Lutte contre la pollution de l’air : où en sont les grandes agglomérations françaises ?

Le Réseau Action Climat, Greenpeace France et UNICEF France publient un rapport avec un classement des 12 plus grandes agglomérations françaises sur leurs efforts pour lutter contre la pollution de l’air liée au trafic routier.

Après avoir alerté les pouvoirs publics nationaux et locaux sur l’urgence de réduire la pollution de l’air et d’accompagner le report de la voiture individuelle vers les mobilités durables, les 3 organisations font le bilan des solutions existantes et de l’action engagée au niveau local ces cinq dernières années en la matière. Elles rappellent également leurs recommandations pour des villes respirables en vue des élections municipales.

Le classement passe au crible des enjeux clés : mise en place de zones à faibles émissions (ZFE) et sortie du diesel et de l’essence, politique pour réduire la place de la voiture, aides financières pour changer de mode de transport ou de déplacement, développement du vélo et des transports en commun, et enfin, mesures spécifiques pour un public plus vulnérable, les enfants.

Une conclusion sans équivoque : les élu.es locaux doivent aller plus loin, plus vite.

Aucune des grandes agglomérations françaises ne va aujourd’hui assez loin pour protéger efficacement ses habitant-es de la pollution de l’air.

Pour Lorelei Limousin, responsable des politiques Climat – Transports pour le Réseau Action Climat France, « bien qu’il n’y ait aucun doute sur le rôle majeur des transports dans le réchauffement climatique et la pollution de l’air, la très grande majorité des villes et métropoles françaises tardent à s’engager vers la fin de la voiture individuelle essence ou diesel et la sortie du tout-voiture. »

Le détail de ce classement révèle que les villes et métropoles ont presque toutes mises en œuvre certaines bonnes pratiques, mais qu’aucune n’a investi suffisamment sur l’ensemble des solutions de la mobilité durable.  Or, il est essentiel de systématiser l’approche et d’étendre les bonnes pratiques à tout le territoire de l’agglomération.

« Quant aux enfants, ils ne font que trop rarement l’objet de mesures spécifiques alors même qu’ils sont les plus vulnérables à la pollution de l’air, et que les habitudes de mobilité se prennent dès l’enfance » déclare Jodie Soret, chargée de la campagne Pollution de l’air pour UNICEF France.

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Paris première, Marseille dernière.

Paris se distingue par sa zone à faibles émissions, déjà opérationnelle sur une partie du territoire métropolitain (49 communes du Grand Paris ont rejoint le dispositif). L’ambition de cette ZFE tire la capitale en haut du classement : l’objectif fixé est une sortie complète du diesel en 2024 et une sortie de l’essence en 2030. Strasbourg se positionne aussi en ce sens et Grenoble doit encore confirmer son engagement.

Marseille est dans le rouge, que ce soit sur l’abandon du tout-voiture, le développement du vélo, l’offre et l’usage des transports en commun, ou la protection des enfants face à la pollution de l’air. Une bonne nouvelle à noter cependant : la métropole marseillaise travaille actuellement sur un projet de zone à faibles émissions pour limiter la circulation des véhicules polluants dans la ville, mais dont l’ambition reste floue à ce stade… A suivre !

D’autres agglomérations, comme Lyon et Nantes, se démarquent positivement sur certains enjeux (alternatives à la voiture, aides à la transition ou protection des enfants), mais sont encore trop timides notamment sur la sortie des véhicules polluants et la réduction de la place de la voiture dans l’espace public ; or il faut nécessairement avancer sur ce front pour lutter efficacement contre la pollution de l’air.

Un grand nombre d’agglomérations restent trop en retrait sur l’ensemble des thématiques considérées : c’est le cas de Lille, Bordeaux, Rennes ou Toulouse. Montpellier et Nice sont même très en retard, ce qui les rapproche de Marseille en toute fin de classement.

A l’approche des élections municipales, et dans un contexte de prise de conscience et de mobilisation croissante des citoyen.nes sur les enjeux écologiques, les candidat.es aux élections municipales seront aussi jugé.es sur leurs engagements pour protéger notre santé et notre climat. Pour Sarah Fayolle, chargée de campagne Transports à Greenpeace France, « la lutte contre la pollution de l’air, dont le trafic routier est largement responsable en ville, et le développement des mobilités durables seront des sujets incontournables de la prochaine échéance électorale : les nouveaux élus devront prendre des mesures à la hauteur de l’urgence sanitaire et climatique ».

Le rapport complet

Ville par ville, qu’est-ce que ça donne ?

Paris

Paris se distingue par sa zone à faibles émissions, déjà opérationnelle sur une partie du territoire métropolitain. L’objectif associé de sortie du diesel en 2024 et de l’essence en 2030 – sans équivalent en France – tire Paris vers le haut du classement.

Malgré une belle dynamique vélo, la capitale a encore du retard sur certains aspects, comme le stationnement. À noter aussi le manque d’actions spécifiques pour préserver les écoles de la pollution de l’air et la nécessité de renforcer les alternatives à l’échelle de la région.

Grenoble

L’agglomération grenobloise se distingue par une politique vélo complète et des mesures permettant de réduire l’emprise de la voiture, comme la quasi-généralisation du 30 km/h sur le territoire métropolitain et la création d’une zone à trafic limité dans la ville-centre. La fréquentation des transports en commun reste inférieure à celle d’autres agglomérations comme Strasbourg. La métropole grenobloise doit également confirmer la mise en place d’une zone à faibles émissions pour les voitures et son objectif de sortie du diesel.

Strasbourg

Strasbourg a récemment acté la mise en place d’une zone à faibles émissions pour tous les véhicules à l’échelle métropolitaine, avec un objectif de sortie du diesel en 2030 (et dès 2025 pour la ville-centre). Elle reste bien positionnée sur le vélo et les transports en commun. En revanche, le bilan strasbourgeois est terni par l’entêtement sur le projet autoroutier de Grand Contournement Ouest et par un manque d’aides financières pour accompagner particuliers et professionnels dans leurs changements de mode de transport ou de véhicule.

Lyon

Lyon témoigne d’une dynamique encourageante en matière de transports en commun et de vélo. Mais le classement de Lyon souffre du manque de clarté des élus sur leurs intentions pour la zone à faibles émissions, au-delà des interdictions planifiées pour les véhicules utilitaires et poids lourds les plus anciens. Le projet d’autoroute urbaine (« Anneau des Sciences ») vient plomber des efforts encore timides pour réduire la place accordée à la voiture. On note peu d’actions spécifiques pour la santé des enfants.

Nantes

Nantes est bien positionnée sur la thématique des transports en commun, grâce surtout à l’existence d’une tarification solidaire pour toute la population. La ville se démarque aussi par des actions spécifiques à destination des enfants, comme les rues scolaires.

Mais le classement de Nantes est plombé par l’absence de réflexion sur la mise en place d’une zone à très faibles émissions. Même si la pollution de l’air y est moins critique que dans d’autres villes françaises, l’agglomération nantaise n’est pas épargnée.

Bordeaux

La métropole bordelaise bénéficie de quelques bons points sur la thématique vélo, avec par exemple un budget vélo/habitant/an élevé et une importante offre de stationnements, par rapport à la plupart des autres agglomérations. Elle doit en revanche avancer sur la mise en place d’un réseau express vélo. Un gros point noir à Bordeaux : l’absence de décision des élus sur la mise en place d’une zone à très faibles émissions, malgré les études qui ont montré son intérêt pour protéger la population de la pollution de l’air.

Lille

L’agglomération lilloise a avancé sur la généralisation du 30 km/h et l’adoption d’un nouveau plan de circulation au niveau de la ville-centre. Elle engage la mise en place d’une zone à faibles émissions métropolitaine, mais sans avoir fixé d’objectif de sortie du diesel et de l’essence.

En revanche, Lille n’est pas en avance sur le vélo : son budget vélo/ habitant est relativement faible, le projet de réseau express vélo reste à concrétiser, l’offre de stationnements vélo est limitée par rapport à la plupart des autres agglomérations.

Rennes

Rennes se distingue par l’absence de nouvelle infrastructure routière et par des mesures positives comme la généralisation du 30 km/h ou le récent aménagement d’un réseau express vélo métropolitain (encore à ses débuts).

En revanche, Rennes souffre du retard pris sur la mise en place d’une zone à très faibles émissions pour restreindre la circulation des véhicules polluants et sur la mise en place d’aides financières pour accompagner les particuliers et les professionnels vers une mobilité plus écologique.

Toulouse

Bon point vélo pour Toulouse qui dispose d’un budget vélo/habitant/ an en augmentation, mais le positionnement reste moyen sur les autres indicateurs vélo, comme l’offre de stationnements et le développement du réseau cyclable métropolitain. Si Toulouse avance sur une zone à faibles émissions intégrant les voitures, les scénarios à l’étude se limitent à des restrictions pour les véhicules les plus anciens et n’incluent pas d’objectif de sortie progressive du diesel et de l’essence. Et Toulouse ne se distingue pas positivement sur la place de la voiture en ville.

Montpellier

Montpellier avance sur la mise en place d’une zone à faibles émissions, qui pourrait à terme concerner tous les types de véhicules et la possibilité d’une sortie complète du diesel et/ ou de l’essence semble être prise en compte. Mais Montpellier a pris du retard sur la réduction de la place de la voiture (aucune évolution notable vers le 30 km/h), sur le vélo (budget vélo/ habitant/an faible mais en progrès), ou bien encore sur la mise en place d’aides financières pour changer de mode de transport ou de véhicule.

Nice

Un bon point pour Nice : la mise en place d’aides à l’achat d’un vélo ou d’un véhicule électrique pour les particuliers. De plus, le nouveau tramway devrait augmenter la fréquentation moyenne des transports en commun.

Mais Nice reste faible sur un certain nombre d’enjeux clés, notamment en comparaison d’autres grandes agglomérations : un projet de zones à faibles émissions encore flou, des initiatives encore timides pour réduire l’emprise de l’automobile dans l’espace urbain, un budget vélo/habitant/ an très bas, etc.

Marseille

Si des efforts ont été réalisés pour la piétonisation, la création de nouvelles pistes cyclables et l’extension de son réseau de transports en commun, Marseille n’a pas comblé son retard vers l’abandon du tout-voiture.

À noter que la métropole marseillaise travaille actuellement sur un projet de zone à faibles émissions pour limiter la circulation des véhicules polluants, et les scénarios qui détermineront en partie l’ambition du dispositif sont en cours de définition… À suivre !

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