Qu’est-ce qu’une PAC bonne pour le climat ?

À la veille de l'ouverture du salon de l'agriculture, la plateforme Pour une autre PAC lance sa campagne pour promouvoir une autre politique agricole commune, plus écologique et solidaire. Le Réseau Action Climat, membre de la plateforme, soutient cette initiative. Mais en quoi cette nouvelle politique serait-elle bonne pour le climat ?

Exploitation laitière en Sologne
Exploitation laitière en Sologne

Le salon de l’agriculture ouvre ce samedi 23 février jusqu’au 3 mars 2019. À cette occasion, la plateforme Pour une autre PAC lance sa campagne « Tablons sur nos paysans » dont le but est de promouvoir son projet  d’une autre PAC, plus écologique, saine et solidaire.

Le Réseau Action Climat est membre de la plateforme Pour une autre PAC et partage le même projet d’une politique agricole et alimentaire commune, soutenable pour l’environnement et la santé de tous et juste pour tous. La réforme en cours est une opportunité majeure de réinsuffler des perspectives d’avenir pour le secteur agricole français tout en répondant aux multiples attentes sociétales : alimentation, emploi, bien-être animal, environnement, santé, protection des terres et lutte contre le dérèglement climatique. Chaque citoyen de l’Union européenne paie en moyenne 114 euros par an pour la PAC (1). C’est le premier budget de l’UE, avec 9 milliards de par an.

L’Union européenne s’est engagée sur des objectifs internationaux concernant le dérèglement climatique (Accord de Paris signé en 2015). Sa politique agricole n’est pourtant pas compatible avec ces objectifs internationaux (2).

Qu’est-ce qu’une PAC bonne pour le climat ?

Une PAC bonne pour le climat est une politique agricole commune soutenant massivement les modèles agricoles les moins émissifs en gaz à effet de serre, les plus résilients face aux aléas climatiques et permettant de préserver le carbone dans les paysages. Ces formes d’agriculture ont déjà fait leur preuve : l’agriculture biologique, l’agroforesterie ou encore les élevages herbagers autonomes.

Concrètement, la nouvelle PAC devra permettre d’engager les changements profonds nécessaires à la participation du secteur agricole à la lutte contre le dérèglement climatique en soutenant de façon ambitieuse les changements suivants :

  • une diminution du recours aux engrais azotés de synthèse, une meilleure gestion du recours aux engrais organiques (compost, digestat, etc.) et à l’utilisation des engrais verts (légumineuses) ;
  • une sortie des élevages industriels et le développement des petits élevages extensifs et des fermes en polyculture élevage et le recours aux races mixtes de bovin ;
  • le développement de l’agriculture biologique et la sortie des pesticides.
  • l’augmentation des productions permettant d’atteindre la souveraineté, l’autonomie et la qualité alimentaire attendue par les européens.

C’est grâce à une approche systémique que nous pourrons traiter à la fois des questions de dérèglement climatique, de santé des mangeurs, d’emplois dans les territoires ou encore de bien-être animal. Les changements doivent porter à la fois sur le changement profond de modèle de production agricole et sur l’évolution de l’assiette des européens. C’est pourquoi nous demandons de passer à une Politique Agricole et Alimentaire Commune, une PAAC, prenant de front l’ensemble des questions sociétales auxquelles nous devons faire face.

Mais pour cela, il faut que les règlements de la PAC actuelle soient profondément transformés. Un simple toilettage ne suffira pas à massifier les changements de pratique agricoles.  C’est d’un changement de paradigme dont nous avons besoin (3). La première des mesures est de conditionner les aides couplées du pilier 1 (4) à un niveau de pratiques environnementales, sociales et de bien-être animal plancher qui soit exigeant.La deuxième des mesures est de d’allouer au moins 40 % du budget du pilier 1 aux paiements pour service environnementaux pour soutenir les pratiques particulièrement vertueuses pour l’environnement. La troisième mesure est de résolument tourner le pilier 2 vers des pratiques très ambitieuses répondant à plusieurs attentes listées plus haut (développement de filières courtes et locales, autonomie des fermes, projets collectifs de compostage, etc.).

C’est pour défendre ces différentes positions que la plateforme Pour une Autre PAC sera présente au salon international de l’agriculture (Hall 4, stand DO17).

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Références

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  1. Atlas de la PAC, Heinrich Böll Stiftung, Plateforme pour une Autre PAC, Paris, 2019.
  2. Alimentation, agriculture, climat : Etat des lieux des politiques publiques et leviers d’action, Réseau Action Climat, 2015.
  3. Le pilier 1 accorde des aides forfaitaires liées à la surface des fermes, tandis que le pilier 2 soutien le développement local (installations, mesures environnementales, etc.). Le pilier 1 représente plus de 80% du budget de la PAC.
  4. Plus de détail sur les mesures dans le document des 12 priorités de la Plateforme Pour une Autre PAC.
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