Plan d’électrification : on ne fera pas plus avec moins

Face à la crise énergétique provoquée par le conflit entre les États-Unis et l'Iran, le gouvernement français a montré sa volonté d'accélérer l'électrification du pays. Mais sans budget, sans contrainte, et sans plan sur les économies d'énergies, notre sortie des énergies fossile semble largement compromise.

budget 2026 environnement

Le gouvernement a présenté le 23 avril un plan pour l’électrification de la France, d’ores et déjà en train de se décliner en mesures opérationnelles. 

Le 21 mai, face à la crise des prix de l’énergie, le premier ministre a annoncé quelques mesures ciblées occasionnant des dépenses directes ou fiscales de 710 millions d’euros..

Le 26 mai, le Président a cette fois réuni un parterre d’entreprises qui ont étalé leurs promesses d’investissements et offres commerciales dans leurs secteurs d’activités. 

Ces annonces témoignent de l’urgence de la sortie des énergies fossiles, qui pèsent de plus en plus sur les budgets des ménages, des entreprises, et de l’Etat.

Si les annonces sur l’électrification sont un bon signal, en visant une baisse de 60% à 40% de la part d’énergies fossiles dans la consommation de la France en 2030, cet objectif ne pourra pas être atteint seulement avec les mesures proposées, surtout sans intégrer des mesures d’économies d’énergies.

Quel bilan faire de la séquence ? 

Une certaine vision du rôle de la puissance publique

Tout d’abord, la réponse du gouvernement illustre une vision timorée du rôle de l’Etat et de la dépense publique.

D’une part, le plan d’électrification ne s’accompagne pas d’un seul euro de dépense publique supplémentaire.

En effet, le financement de l’électrification se fait intégralement via le dispositif des Certificats d’Economie d’Energie. Ce dispositif exige des fournisseurs d’énergie qu’ils financent directement des actions de transition, sans passer par le budget public.

Ce dispositif augmente en taille en 2026, et il sert de plus en plus à financer des actions d’électrification plutôt que des actions de rénovation et d’économies d’énergies comme précédemment.

Alors que la dépendance aux fossiles va grever le budget de 710 millions d’euros supplémentaires cette année, le gouvernement ne rompt toujours pas avec les coupes dans les budgets de l’écologie qui se sont répétées ces dernières années.

D’autre part, la réunion de “l’équipe de France de l’électrification” du 26 mai, ne s’est accompagné d’aucune nouvelle annonce de la part de l’Etat. Si la série d’annonces des entreprises de l’électrification rappelle que la transition écologique est largement créatrice d’emplois et d’activité, nous restons sur notre faim face à l’absence d’action d’ampleur de la part de la puissance publique.

Pourtant, la puissance publique dispose de moyens réels pour accélérer nettement la transition énergétique, que le gouvernement refuse toujours de saisir.

Un budget contraint ne justifie pas l’inaction, et le Réseau Action Climat propose de nombreuses mesures fiscales permettant de financer la transition tout en pénalisant les activités les plus polluantes.

Enfin, le gouvernement refuse toujours de contrôler l’atteinte des objectifs des feuilles de routes de décarbonation dans les industries qu’il soutient, et de lutter pour la qualité de l’emploi.

Sans budget ni contrainte, le plan d’électrification a peu de chance d’atteindre ses objectifs, pourtant salutaires.

De bonnes mesures de petite ampleur

Parmi les 22 mesures du plan d’électrification, certaines mesures nous semblent être des ajustements finaux à des dispositifs déjà existants, tandis que d’autres sont plus significatives mais manquent d’ampleur.

Par exemple, l’interdiction du recours au gaz pour le chauffage dans le bâtiment neuf (mesure 5) fait le dernier pas d’un mouvement nécessaire, qui avait déjà été enclenché pour mettre fin à l’expansion de l’usage du gaz. De même, l’interdiction de la publicité pour les énergies fossiles (mesure 3) est une mesure qui attendait son application depuis qu’elle a été votée en 2021, l’exemplarité des bâtiments et flottes publiques étaient déjà des objectifs du gouvernement, rendus plus difficiles par la baisse du fonds vert ces dernières années.

Une batterie d’ajustements réglementaires, par exemple sur les réseaux électriques (mesure 2) ou gaziers (mesure 8), ou de cadres incitatifs pour la sortie locale du gaz fossile (mesure 1), ou pour le déploiement de la recharge électrique (mesure 14) vont également dans le bon sens, mais auront des effets limités.

D’autres mesures nous semblent significatives, mais leur ampleur est largement insuffisante. Ainsi, le leasing social et le dispositif pour les gros rouleurs ne concerneront que peu de ménages. 100 000 véhicules seront disponibles par ces biais, à comparer aux 1,7 million de voitures particulières neuves immatriculées en France en 2025. Le Réseau Action Climat soutient l’appel lancé par des think-tanks et des économistes à massifier le dispositif en proposant 10 fois plus de véhicules en leasing social.

De même, l’offre de “leasing” de pompes à chaleur (mesure 4) semble intéressante, mais semble remplacer le soutien public à la rénovation et à l’investissement par l’organisation et la labellisation d’une offre commerciale privée pour le changement de chauffage.

Les économies d’énergie grandes oubliées

Cependant, les grandes oubliées de la séquence sont les économies d’énergie. 

Lors de la publication de la PPE3, nous alertions sur le renoncement de la France à l’atteinte des objectifs européens de réduction des consommations d’énergie. Cette tendance s’incarne ici par le mépris de la rénovation énergétique dans la séquence, et l’oubli complet des investissements structurels garantissant à tous l’accès à des alternatives peu consommatrices.

Ainsi, la mesure 6 conditionne la distribution d’aides à la rénovation au changement d’énergie de chauffage, sans aide supplémentaire. Présentée comme une “priorisation”, cette mesure va en réalité conduire à l’abandon de projets de rénovations pour les ménages n’ayant pas des moyens suffisants, puisque ceux-ci n’auront pas plus de moyens qu’auparavant pour se payer une pompe à chaleur.

Un signal particulièrement inquiétant est même envoyé aux habitants de passoires thermiques chauffées à l’électricité et notamment à leurs locataires : le gouvernement dit envisager de diminuer un coefficient de conversion pour le calcul du DPE des logements chauffés à l’électricité. Ce mouvement conduirait à sortir plusieurs centaines de milliers de logements chauffés à l’électricité du statut de passoires thermiques, et donc du gel des loyers ou de l’interdiction de mise à la location.

En d’autres termes, les locataires de passoires thermiques chauffées à l’électrique pourront voir leur loyer augmenter, sans que leurs factures exorbitantes d’énergie ne changent.

Le gouvernement rate en ce moment l’occasion parfaite d’investir rapidement et significativement dans l’accès à des solutions moins consommatrices. Un plan d’économies d’énergies, par l’investissement massif dans le train, le vélo, la rénovation performante des bâtiments, et la restriction des usages excessifs de l’énergie, semble pourtant de plus en plus nécessaire face aux risques de pénuries.

Sortir des énergies fossiles ne se fera pas, ou au prix fort, si l’on refuse de s’en donner les moyens, et si l’on ne conjugue pas la réduction des consommations, et le remplacement des fossiles par de l’électricité renouvelable.

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