Emplois

Planification écologique et emploi : une première étape dans un chantier majeur

Les mesures de la planification écologique concernent très directement 8 millions d’emplois dans des secteurs clés : mobilités, bâtiment, industrie, énergie, agriculture… Elles seraient créatrices nette d’environ 150 000 emplois d’ici 2030.

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Les premières orientations de la Stratégie emplois compétences ont été publiées. Essentielles pour fixer le cap, elles représentent la première étape d’un chantier majeur. Décryptage.

Le Secrétariat Général à la Planification Ecologique alerte sur les profondes mutations à venir

Avec la Stratégie Emplois Compétences, la planification s’attelle au chantier des emplois et des compétences. La démarche est essentielle. Dans l’ensemble, le diagnostic présenté par le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE), rattaché auprès du Premier Ministre, confirme les tendances identifiées par les associations de lutte contre le changement climatique.. Derrière le bilan quantitatif global sur les emplois, le document identifie « des reconfigurations profondes entre secteurs ». Il souligne « une forte incertitude […] dans certains secteurs clé, comme le bâtiment et l’agriculture, dont la trajectoire en emplois nets dépendra de choix de société (construction neuve, agroécologie…), ainsi que dans l’économie circulaire –au potentiel important et pérenne mais sans prospective claire à date ». 

Il identifie aussi de manière nette les enjeux cruciaux de démographie et de disponibilité des compétences : « il existe un risque élevé de postes non pourvus à cause d’un renouvellement générationnel insuffisant ». On a donc « un défi majeur d’anticipation des besoins en matière de recrutement et de formation dans les secteurs clés de la transition écologique ». 

Des orientations encore timides dans certains secteurs

Si les tendances sont proches de celles que l’on pouvait attendre, les niveaux d’ambition de la Stratégie emplois compétences pour la planification écologique gagneraient à être renforcés. Le potentiel d’emploi pour la rénovation thermique est certes identifié à un niveau élevé. Mais c’est moins le cas pour d’autres secteurs clés comme les énergies renouvelables ou l’agriculture, où le nombre d’emplois potentiels est minoré :  la prévision envisage par exemple une légère diminution de l’emploi agricole, avec une augmentation de l’emploi agroalimentaire. Le Réseau Action Climat plaide au contraire pour un développement de l’emploi paysan, dans le cadre d’une transition agro-écologique de l’ensemble du secteur agricole français. Dans le secteur aérien, la décroissance nécessaire de l’activité n’est pas à l’ordre du jour… Le mirage entretenu de l’avion vert empêche de regarder en face la nécessaire réduction du trafic aérien, faisant peser le risque d’une transition brutale des emplois qui y sont liés dans les années à venir.

Pour certains secteurs, les données sont encore assez fragiles : c’est le cas des enjeux emplois dans le secteur des raffineries, par exemple. Le potentiel (élevé) de l’économie circulaire ou de la filière cycles est encore mal identifié. Dans ces domaines, le SGPE s’appuie sur l’état des connaissances, qui gagnerait à être consolidé.

Les priorités du Réseau Action Climat

L’enjeu de la disponibilité des compétences pourrait remettre en cause la faisabilité même des scénarios de transition écologique et sociale. Face à cet enjeu, le Réseau Action Climat sera attentif aux suites opérationnelles données à ce diagnostic : il s’agit de planifier l’ajustement qualitatif et quantitatif des formations, à commencer par les métiers pivots de la transition écologique, dans les secteurs clés identifiés par la Stratégie emplois et compétences. Les dispositifs de reconversion et d’insertion professionnelle sont également essentiels : France Travail doit en faire l’un de ses dossiers majeurs. L’enjeu de l’attractivité des filières de la transition écologique se pose, en lien avec celui de la qualité des emplois proposés. 

L’accompagnement des travailleurs doit être renforcé, notamment dans les secteurs amenés à décroître ou à se restructurer. Pour de nombreux secteurs émetteurs (raffineries, industrie lourde) ou en transition (automobile, notamment), le diagnostic invite à engager un pilotage des enjeux de transition professionnelle des travailleurs au plus haut niveau de l’Etat. Pour une transition juste “qui ne laisse personne de côté”, conformément à la définition de l’Organisation Internationale du Travail, une attention particulière doit être portée sur l’anticipation des impacts de la transition pour les salariés et les territoires les plus concernés. 

Des dispositifs d’accompagnement des salariés et territoires existent : Transitions Collectives, Fonds exceptionnel pour le secteur automobile, Fonds de transition juste, Rebond industriel. Mais ces dispositifs sont encore partiels et, pour certains, faiblement mobilisés. L’anticipation des reconversions des salariés dans les secteurs menacés par la transition écologique demeure balbutiante. Dans l’industrie lourde (voir la démarche des 50 sites notamment), la dimension sociale est encore inexistante au sein des feuilles de route des industriels : une gestion prévisionnelle des impacts de la décarbonation sur les emplois et compétences doit être présentée et discutée au sein des Comités sociaux et économiques (CSE), qui sont les instance de représentation du personnel dans les entreprises. 

Le Réseau Action Climat plaide pour la mise en place d’un Contrat de transition juste, qui garantisse un accompagnement renforcé et protège les salariés.

Le SGPE attribue enfin aux territoires « un rôle central pour relever ce défi ». Il va sans dire que les territoires seront amenés à jouer un rôle clé, mais ce rôle mérite d’être précisé. Après les COP régionales, les politiques emplois-compétences doivent être à la hauteur de l’ambition affichée. Le Réseau Action Climat propose la diffusion de la méthodologie des Supports aux Dialogues Prospectifs, pour chaque secteur et chaque région.  Cela requiert des moyens en ingénierie. Dans le même ordre d’idée, il s’agit également de bien prendre en considération l’enjeu principalement RH au sein des collectivités, pour l’ingénierie des politiques publiques territoriales de la transition. La préservation du fonds vert, en contexte d’économies budgétaires, est donc essentielle.

Enfin, la gouvernance de la transition des emplois et des compétences dans le cadre de la planification écologique est à définir : il est nécessaire de disposer d’une instance de dialogue social et environnemental, dédiée à ces enjeux. Les mutations nécessaires de l’économie ne peuvent faire l’économie d’un dialogue qui intègre l’ensemble des parties prenantes. 

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