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Carcassonne face aux fortes chaleurs

3 kilomètres d’enceinte, des origines gallo-romaines et une restauration majeure par Viollet-le-Duc : la cité médiévale de Carcassonne est un condensé d’histoire et l’un des monuments les plus visités de France. Elle doit aujourd’hui composer avec sa vulnérabilité aux chaleurs extrêmes, au risque d’incendie et aux effets des sécheresses.

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© Chensiyuan - CC BY 2.O, via Wikimedia Commons

Une cité médiévale et un îlot de chaleur

43,2 °C : c’est le record de température enregistré à Carcassonne le 23 août 2023, lors d’une canicule exceptionnelle. Cette année-là, les 40 °C ont été dépassés pendant quatre jours consécutifs, du 20 au 23 août[1]. L’Occitanie compte parmi les régions de France les plus touchées par la hausse des températures, et le département de l’Aude n’échappe pas à cette évolution. À Carcassonne, les températures peuvent grimper encore sous l’effet du phénomène d’îlot de chaleur urbain[2]. Dans la Cité, largement minérale, les possibilités de se protéger de températures élevées sont limitées, et cela sera de plus en plus marqué dans les prochaines décennies. Selon les projections climatiques de Météo-France[3], la température moyenne à Carcassonne devrait augmenter d’environ 2°C à l’horizon 2050 par rapport à la fin du XXe siècle, avec une hausse encore plus marquée en été. Le nombre de jours dépassant 35 °C devrait lui aussi fortement progresser : de 2 en moyenne à la fin du XXe siècle, il pourrait tripler dès 2030 et être multiplié par cinq à l’horizon 2050. Les nuits chaudes (au-dessus de 20 °C) devraient également devenir plus fréquentes.

Adapter les conditions de visite aux fortes chaleurs

Cette évolution remet en question les conditions actuelles de visite de la Cité, qui s’effectue principalement en plein air. Une visite en pleine journée sous 40 °C présente des risques sanitaires, notamment pour les personnes âgées, les jeunes enfants et les personnes vulnérables. En août 2026, le château et les remparts ont ainsi ouvert exceptionnellement dès 8h45 (contre 10 h habituellement), et fermé à 16h30 au lieu de 18h30. Certaines visites guidées ont également dû être annulées ou adaptées : pas plus de trois visites par jour, des parcours repensés pour rester au frais et aucune visite entre 14h30 et 16h. Le site a aussi renforcé la protection des visiteurs et agents, avec notamment des points d’eau, des espaces climatisés et des aménagements pour limiter l’exposition au soleil. La chaleur peut aussi conduire à proposer d’autres plages horaires : des ouvertures exceptionnelles en soirée permettent ainsi de visiter les remparts dans des conditions plus supportables. Des mesures nécessaires pour protéger les visiteurs, mais qui peuvent avoir des conséquences économiques et ajouter des contraintes (comme le travail en soirée) pour les professionnels du tourisme et les commerces de la Cité.

Risque d’incendie et qualité de l’air

Tout comme le risque de fortes chaleurs, l’Aude est particulièrement exposée aux incendies de végétation. Selon la plateforme participative Feux de forêts et d’espaces naturels[4], l’Aude est le quatrième département de France le plus touché par les feux de forêts depuis le début du XXIe siècle en surface brûlée[5]. Carcassonne figure parmi les communes les plus concernées, avec 121 incendies recensés sur cette période. Là encore, le risque est en augmentation avec le changement climatique. Selon les projections de Climadiag, le nombre de jours présentant un risque significatif de feu de végétation passerait de 10 en moyenne (1976-2005) à 17 en 2030 et 21 en 2050. Dans un scénario plus pessimiste, il pourrait même atteindre 26 jours par an en 2050. La Cité, largement urbanisée et située en hauteur, n’est pas directement exposée aux incendies de la même manière que les espaces forestiers et les villages environnants. Elle n’est toutefois pas épargnée par leurs conséquences indirectes  : un incendie peut perturber l’accès, le tourisme et les activités mais aussi la qualité de l’air. Le vaste incendie dans le massif des Corbières en août 2025 l’a illustré : près de 16 000 hectares ont brûlé et les fumées ont dégradé la qualité de l’air dans une partie de l’Aude. L’association Atmo Occitanie avait alors alerté d’un risque fort lié aux particules fines à Carcassonne. Face à ce risque, l’adaptation du monument repose avant tout sur la prévention et la gestion du risque incendie à l’échelle du territoire.

Sécheresses et retrait-gonflement des argiles

Dans une étude réalisée par le Centre des monuments nationaux sur l’ensemble de ses sites, le château et les remparts de Carcassonne apparaissent comme le site d’Occitanie où l’on observera la plus grande baisse de précipitations (-214mm entre la fin du XXe siècle et 2100). Le monument apparaît également comme le plus exposé au risque de retrait-gonflement des argiles (RGA). Selon Géorisques, le territoire de Carcassonne est fortement exposée à ce phénomène[6]. Si l’intégrité de la Cité n’est aujourd’hui pas directement menacée, le changement climatique modifie déjà les conditions dans lesquelles ce patrimoine est visité, entretenu et protégé. À plus long terme, l’intensification des sécheresses et des événements extrêmes pourrait également poser de nouvelles questions pour la conservation du bâti.

Notre rapport complet sur le patrimoine culturel

Cliquez sur les épingles de la carte ci-dessous pour accéder aux articles correspondant aux 20 sites traités dans le rapport (dézoomer pour accéder aux sites dans les régions d’Outre-mer).

Sources

[1]  Météo-France, « Août 2023 : une canicule tardive exceptionnelle sur une grande partie du pays », août 2023

[2] Voir définition page 76 du rapport

[3] Météo-France, Climadiag

[4] Feux de forêts et d’espaces naturels, Carte « Historique des incendies de forêt en France »

[5] Statistique entre 2020 et 2025 : l’Aude est quatrième derrière la Haute-Corse, le Var et la Gironde.

[6] Il faut toutefois rester prudent avant d’en déduire une vulnérabilité précise de la Cité médiévale : la cartographie du RGA ne permet pas, à elle seule, de déterminer les risques pesant sur chacun des bâtiments et des ouvrages.

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