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Le changement climatique défie le centre ancien de Bonifacio

Située à l’extrême sud de la Corse, Bonifacio constitue l’une des villes les plus méridionales et méditerranéennes de France métropolitaine. Son centre ancien est suspendu sur une falaise calcaire à plus de 60 mètres de hauteur et doit faire preuve d’une grande résilience face au dérèglement climatique.

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© Paola79 CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Article rédigé par Florence Sirot, directrice de Sites & Cités remarquables de France

La ville haute de Bonifacio a été conçue pour s’adapter à un environnement hostile où le vent souffle en moyenne 300 jours par an. Elle s’est structurée de manière dense et compacte avec des ruelles très étroites et des îlots serrés qui brisent les rafales et des façades percées de petites fenêtres orientées pour échapper aux vents violents. Les logements profitent d’une ventilation naturelle traversante et les terrasses bonifaciennes optimisent la régulation thermique. De plus, l’utilisation historique d’en-duits à la chaux confère aux murs des propriétés perspirantes indispensables à la respiration du bâti traditionnel.

Un patrimoine éprouvé par de nouvelles vulnérabilités

Le changement climatique modifie toutefois l’échelle et la récurrence des pressions auxquelles sont soumises le bâti. En période hivernale, les déficits pluviométriques sont plus fréquents et plus marqués, tandis que les inondations soudaines et violentes se multiplient. L’érosion des falaises s’amplifie aussi et face à l’évolution des risques, le suivi est assuré par les services de l’État, la Collectivité de Corse et la commune de Bonifacio. Les expertises régulières évaluent l’évolution des phénomènes et définissent les mesures de prévention et d’adaptation des aménagements pour garantir la sécurité. La municipalité a ainsi dû reculer certains aménagements publics de 5 mètres pour des raisons de sécurité et certaines habitations situées au bord du vide ont fait l’objet d’arrêtés d’interdiction d’habiter, au regard du risque imminent.
À ce péril géologique s’ajoute un phénomène maritime plus récent : la submersion marine. Observé depuis quatre ans et en nette aggravation, le phénomène de «  sèche marine » touche la partie basse de la cité. Il se manifeste par une baisse subite de la mer, très difficile à anticiper. Le port se vide de manière spectaculaire, avant un retour rapide des eaux.

Dans ce contexte, Bonifacio a intégré un groupement européen pour réfléchir à des solutions innovantes d’adaptation aux risques littoraux, de type systèmes d’alerte précoce ou dispositifs de protection des commerces et des infrastructures les plus exposés aux épisodes de submersion. Sur le terrain, la lutte contre le réchauffement passe aussi par le bannissement des erreurs architectu-rales comme les enduits à base de ciment ou des isolations inadaptées qui ont emprisonné l’humidité et dégradé la pierre. La priorité est désormais donnée aux purges de ciment pour restituer les enduits à la chaux.

Pour briser les îlots de chaleur urbains, la ville mise aussi sur la renaturation, à l’image du projet du Bosco initié il y a 8 ans. Financée par un mécénat participatif impliquant les habitants, cette transformation de friche en îlot de fraîcheur arboré, prouve que la sauvegarde du patrimoine historique et l’adaptation climatique peuvent marcher d’un même pas.

Enfin, l’un des défis les plus criants concerne la ressource en eau. Historiquement, la ville haute, privée de sources naturelles directes, a survécu grâce à un système ingénieux de collecte des eaux pluviales. Les toitures ache-minent l’eau vers des citernes urbaines ou privées par le biais d’arcs-boutants équipés de gouttières.

Face à la rareté croissante de l’eau, la municipalité a choisi de s’appuyer sur ce réseau patrimonial. Une étude d’opportunité est menée pour réutiliser ces eaux de toiture non conventionnelles pour l’arrosage des espaces publics et le lavage des rues. Cette réflexion s’inscrit dans une stratégie plus globale de résilience de la ressource en eau, intégrant également le développement de la réutilisation des eaux usées traitées, la réduction des consommations et la diversification des ressources.

En 2021, la commune a élargi son Site Patrimonial Remarquable (SPR) pour y intégrer le vallon Saint-Julien, une zone verte partiellement inondable, destiné aux cultures et qui servait de drainage naturel. Il abrite un riche réseau vernaculaire de canaux d’irrigation, de bassins et de fontaines, stratégique pour la prévention des inondations et la préservation de la biodiversité et des paysages. L’enjeu majeur est désormais double : accompagner les aménagements dans ces zones à risque tout en restaurant ces ouvrages hydrauliques traditionnels pour qu’ils retrouvent leur rôle tampon face aux crues.

À Bonifacio, l’adaptation au changement climatique s’appuie donc sur la compréhension des savoir-faire anciens, associés à des solutions contemporaines, afin de préserver durablement un territoire exceptionnel pour les futures générations.

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