Climat : la France n’est pas sur la bonne voie

Alors que les premiers chiffres des émissions de gaz à effet de serre de la France pour l’année 2019 sont sortis, le Réseau Action Climat décrypte ces résultats au regard des objectifs climatiques français.

L’information communément reprise est que les émissions de gaz à effet de serre de la France ont reculé de 1 % par rapport à l’an dernier. Bonne nouvelle ? Hélas non.

Où en est vraiment la France ?

La baisse des émissions de gaz à effet de serre en 2019 est moins forte que celle de l’année précédente, puisqu’elle était en 2018 de 4,2 % en moins par rapport à 2017. Aussi, la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), qui est la feuille de route de la France pour le climat édifiée en 2015 et actualisée en 2020, vise une baisse moyenne de 2,5 % par an pour que l’objectif d’une neutralité carbone sur le territoire français à l’horizon 2050 soit atteint. Le Haut Conseil pour le Climat indiquait également dans son rapport l’année dernière qu’en 2025, les réductions annuelles devraient être de 3,3 %. Nous en sommes donc encore loin.

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Emissions de gaz à effet de serre en France

En ce qui concerne les objectifs que la France s’est fixés dans la SNBC, ils sont respectés en ce qui concerne l’année 2019, voire dépassés puisque l’on réalise 0,7 % de moins par rapport à la part annuelle du budget carbone pour cette période. Cela est principalement dû au fait que ces budgets carbone ont été actualisés en 2019 pour mieux coller à la trajectoire réelle de la France avec une hausse des budgets carbone, et donc des émissions de gaz à effet de serre, jusqu’à 2023 (impliquant de fait une baisse plus drastique nécessaire au cours des années suivantes pour pouvoir tenir les objectifs à long terme). Ainsi, le budget carbone pour l’année 2019 était de 444 millions de tonnes d’équivalent de CO2 (qui a été respecté puisque nous avons émis 440,7 MtCO2e), alors que celui pour l’année 2018 était de 426 MtCO2e.

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Le dessous des graphes

Plus précisément, il faut s’attarder sur les chiffres par secteur pour savoir où en est vraiment la France et voir si cette pente décrite comme une dynamique positive du respect des budgets carbone se répercute partout.

À y regarder de plus près, on se rend compte que tous les secteurs sont dans le rouge, et donc en dépassement d’émissions, hormis ceux de la transformation d’énergie et du bâtiment.

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Le secteur du transport

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Sur le secteur des transports, il n’y a quasiment pas de dynamique de réduction des émissions de gaz à effet de serre, en particulier du fait de la hausse de l’usage de carburants pour les poids lourds : on assiste plutôt à une stagnation. Même avec les objectifs révisés, la France se situe encore à 2,2 % de plus que son objectif carbone pour 2019. Avec ses 135,9 MtCO2e, le secteur des transports représente cependant plus de 30 % des émissions françaises, il est donc primordial d’avoir une action forte dans ce domaine, notamment sur des véhicules moins polluants, un report modal plus fort vers les transports collectifs, les mobilités actives, le fret ferroviaire, mais aussi une plus grande sobriété, en particulier pour le transport aérien.

Le secteur du bâtiment

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Dans le secteur du bâtiment aussi les objectifs ont été considérablement rehaussés pour l’année 2019, ce qui entraîne un décalage de la date d’atteinte de l’objectif de de neutralité carbone. Il faut, de plus, rappeler que le bâtiment représente un des principaux secteurs émetteurs en France, ainsi qu’un enjeu social fort avec les millions de ménages souffrant de précarité énergétique. Il y a toutefois une tendance à la baisse, ce qui permet à la France d’être à 4,9% de moins que son budget carbone pour 2019. La dynamique de rénovation des bâtiments (que ce soit dans le résidentiel ou le tertiaire) doit cependant s’accélérer pour permettre la réduction espérée d’émissions de gaz à effet de serre. C’est un des points majeurs qui a été identifié par la Convention Citoyenne pour le Climat.

Le secteur de l’agriculture

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Pour l’agriculture, les données provisoires indiquent une baisse progressive des émissions de gaz à effet de serre mais qui reste faible et qui n’atteint pour l’instant pas les objectifs fixés. Il faut donc que le prochain Plan stratégique national (PAC) s’aligne avec les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le secteur de l’industrie

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Le secteur de l’industrie est l’un des secteurs qui a connu la baisse la plus significative sur les deux dernières décennies. Cependant, cette baisse stagne depuis plusieurs années, et les objectifs ne sont pour l’instant pas atteints, la France dépassant de 3 % son objectif 2019. Certains secteurs comme la construction, l’agro-alimentaire et le papier-carton ont même vu leurs émissions augmenter en 2019.

Le secteur de transformation de l’énergie

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C’est le secteur qui pour l’instant respecte le plus les plafonds d’émissions fixés dans la SNBC (que ce soit l’ancienne ou les objectifs révisés), en ayant notamment connu une baisse significative entre 2017 et 2018.

Le secteur des déchets

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Le secteur des déchets connaît depuis deux décennies une baisse constante, en notant cependant que c’est le secteur le moins émetteur de gaz à effet de serre en France. Les paliers observés dans les objectifs correspondent notamment aux différentes applications prévues pour les lois sur la réduction des déchets.

Il y a donc quelques avancées sur les réductions d’émissions de gaz à effet de serre de la France. Mais les résultats restent en deçà de ce qu’il est nécessaire d’atteindre dans de trop nombreux secteurs. Les objectifs révisés imposent une très forte baisse sur les prochaines années, ce qui n’est pour l’instant pas la tendance qui se dessine. Il est donc nécessaire de mettre en place au plus vite des mesures structurelles, déjà connues et porteuses de justice sociale, pour agir sur ces émissions. 

À titre indicatif

Il est à noter que les émissions de gaz à effet de serre nationales ne représentent qu’une partie seulement des émissions liées à la consommation nationale. Ainsi, d’après la SNBC2, l’empreinte carbone totale de la France était estimée à 749 MtCO2e en 2018, soit 1,8 fois plus que les émissions territoriales (qui étaient, elles, à 425 MtCO2e sur le même périmètre).

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