Le Festival d’Avignon, le Festival d’Aix-en-Provence, les Rencontres de la photographie d’Arles… et les festivals estivaux de la Région Sud
Comme les monuments et les collections, le patrimoine immatériel est confronté au changement climatique. La multiplication des épisodes météorologiques extrêmes, comme les canicules, complique l’organisation des manifestations culturelles et perturbe les publics, les artistes et les équipes mais aussi les œuvres et les équipements.

Adapter les festivals face aux fortes chaleurs
Trop souvent considérée comme un simple inconfort, la chaleur constitue de plus en plus un enjeu de santé et de sécurité. Déshydratation, malaises ou coups de chaleur peuvent toucher l’ensemble des personnes exposées, avec des risques accrus pour les publics les plus vulnérables. Désormais, la question n’est plus de savoir si une canicule se produira durant un festival, mais si l’organisation sera prête lorsqu’elle surviendra.
Aucune étape d’une manifestation culturelle n’échappe à ce risque. Files d’attente en plein soleil, montage et démontage des scènes, répétitions et spectacles : les spectateurs, techniciens, artistes et agents d’accueil peuvent être exposés pendant plusieurs heures à des températures élevées. Au Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence, les températures relevées sur le par-vis dépassent régulièrement 50 °C. Sur les plateaux en plein soleil, la température peut également atteindre des niveaux très élevés, compliquant le travail des équipes et pouvant affecter les performances des artistes comme l’attention des publics. De même pour de nombreux métiers essentiels (habillage, maquillage, coiffure, régie, etc.), qui travaillent souvent dans des locaux temporaires où la chaleur s’accumule facilement, parfois amplifiée par des sources de chaleur internes.
La chaleur oblige donc les festivals à revoir leur organisation : adaptation des horaires, accès à l’eau, ombrage, ventilation, information du public et formation des équipes aux risques liés à la chaleur. Le guide « Comprendre et agir face à la chaleur » du collectif COFEES recommande notamment de définir des seuils d’alerte, des procédures propres à chaque site et des « brigades chaleur » chargées de suivre les situations à risque.
En 2026, face aux fortes chaleurs, le Festival d’Avignon a ainsi adapté ses horaires. Dans les lieux non climatisés, les spectacles n’étaient pas programmés avant 22 heures, tandis que les équipes techniques intervenaient entre 5 heures et 13 heures.
L’adaptation des festivals ne concerne pas uniquement la chaleur. Lors de l’édition 2026 du Festival d’Avignon, trois représentations sur quatorze prévues dans un site en zone d’accueil du public en forêt (ZAPEF) ont été annulées à la suite d’une décision de la préfecture, en raison du niveau de risque d’incendie et de l’indisponibilité des services de secours. Ces situations posent plus largement la question de la capacité à mettre en sécurité le public et les professionnels lorsque les événements sont organisés dans des espaces extérieurs exposés aux risques climatiques.
Plus largement, le secteur travaille sur différentes pistes d’adaptation : déplacer des représentations en intérieur, modifier les horaires ou les jauges, voire changer de période. Mais ces évolutions doivent aussi préserver l’intention première des festivals : se rassembler, souvent en extérieur et pendant des congés, autour d’œuvres ou d’une programmation. À Avignon, le calendrier est notamment intimement lié à l’histoire du festival et à l’économie locale, avec des retombées économiques estimées à 80 millions d’euros (« in » et « off » compris). Jusqu’où peut-on modifier les lieux, les horaires ou la période d’un festival sans transformer ce qui fait son identité ?
Des œuvres et des équipements vulnérables
Le chaleur et les variations d’humidité fragilisent également les œuvres, les instruments et les équipements techniques indispensables aux manifestations culturelles. Les œuvres sont particulièrement sensibles aux variations de température, mais surtout à celles de l’humidité relative. Dans certains bâtiments patrimoniaux, celles-ci peuvent dépasser 20 % en quelques heures. Les Rencontres d’Arles ont par exemple été confrontées à des altérations de photographies liées à ces conditions. À cela s’ajoutent les contraintes liées aux prêts d’œuvres dans le cadre de festivals, qui soulèvent des enjeux juridiques, assurantiels et de responsabilité.
Les équipements techniques sont aussi un point de vulnérabilité. Les régies, écrans, projecteurs ou amplificateurs deviennent particulièrement sensibles lorsque la température ambiante dépasse les 40 °C. Les instruments de musique sont également concernés : les variations rapides de température ou d’humidité peuvent altérer leur fonctionnement et leur accord.
La pluie, un risque qui nécessite une nouvelle culture de l’anticipation
Si les épisodes de pluie ont toujours accompagné les manifestations culturelles, l’intensification des épisodes extrêmes accentue la nécessité de prendre en compte cet aléa. Les événements en plein air sont particulièrement exposés : fortes précipitations, orages, rafales de vent ou grêle peuvent compromettre la sécurité du public, fragiliser les infrastructures temporaires et entraîner des annulations ou interruptions.
Le guide du COFEES à ce sujet souligne que les difficultés proviennent avant tout de vulnérabilités organisationnelles. L’objectif ne devrait pas être de prévoir parfaitement la météo, mais d’intégrer l’incertitude dans son fonctionnement grâce à des seuils d’alerte définis à l’avance, des processus de décision claire-ment identifiés et une communication transparente avec les équipes comme avec les publics.
À travers ces nouveaux défis, les festivals illustrent l’émergence d’une nouvelle compétence pour les acteurs culturels : intégrer les risques climatiques dans l’organisation même des manifestations. Sans oublier que le patrimoine immatériel est également dépendant du patrimoine matériel : les bâtiments, œuvres, instruments et équipements.
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