Mobilité et aménagements provisoires : où en sont les villes ?

A l’heure du second tour des élections municipales et alors que le crise sanitaire a mis en lumière la place disproportionnée de la voiture en ville et l’urgence d’agir pour la qualité de l’air, le Réseau Action Climat propose un tour d’horizon des aménagements provisoires en faveur des mobilités actives dans 12 villes de France.

Retour sur le concept « d’urbanisme tactique »

Les aménagements provisoires qui se sont multipliés ces dernières semaines s’inspirent tous du concept ‘d’urbanisme tactique’ remis au goût du jour par la ville de Bogota (Colombie). C’est-à-dire des aménagements provisoires, rapides à installer et peu coûteux qui  permettent de modifier facilement l’usage de la voirie en créant par exemple une piste cyclable sécurisée sur une voie habituellement réservée aux automobilistes ou en élargissant un trottoir grâce à l’utilisation des places de stationnement. En cette période de crise sanitaire, l’objectif de ces aménagements est double : permettre le respect de la distanciation physique grâce à un meilleur partage de l’espace public et éviter un recours massif à la voiture individuelle et la pollution de l’air qu’elle engendre (plusieurs études indiquent que la pollution de l’air est un co-facteur de mortalité à la Covid-19)

La pollution de l’air a déjà retrouvé son niveau quasi habituel …

Bien que ces aménagements et le maintien du télétravail dans de nombreux cas aient permis de limiter un recours massif à la voiture individuelle, le trafic routier et la pollution de l’air sont repartis à la hausse, faute de décisions structurantes prises par le passé. C’est le cas par exemple à Toulouse, où les niveaux de dioxyde d’azote (NOx) ont augmenté de 60 % à proximité des grands axes routiers. Même chose en Ile-de-France, où après trois semaines de déconfinement, les émissions de NOx et de particules fines (PM2.5 et PM10) ont quasiment retrouvées leurs niveaux “habituels” (80 % des émissions observées avant le confinement et jusqu’à 90 % pour le boulevard périphérique).

Pérenniser les aménagements provisoires et le besoin de mesures structurantes

Les nouvelles municipalités auront donc fort à faire, pour accélérer la transition de leur ville vers une mobilité moins carbonée et pour réduire significativement la pollution de l’air, responsable chaque année de 48 000 décès prématurés en France. Cela devra passer par une pérennisation des dispositifs provisoires qui ont fait leur preuve durant le déconfinement, mais aussi par l’instauration d’autres dispositifs recommandés par le Réseau Action Climat tels que :

  • Le déploiement d’une zone à faibles émissions (ZFE) d’ici à 2021 sur un périmètre géographique ambitieux. Cette ZFE doit intégrer les différentes catégories de véhicules polluants, notamment les véhicules individuels, et prévoir des mesures d’accompagnement social. Cette zone à faibles émissions devra évoluer vers la sortie complète des véhicules diesel d’ici à 2025 et des véhicules essence d’ici à 2030 ;
  • l’instauration d’un plan vélo de 30€ par an et par habitant, l’aménagement d’un réseau express vélo (ou réseau à haut niveau de service) et le déploiement des autres composantes du système vélo, pour rendre toute l’agglomération ;
  • le renforcement des transports en commun pour doubler leur part modale en 5 ans, accompagné d’une tarification sociale et solidaire basée sur les ressources.

Tour d’horizon des aménagements provisoires mis en place dans 12 villes

Le Réseau Action Climat a effectué un tour d’horizon des aménagements provisoires en faveur des mobilités actives mis en place dans les 12 villes du classement de décembre 2019 sur la lutte contre la pollution de l’air. Ce recensement est limité à trois types d’aménagements : les pistes cyclables provisoires, les mesures de piétonnisation et d’apaisement de la circulation via notamment une réduction de la vitesse autorisée, et les aménagements aux abords des écoles de type rue scolaire.

Les annonces faites sur le site de la collectivité, dans la presse locale ainsi que sur les réseaux sociaux ont été utilisées pour cette analyse (jusqu’au 11 juin inclus). Pour les aménagements cyclables, nous avons comparé ces données à celles récoltées par la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) sur l’outil de cartographie Parlons-vélo.

Quelques grandes conclusions

  • Dans de nombreuses villes, les aménagements provisoires se sont concentrés sur les pistes cyclables, laissant de côté les piétons, qui ont peu bénéficié de nouveaux espaces pour garantir la distanciation.
  • Les aménagements cyclables provisoires ont permis une forte augmentation de la pratique du vélo et ce sur tout le territoire : urbain, périurbain, rural. Après 3 semaines de déconfinement, l’association Vélo & Territoires a comptabilisé une augmentation de 87 % de la fréquentation cyclable par rapport à la moyenne de la période précédant le confinement (du 1er janvier au 17 mars 2020). Par rapport à la même période en 2019, les passages de vélo ont augmenté de près de 30%.
  • Malgré ces chiffres très positifs, certaines collectivités ont d’ores et déjà fait le choix de retirer des aménagements provisoires. C’est la cas notamment à Marseille, où la pistes cyclable provisoire du Prado a été retirée six jours seulement sa mise en service.
  • Il existe souvent un écart important entre les annonces faites en matière de pistes cyclables provisoires et leur réalisation.
  • Très peu de collectivités ont pris des mesures d’apaisement du trafic via une une réduction de la vitesse autorisée et la création de zones de rencontre, qui donne la priorité aux cyclistes et aux piétons.
  • Enfin, alors que les écoles ont progressivement réouvert, très peu de villes ont pris des mesures de piétonnisation des abords des écoles afin de protéger les enfants et leurs parents et de limiter la pollution de l’air. Les enfants sont pourtant particulièrement vulnérables à la pollution de l’air et trois enfants sur quatre respirent un air pollué.

Bordeaux

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La ville de Bordeaux a annoncé l’aménagement de 25 km de pistes cyclables provisoires. Le 11 juin, 0,1 km de pistes cyclables provisoires ont été recensé sur Parlons-vélo. Cette seconde donnée est cependant à prendre avec précaution puisqu’il semblerait que les informations n’aient pour le moment pas été actualisées sur Parlons-vélo.

Aucune autre mesure en faveur d’un rééquilibrage du partage de l’espace public n’a été prise, que soit pour les piétons ou aux abords des écoles.

Grenoble

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La ville de Grenoble a annoncé la réalisation d’un réseau de pistes cyclables provisoires de 18 km, baptisé Tempovélo. Le 11 juin, 4,5 km de pistes cyclables provisoires ont été recensés sur Parlons-vélo. Cette seconde donnée est cependant à prendre avec précaution puisqu’il semblerait que les informations n’aient pour le moment pas été actualisées sur Parlons-vélo.

Afin de faciliter la distanciation physique et soutenir les commerces de proximité, la ville de Grenoble a mis en place à partir du 6 juin une piétonnisation temporaire, tous les samedis de 8h à 23h, de plusieurs espaces de la ville dont le quai Saint-Laurent et le quartier des Halles Sainte-Claire.

Enfin, la ville de Grenoble a pris des mesures de piétonisation aux abords des écoles.

Lille

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La ville de Lille a annoncé l’aménagement de 15 km de pistes cyclables provisoires et l’installation 150 nouveaux arceaux de stationnement. Le 11 juin 20,6 km de pistes cyclables provisoires ont été recensés sur Parlons-vélo.

Pour permettre le respect de la distanciation et soutenir les commerces de proximité, la ville de Lille a mis en place un plan de piétonisation temporaire de l’hyper-centre. 22 rues et 3 places du centre-ville sont ainsi piétonnisées le samedi.

Enfin, ville de Lille a annoncé que les mesures de piétonisation temporaire devraient concerner les abords de certaines écoles comme celles de Littré, Desbordes-Valmore et Maintenon.

Lyon métropole

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La métropole de Lyon a annoncé l’aménagement de 77 km de pistes cyclables provisoires d’ici la rentrée. Au 11 juin 46,8 km de pistes cyclables provisoires ont été recensés sur Parlons-vélo.

Aucune autre mesure en faveur d’un rééquilibrage du partage de l’espace public n’a été prise que soit pour les piétons ou aux abords des écoles.

Marseille

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La ville de Marseille a annoncé l’aménagement de 23 km de pistes cyclables provisoires. Néanmoins, six jours seulement après sa mise en place, la ville a décidé de supprimer la pistes cyclables provisoires sur l’avenue du Prado.

Le 11 juin 6,3 km de pistes cyclables provisoires ont été recensés sur Parlons-vélo.

Aucune autre mesure en faveur d’un rééquilibrage du partage de l’espace public n’a été prise que soit pour les piétons ou aux abords des écoles.

Montpellier

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La ville de Montpellier a annoncé l’aménagement de plus de 15 km de pistes cyclables provisoires. Dans un premier temps ces pistes ont permis de mieux relier le CHU. Plus récemment, un nouvel aménagement temporaire a été mis en place pour relier Antigone depuis le rond-point de Richter. Le 11 juin 22,3 km de pistes cyclables provisoires ont été recensées sur Parlons-vélo.

Aucune autre mesure en faveur d’un rééquilibrage du partage de l’espace public n’a été prise que soit pour les piétons ou aux abords des écoles.

Nantes

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La ville de Nantes a annoncé l’aménagement de 7 pistes cyclables provisoires notamment sur plusieurs ponts de la ville. L’exemple le plus significatif est la fermeture du pont Saint-Mihiel à la circulation automobile. A noter aussi, l’annonce par la métropole du doublement de l’aide à la réparation « coup de pouce vélo ».  Le 11 juin, 2,4 km de PCP ont été recensés sur Parlons-vélo.

La ville a annoncé, sans plus de précisions, envisager la piétonisation temporaire de rues pour l’été ou à certains horaires.

Aucune mesure n’a été prise pour faciliter l’accès et améliorer la qualité de l’air aux bords des écoles.

Nice

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La ville de Nice a annoncé l’aménagement de 60 km de pistes cyclables provisoires. Le 11 juin, 6,7 km de pistes cyclables provisoires ont été recensés sur Parlons-vélo.

La ville de Nice avait annoncé la piétonisation temporaire (le week-end) du quai de Lunel mais est finalement revenue sur sa décision et cette piétonisation n’aura pas lieu.

Aucune autre mesure en faveur d’un rééquilibrage du partage de l’espace public n’a donc été prise que soit pour les piétons ou aux abords des écoles.

Paris

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Pour préparer le déconfinement, la ville de Paris a annoncé l’aménagement de 50 km de pistes cyclables provisoires. Ces nouvelles pistes seront notamment installées sur le tracé des lignes de métro 1, 4 et 13.  Les aménagements de plusieurs portes de Paris ont aussi été annoncés. Le 11 juin, 22,4 km de pistes cyclables provisoires ont été recensés sur Parlons-vélo. Cette dernière donnée est cependant à prendre avec précaution puisqu’il semblerait que les informations n’aient pour le moment pas été actualisées sur Parlons-vélo.

Autre action marquante, dès le 11 mai, la rue de Rivoli a été fermée à la circulation (sauf véhicules autorisés) pour faciliter les déplacements à pied et à vélo. La ville de Paris a aussi annoncé la mise en place d’aménagements piétons dans une trentaine de rues que ce soit en les fermant à la circulation, en élargissant les trottoirs ou en créant des zones de rencontre. Le 11 juin quatre premières rues ont été piétonnisées de façon temporaire (du lundi au dimanche de 18h à 22h jusqu’au 30 septembre 2020).

Les aménagements piétons annoncés doivent aussi concerner certaines écoles.

Rennes

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Plusieurs aménagements temporaires ont été annoncés par la ville de Rennes,notamment la fermeture à la circulation automobile (sauf riverains) des quais nord, permettant la création de la première « vélorue » à Rennes. Le 11 juin, 0,8 km de pistes cyclables provisoires ont été recensés sur Parlons-vélo. Cette dernière donnée est cependant à prendre avec précaution puisqu’il semblerait que les informations n’aient pour le moment pas été actualisées sur Parlons-vélo.

La ville de Rennes a aussi annoncé la création d’une zone de rencontre dans son centre-ville. la priorité sera désormais donnée aux piétons et aux cyclistes et la vitesse limitée à 20 km/h, contre 30 km/h actuellement. Pour faciliter les déplacements à pied et à vélo, la ville de Rennes va expérimenter une modification du plan de circulation visant notamment à limiter le trafic de transit.

Enfin la municipalité a annoncé sans plus plus de précisions que la sécurisation des abords des 83 écoles de la ville était à l’étude.

Strasbourg

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La ville de Strasbourg a annoncé l’aménagement de 2,3 km de pistes cyclables provisoires. Le 11 juin 0,3 km de pistes cyclables provisoires ont été recensés sur Parlons-vélo.

La ville de Strasbourg a entamé début juin la transformation l’hyper-centre de Strasbourg en zone de rencontre, où la circulation est désormais limitée à 20 km/h.

Aucune autre mesure en faveur d’un rééquilibrage du partage de l’espace public n’a été prise, que soit pour les piétons ou aux abords des écoles.

Toulouse

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La ville de Toulouse a annoncé dans un premier temps la mise en place de 10 km de pistes cyclables provisoires. La mairie travaillerait désormais à une deuxième phase d’aménagements avec 30 nouveaux sites en cours d’étude. Le 11 juin, 6 km de pistes cyclables provisoires ont été recensés sur Parlons-vélo.

La ville de Toulouse a mis en place à la fin du mois de mai une zone de rencontre où la vitesse est limitée à 20 km/h, contre 30km/h habituellement. Cette zone concerne l’Octogone c’est-à-dire l’intérieur des grands boulevards.

Aucune autre mesure en faveur d’un rééquilibrage du partage de l’espace public n’a été prise que soit pour les piétons ou aux abords des écoles.

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