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Quelle place au salariat agricole dans la transition écologique du secteur ?

Si les crises agricoles font résonner les revendications des agriculteurs et agricultrices dans le débat public, une part des actifs et actives reste invisible des politiques : les salariés agricoles.

Photo : Caroline Peyronel - © Association SOL

Alors que le besoin de renouvellement des générations agricoles fait consensus, la question des formes d’emploi agricole à soutenir pour y répondre reste ouverte, y compris au sein des trajectoires en faveur de l’agroécologie. En effet, si le sujet du salariat apparaît pour l’instant comme caractéristique d’une montée de l’agriculture industrialisée, il est essentiel de réfléchir également son rôle dans le changement de nos modèles agricoles face aux enjeux climatiques.

Des systèmes agricoles sous tension

→ 18% des agriculteurs et agricultrices vivent sous le seuil de pauvreté, une qualité au travail dégradée et peu attractive : la pénibilité au travail et les rémunérations faibles du secteur représentent les freins les plus importants au bien-être de ces actifs.

→ Pourtant, la valeur ajoutée produite par actif non salarié a augmenté de 168% en 40 ans, la production s’intensifiant : on observe une augmentation de la taille des fermes, de leur niveau de spécialisation et de travail produit par actif ou active depuis les années 80.

→ 65% des actifs et actives agricoles exposé.es aux pesticides, un défi sanitaire et environnemental : le recours à des produits phytosanitaires impacte directement la santé humaine avec une surreprésentation des taux de cancer chez les travailleurs et travailleuses agricoles comme de l’environnement avec une baisse de la biodiversité et notamment des pollinisateurs. 

L’invisibilisation des salarié.es, héritage de l’histoire agricole :

Au début du XXè siècle, le salariat agricole était encore particulièrement répandu comme complément de revenus, pour un peu moins de deux millions de foyers. Avec l’exode rural et l’industrialisation de l’agriculture au travers du plan Marshall, cette population a été largement réduite au moment même où de nombreux corps de métiers manifestent pour leurs droits sociaux du travail en France. Dépendant du code rural et d’une gouvernance des politiques agricoles historiquement en cogestion avec les syndicats d’exploitant.es, le droit et l’inclusion des enjeux du salariat est alors évacué des stratégies agricoles prioritaires.

Le salariat, des dynamiques d’emploi complexes

→ Un million de contrats salariés par an

Quelles que soient ses caractéristiques technico-économiques, l’agriculture se repose depuis les années 2000 sur le salariat pour des services ponctuels, des travaux saisonniers ou des missions annuelles. Le salariat agricole englobe en effet une grande diversité de formes de travail et de statuts, dont une partie se précarise. 

→ Augmentation de 12% des CDD agricoles en 10 ans

Cet ensemble se caractérise aussi par différents profils mobilisant le secteur pour diverses raisons (complément de revenus, emploi transitoire, montée en compétences,…). De plus, le secteur embauche une part non négligeable de personnes migrantes – avec ou sans papiers – enchaînant les saisons dans des régions différentes. Pour finir, de plus en plus de chef·fes d’exploitation sont aussi salarié·es, comme moyen par exemple de compléter et sécuriser leur revenu. 

Un enjeu pour la transition écologique du secteur

Pour faire face aux défis climatiques, il est nécessaire de tendre vers des modèles agricoles territorialisés et diversifiés qui sont créateurs d’emploi. En effet, différents scénarios examinant les leviers pour atteindre les objectifs Bas Carbone identifient bien un besoin accru en actifs et actives afin de garantir la viabilité de cette transition écologique : a minima +10%. Et ces projections se vérifient bien aujourd’hui sur le terrain avec :

→ + 35% d’emplois en Agriculture Biologique, dont du salariat saisonnier comme permanent.

Pourtant, l’amélioration de sa qualité reste encore éludée dans l’organisation du travail de ces systèmes, comme pour le reste du secteur. Cela est dû notamment aux pressions imposées par l’insécurité économique et le niveau de charge de travail.

→ 76,3 % des salariés agricoles déclarent devoir rester longtemps dans une posture pénible, source potentielle de Trouble Musculo-Squelettique (TMS).

Si ces conditions sont soutenables sur le court-terme, elles représentent un véritable obstacle au maintien des actifs et actives dans le secteur qui doivent également faire face à des perspectives professionnelles restreintes presque uniquement à des projets d’installation.

Face aux crises de vocation et à la volonté d’investir des emplois davantage au service des écosystèmes humains et non-humains, l’agroécologie est un levier d’attractivité par sa richesse de sens pour ces travailleurs et travailleuses qui souhaitent alors persister dans le secteur. 

De plus, elle développe en effet un large panel de compétences au sein de ses exploitations employeuses mettant en place des systèmes de production diversifiés. Cette part de la population représente ainsi un véritable vivier pour essaimer et accélérer la transition qu’il est essentiel de soutenir et visibiliser dans nos stratégies publiques. 

L’ensemble de ces réalités appelle à se questionner plus volontairement : 

Quelles sont les manières de maintenir des personnes souhaitant évoluer dans le secteur en dehors de l’installation? Comment transformer le travail de manière inclusive afin de réduire son impact sur les corps des travailleurs et travailleuses ? 

Plus largement, afin de construire des statuts respectueux des volontés et situations de tous les actifs et actives, il est essentiel de s’interroger aussi sur les modalités et compétences du salariat qui seraient à favoriser lors de la transition agroécologique. 

En s’appuyant sur un travail de recherche (voir liens ci-dessous), conduit en parallèle de l’étude pour le rapport Qui nous nourrira en 2035 ?, publié en septembre, le Réseau Action Climat avance plusieurs recommandations :

  • La reconnaissance de blocs de compétences (techniques, sociales,administratives…) acquises par l’expérience sur le terrain afin de favoriser la construction de parcours 
  • La facilitation de l’accès à la formation continue, en réduisant la charge attribuée aux exploitant.es 
  • L’aide à la création de temps d’entretien annuel et de perspectives d’évolution à la demande des salarié.es 
  • La mise en place d’espaces d’échange entre pairs, notamment sur le partage de compétences et de droits sociaux
  • Le soutien et la visibilisation des aides et accompagnement spécifiques à l’adaptation des espaces de travail et à la sensibilisation au droit du travail lors du recours au salariat
  • L’adaptation des critères d’étude par les instituts de statistique (DARES et ANACT) de l’emploi afin d’identifier les enjeux spécifiques au salariat 
  • Une concertation nationale sur le salariat agricole découlant des résultats de ces études afin de construire une stratégie reconnaissant le salariat comme acteur de la transition écologique
  • La représentation des salarié.es dans les instances de gouvernance des enjeux de renouvellement des générations agricoles
  • La réforme des aides surfaciques pour des aides à l’actif dans la prochaine programmation PAC permettant un nombre de personnes suffisant pour répondre à la charge de travail sans peser sur les corps
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