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Le Louvre en première ligne face au risque de crue

Musée le plus visité au monde, le Louvre est particulièrement vulnérable au risque de crue majeure de la Seine, qui pourrait inonder une partie des espaces de visite et des réserves. Le musée agit depuis plusieurs années pour anticiper un tel événement et protéger ses collections, notamment dans son Centre de conservation à Liévin.

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© Franck Guiziou /Hemis via AFP

Se préparer à la prochaine crue majeure

Paris est très vulnérable au risque d’inondation par crue. La crue centennale[1] de 1910, qui avait submergé une partie de la capitale pendant plusieurs semaines et entraîné l’évacuation de 200 000 personnes, donne un bon aperçu de ce qui pourrait se produire lorsqu’un tel événement surviendra à nouveau. Car une nouvelle crue majeure est considérée comme inévitable à long terme, d’autant que le réchauffement climatique pourrait renforcer ce risque : selon le rapport « Paris face aux changements climatiques »[2], un réchauffement mondial de +2 °C pourrait augmenter de 40 % le risque de crues centennales et de 20 % celui des crues décennales. Situé sur les bords de la Seine, le Palais du Louvre est directement exposé à ce risque. Il abrite des collections inestimables dans un édifice qui n’avait pas été conçu à l’origine pour la conservation patrimoniale. Dès 2009, le musée avait engagé le reconditionnement de ses collections afin de pouvoir les déplacer plus rapidement en cas de sinistre. En 2016, une crue décennale[3] a servi de signal d’alarme. Bien qu’aucune infiltration d’eau n’ait été constatée dans le Palais, 35 000 œuvres ont été mises à l’abri dans les étages supérieurs du bâtiment. Le musée a fermé du 3 au 7 juin, entraînant une perte de 120 000 visiteurs et 1,5 millions d’euros de recettes. Cet épisode a conduit à affiner les plans de gestion de crise et à accélérer le transfert des collections les plus exposées vers le Centre de conservation du Louvre à Liévin, inauguré en 2019. Malgré tout, une crue majeure aurait des répercussions importantes : au moins 7 500 m2 de salles d’exposition sont en zone inondable[4], tout comme des réserves temporaires, des espaces d’accueil, des espaces techniques, ou encore des ateliers, bureaux et espaces scientifiques. Toutes les œuvres ne pourraient pas être évacuées, imposant de définir des priorités parmi les pièces à sauver.

Un musée vulnérable aux fortes chaleurs

Dans un communiqué publié le 23 juin 2026, le Louvre reconnaissait que son bâtiment historique n’était « pas assez adapté au changement climatique »[5]. Lors des épisodes caniculaires, certaines zones deviennent trop chaudes en raison de leur exposition au soleil et de la forte fréquentation. Ne pouvant plus garantir le confort des visiteurs ni des agents, le musée a dû adapter ses horaires d’ouverture. Dans le rapport « Les musées face aux effets du changement climatique »[6], Hélène Vassal, directrice du soutien aux collections au musée du Louvre, estimait qu’il existait « des zones entières du musée que l’on ne pourra plus ouvrir (trop chaudes, trop froides, trop endommagées) » si les adaptations nécessaires n’étaient pas réalisées. Les variations de température et d’humidité compliquent également la conservation des œuvres, qui nécessite une grande stabilité climatique.

Déménager les collections et adapter le bâtiment historique

Pour réduire sa vulnérabilité aux crues de la Seine et garantir de meilleures conditions de conservation, le Louvre a transféré près de 250 000 œuvres vers son Centre de conservation de Liévin. Conçu selon les principes de l’architecture bioclimatique et de la conservation préventive, ce bâtiment offre des conditions climatiques stables tout en étant protégé contre le risque d’inondation. En parallèle, le plan de protection contre les inondations est révisé chaque année à partir des exercices de simulation et des retours d’expérience des crues récentes. Le Louvre participe aussi au projet de recherche européen REFRESH, qui étudie le comportement de son bâtiment historique face aux variations climatiques grâce à des sondes et capteurs installés dans les sols et les maçonneries. Enfin, le Louvre s’est engagé depuis 2023 dans un plan d’écologie patrimoniale. Celui-ci comprend des interventions techniques sur le Grand Louvre (fenêtres étanches, stores occultants, évolution des consignes de température, production d’énergie photovoltaïque) et la revégétalisation du Jardin des Tuileries pour renforcer la perméabilité des sols et lutter contre les îlots de chaleur urbains. Au-delà de ces mesures, le Louvre fait évoluer sa stratégie de conservation et de gestion des risques. Elles réduisent sa vulnérabilité, mais elles ne pourront pas supprimer son exposition aux crues majeures et aux fortes chaleurs. Dans un climat plus chaud, certaines adaptations pourraient atteindre leurs limites : toutes les œuvres ne pourront pas être mises à l’abri en même temps, et certaines salles pourraient devenir difficiles à maintenir dans des conditions compatibles avec leur usage. L’enjeu est donc aussi de déterminer ce qu’il sera encore possible de préserver et dans quelles conditions.

Notre rapport complet sur le patrimoine culturel

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Sources

[1] Une crue centennale est une crue très forte dont la probabilité de se produire est de 1 sur 100 chaque année. Cela ne signifie toutefois pas qu’elle se produira 1 fois tous les 100 ans. [2] Ville de Paris, « Paris face aux changements climatiques », 2021 [3] Une crue décennale est une crue moyenne à forte dont la probabilité de se produire est de 1 sur 10 chaque année. [4] Centre de recherche et de restauration des musées de France, « Agir face aux inondations », 2022  [5] Louvre, « Aménagement temporaire des horaires d’ouverture du musée du Louvre du 24 au 28 juin », 23 juin 2026 [6] Les Augures et SEAS, « Les musées face aux effets du changement climatique », 2026 

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