Transition de l’offre automobile européenne : les actes suivront-ils les annonces ?

D’après un rapport publié par Transport & Environment, le nombre de modèles de voitures électriques est susceptible de tripler dans les 3 prochaines années en Europe, principalement du fait de l’entrée en vigueur des futures normes sur les émissions de CO2.

Les projets industriels envisagés, s’ils se concrétisent, permettraient à l’Union européenne de commencer à combler son retard. Néanmoins, pour que cette transition soit bénéfique d’un point de vue environnemental et accessible à tous, l’offre automobile devra prendre un nouveau virage. Les politiques publiques devront également envoyer un signal clair à l’industrie pour que les nouveaux projets se matérialisent dans les ventes.

L’industrie automobile prend progressivement le chemin de l’électrification. Si les constructeurs n’ont pour l’heure pas encore acté la transition de leur offre vers des véhicules véritablement plus légers, économes et moins polluants; la perspective d’entrée en vigueur des futures normes européennes sur les émissions de CO2 en 2020 et en 2025 les incite à renforcer leurs efforts. Ainsi, un rapport publié par Transport & Environment (T&E) sur la base des données d’IHS Markit montre que le nombre de modèles de véhicules électriques va tripler en Europe entre 2018 et 2021, et être multiplié par six à l’horizon 2025, pour atteindre un cinquième du nombre total de voitures mises sur le marché à cette date. 

Les investissement dans la production des véhicules électriques et dans la fabrication de batteries sur le sol européen vont également significativement augmenter jusqu’à atteindre 145 milliards d’euros selon les annonces des constructeurs, 55% des investissements étant toujours destinés au marché chinois. On recense ainsi 16 projets d’usines de production de batteries lithium-ion en Europe, dont un en France. La production européenne de batteries devrait couvrir 85% des besoins des nouveaux véhicules produits en 2023.

Les constructeurs français ne sont pas en reste et devraient se positionner à la deuxième place du podium européen pour le nombre de voitures électriques produits. Alors que certains pays subiront une perte nette en termes de nombre de véhicules produits, en France, l’augmentation de la production de véhicules électriques devrait entièrement compenser la baisse du nombre de voitures fonctionnant au diesel ou à l’essence. Si la fabrication de ces nouveaux véhicules sera surtout concentrée en Europe de l’Ouest (Allemagne, France, Espagne et Italie),  ces dynamiques devraient également profiter aux pays est-européens puisque la Slovaquie, la République Tchèque et la Hongrie auront un des plus forts taux de production de véhicules électriques par habitant en 2025. Le nombre de nouveaux emplois associés au développement d’une filière européenne des batteries est estimé à 250 000 en 2028. 

Les normes sur les émissions de CO2 adoptées au niveau européen, si elles restent insuffisantes face aux efforts requis pour respecter l’accord de Paris, devraient avoir un impact sur l’évolution du marché automobile : T&E estime ainsi qu’à minima 5 à 7% des ventes de véhicules devront être électriques en 2020/2021, 15% en 2025 et 29% en 2030; pour que les constructeurs soient en conformité, notamment pour compenser la mise sur le marché de véhicules très émetteurs comme les SUVs.

Néanmoins, des doutes subsistent sur la capacité de l’industrie automobile à prendre un tournant qui soit réellement bénéfique d’un point de vue environnemental, et à développer une offre accessible à tous. Ces projections doivent se concrétiser dans la réalité et les annonces des constructeurs ne sont pas toujours suivies d’effets. De plus, les données compilées par T&E montre une faible évolution des proportions de véhicules par catégories, alors que le besoin d’évolution vers des voitures plus légères et économes en énergie est pressant. De la même manière, si la production de voitures “à faibles émissions” est sensée être dominée à 60% par des voitures tout électrique en 2025, ces estimations sont remises en cause par certaines annonces récentes de constructeurs qui préfèrent miser sur une hybridation légère ou la mise sur le marché de véhicules hybrides rechargeables. La réglementation sur la prise en compte des impacts environnementaux et le recyclage des batteries reste également insuffisante.

DES MESURES NÉCESSAIRES POUR RÉORIENTER LE MARCHE AUTOMOBILE

Afin d’enclencher une transition vers des véhicules véritablement plus légers, économes et moins polluants, les politiques publiques doivent mettre en place un cadre adapté :

Recentrer les primes à l’achat et à la conversion pour les véhicules qui ne consomment pas de carburant fossile, à commencer par l’exclusion des véhicules essence/diesel neufs, et conditionner l’octroi d’aides à de véritables critères d’efficacité environnementale (taille, puissance et poids des véhicules…) et sociales (prix). Aujourd’hui, ces primes bénéficient principalement à des véhicules diesel et essence et ne sont pas ouvertes aux autres moyens de déplacement.

Fixer un cap de fin de vente des véhicules diesel et essence à l’horizon 2030 pour être compatible avec l’objectif de l’accord de Paris de maintenir la hausse des températures à 1,5°C dans le cadre de l’examen en seconde lecture de la Loi Mobilités. Pour l’heure, la France a adopté l’objectif trop tardif de 2040 et aucun cap n’a été fixé à l’échelle européenne. Il est indispensable de définir dans les 2 ans une stratégie opérationnelle de sortie du diesel et de l’essence pour accompagner la filière, les territoires et les ménages.

Il faut cependant garder en tête que le développement de la voiture électrique reste une solution imparfaite face à l’ampleur du défi climatique, ne pouvant se substituer à la baisse du nombre de véhicules en circulation et le transfert vers d’autres modes de déplacement moins émetteurs. Les nouvelles motorisations et le renouvellement accéléré du parc automobile ne seront pas non plus suffisants pour remédier de manière effective à la pollution de l’air, comme l’a rappelé l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans un avis rendu le 16 juillet.  L’Agence insiste ainsi sur la nécessité de mise en place de mesures visant la réduction du traffic automobile, telles que les zones à faibles émissions, la promotion des transports en commun et des modes actifs et partagés; et l’évolution de la logistique et du transport de marchandises (e-commerce, livraison du dernier kilomètre, plates-formes logistiques urbaines).

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