La canicule pourrait devenir la norme

La canicule de 2003 a fait près de 15 000 morts en France et 70 000 en Europe. A Paris, plus de neuf jours à plus de 36 °C de température maximale ont été enregistrés et, dans le Gard, le 12 août, le record absolu de température en France de 44°C a été dépassé. Un évènement d’une intensité exceptionnelle. Mais plus pour très longtemps…

Soleil boule de feu
Soleil boule de feu

Serge Planton, climatologue au Centre national de recherches météorologiques de Météo France et expert du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), répond à ces questions :

Canicules, sécheresses… Quel est l'impact du réchauffement de la planète ?

Canicules, sécheresses… Quel est l'impact du réchauffement de la planète ? Quelles sont les évolutions en cours ? Réponse en deux minutes 👇

Publiée par Réseau Action Climat sur Lundi 21 janvier 2019

Les canicules sont-elles déjà plus fréquentes ?

En France, entre 1900 et 2017, la température a augmenté en moyenne de 1,5°C et, dans le sud-ouest, de 1,8°C. Par ailleurs, sur l’année, les jours dont la température dépasse les 25°C sont de plus en plus nombreux.

Mais une canicule n’est pas qu’un pic de chaleur : elle se définit par une température dépassant de 5°C la normale pendant au moins cinq jours consécutifs. Et, oui, on est en mesure aujourd’hui d’affirmer que leur nombre a augmenté de façon significative.

A quoi doit-on s’attendre avec le réchauffement à venir ?

Pour faire des projections, nous utilisons des modèles mathématiques qui permettent de représenter l’évolution du climat, à l’échelle mondiale comme à celle de la France. Actuellement, les plus sophistiqués d’entre eux ont un point de calcul tous les 2 à 3 km et ils donnent des estimations assez fiables pour la fin du siècle.

La fréquence des vagues de chaleur va augmenter. Si rien n’est fait pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, une canicule comme celle de 2003 [1] [2] [3], qui était jusqu’à présent un évènement exceptionnel, pourrait devenir banale à la fin du siècle . On est dans le scénario que nous qualifions de « laisser faire », dans lequel on prévoit une augmentation de la température de 3,2°C à 5,4°C d’ici 2100. Dans ces projections-là, après 2070, une canicule comme celle de 2003 pourrait se produire tous les deux ans en moyenne [4]. Et, bien sûr, il pourra y en avoir des moins importantes, comme des plus intenses [5] !

Si l’on respecte l’accord de Paris, la température mondiale continuera de croître pour se stabiliser en 2050 à 2°C d’augmentation, voire 1,5°C dans le meilleur des cas. Elle serait alors de 2°C en France, par rapport à celle moyenne de 1900. Les canicules y auront augmenté, dès le milieu du XXIe siècle, en nombre, en intensité et en durée [6].

Quelles sont les solutions pour se protéger des canicules ?

La première solution est la prévision, qui s’améliore d’un jour tous les dix ans. En 2003, la canicule avait été prévue plusieurs jours à l’avance mais nous n’avons pas su réagir devant l’ampleur du phénomène.

Nous avons appris d’évènements comme celui-ci et les tempêtes de fin décembre 1999. De là est née la carte de vigilance météo qui sert à communiquer rapidement sur des évènements exceptionnels et à avertir le grand public. De même pour ce qui concerne les mesures de précautions comme celles du plan national canicule : les leçons de 2003 ont permis de réduire les effets de celle de 2006, moins intense mais plus longue.

Ce dispositif est un premier exemple d’adaptation au réchauffement climatique et il y en a d’autres. Dans une ville comme Paris par exemple, on a calculé que si l’on généralisait la climatisation, la température extérieure augmenterait de 2°C [7] ! Elle est donc une mauvaise solution. A contrario, la végétalisation des rues et des toits, elle, pourrait y réduire la température de 2°C [8].

Références

[1] The 2003 HeatWave in France : Dangerous Climate Change

Here and Now Marc Poumadiere et al., Risk Analysis, Vol. 25, No. 6, 2005

https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1539-6924.2005.00694.x

[2] Hot news from summer 2003 Christoph Schär and Gerd Jendritzky NATURE|VOL 432 | 2 DECEMBER 2004

https://www.researchgate.net/publication/8149683_Climate_change_Hot_news_from_Summer_2003

[3] Retour sur la canicule d’août 2003 Météo-France 20 août 2003

http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/evenements-remarquables/retour-sur-la-canicule-daot-2003-

[4]  The role of increasing temperature variability in European summer Heatwaves

Christoph Schär at al., Nature 427(6972):332-6 · February 2004

https://www.researchgate.net/publication/8925328_2004_The_role_of_increasing_temperature_variability_in_European_summer_heatwaves

[5] Météo France CERFACS IPSL. Drias les futurs du climat, projections climatiques pour l’adaptation de nos sociétés.

http://www.drias-climat.fr/

[6] Des canicules plus fréquentes et des régions sèches plus étendues dans un monde plus chaud  Réseau Action Climat 11-07-2017

https://reseauactionclimat.org/canicules-frequentes-regions-seches-etendues/

[7] Rapport final du projet CLIM2, climat urbain et climatisation, novembre 2010

http://www.umr-cnrm.fr/vurca/IMG/pdf/rapport_scientifique_clim2.pdf

[8] Rapport final du projet MUSCADE, 2014

https://www.iau-idf.fr/fileadmin/DataStorage/Recherche/passeurrecherche/MUSCADE_RapportFinal_2_.pdf

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