accentuée par le système actuel : la crise climatique et la crise sanitaire ne sont que les symptômes d’un même modèle de production et de consommation. Que ce soit avec la destruction des espaces naturels et de la biodiversité qui provoque le déplacement de nombreuses espèces sur nos lieux de vie (6), par la mondialisation accélérée, ou les délocalisations massives, la crise du coronavirus révèle notre vulnérabilité face à des chaînes de production mondialisées et un commerce international en flux tendu. Par ailleurs, cette période a permis de remettre en lumière le fait que les crises affectent davantage les plus modestes, les plus vulnérables et les plus précaires.

S’il est urgent de mettre en oeuvre le “monde d’après”, les futurs élus locaux ont un rôle à jouer. Cela implique de repenser notre modèle d’aménagement, de consommation, de production, de déplacement, etc. Autant de thématiques sur lesquelles les collectivités ont des compétences clés.

Les collectivités portent plus de 70 % de l’investissement public

Alors que les collectivités portent plus de 70 % de l’investissement public (7), il est nécessaire qu’elles enclenchent et réalisent une transition juste socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations et axée sur le rétablissement des grands équilibres écologiques et des besoins sanitaires. 

Une mobilisation citoyenne sans faille : la campagne Alternatives Territoriales

C’est pour inciter les candidats à prendre des engagements ambitieux pour le climat et la justice sociale que les citoyens interpellent les candidats, depuis décembre, à travers différentes journées de mobilisation (incitée par la campagne Alternatives Territoriales portée avec Alternatiba, et avec le soutien du Pacte pour la Transition).

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Le 16 décembre 2019

journée de mobilisation pour l’agriculture et l’alimentation pour interpeller les candidats avec des repas biologiques, locaux et non carnés dans les écoles, afin de mettre en place une restauration collective compatible avec l’urgence climatique.

Le 21 janvier 2020

journée de mobilisation sur le thème du transport et de la pollution de l’air, alors que les questions de mobilités sont au coeur de problématiques sanitaires et climatiques. Les citoyens ont créé des cordons sanitaires autour des écoles, en soutien avec Unicef et Greenpeace, pour demander la réduction des véhicules les plus polluants.

Le 14 février 2020

sur plusieurs journées, les citoyens se sont mobilisés contre la publicité. Une des plus grande mobilisation anti-pub de France coordonnée avec Résistance à l’Agression Publicitaire pour demander aux futurs élus de réduire la place de la publicité dans l’espace public.

Le 3 mars 2020

publication du décryptage des programmes par le Réseau Action Climat de 40 candidats aux élections municipales dans les 10 villes de France les plus émettrices en terme de gaz à effet de serre.

Le 14 mars 2020

de nombreux groupes se sont mobilisés sur les territoires avec différents format sur le terrain, mais aussi en ligne avec une vidéo tournée en présence des citoyens mobilisés et de personnalités pour porter le message de l’urgence climatique et sociale.

Le 15 juin 2020

en période de déconfinement, les citoyens ont interpellé les candidats sur Twitter avec #UnMandatPourToutChanger, avec le soutien de ANV-COP21, Greenpeace France et ZeroWaste France. Des visuels représentant les candidats ciblés ainsi que les attentes principales des groupes locaux sont postés sur les réseaux sociaux.

Le 22 et 23 juin 2020

journée de mobilisation nationale sur le terrain pour rappeler l’urgence d’agir en faveur du climat à l’échelle locale.

Notes

  1. https://www.la-croix.com/France/Politique/Coronavirus-face-confinement-maires-sorganisent-2020-03-17-1201084610
  2. https://reseauactionclimat.org/des-initiatives-locales-a-preserver/
  3. https://reseauactionclimat.org/elections-municipales-decryptage/
  4. https://www.pacte-transition.org/
  5. https://tinyurl.com/ya4afaql
  6. https://reporterre.net/Pour-limiter-les-pandemies-les-humains-doivent-decoloniser-le-monde
  7. http://regions-france.org/actualites/actualites-nationales/associations-elus-evaluation-impact-financier-crise/
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