Élections municipales : analyse des programmes à Rouen

Le Réseau Action Climat publie aujourd’hui une analyse des programmes des quatre principaux candidats à la mairie de Rouen, au regard de leurs propositions pour faire face à l’urgence climatique et sociale.

Le Réseau Action Climat publie aujourd’hui une analyse des programmes des quatre principaux candidats à la mairie de Rouen, au regard de leurs propositions pour faire face à l’urgence climatique et sociale. Les engagements portés par Jean-Michel Bérégovoy, Jean-Louis Louvel, Nicolas Mayer-Rossignol et Guillaume Pennelle ont été décryptés au prisme de 10 mesures concrètes à mettre en œuvre au cours du prochain mandat à la mairie rouennaise. Résultat : Jean-Michel Bérégovoy se détache, Nicolas Mayer-Rossignol peut mieux faire, alors que Jean-Louis Louvel et Guillaume Pennelle sont à la traîne. 

Alors que que 85 % des citoyens mettent l’écologie au cœur des élections municipales[1], les candidats à l’élection doivent s’engager sur des mesures concrètes, à mettre en œuvre durant leur mandat. Les villes françaises sont responsables de 67 % des émissions de gaz à effet de serre nationales[2] et la ville de Rouen, territoire historiquement industriel, doit accélérer sa transition.

Le Réseau Action Climat propose un décryptage des programmes au prisme de 10 mesures concrètes et ambitieuses pour le climat et analyse si la mesure est soutenue ou non par chacun des quatre candidats.

Le futur maire de Rouen devra ainsi réduire les émissions de gaz à effet de serre en mettant en œuvre des mesures ambitieuses en priorité dans le secteur de l’énergie et de l’industrie, qui représentaient en 2008 60 % des émissions de gaz à effet de serre de la métropole. Le récent incendie de Lubrizol est le dernier son de cloche pour entamer la transition d’un modèle industriel plus respectueux envers l’environnement et les salariés et citoyens, ce qui nécessite d’engager l’ensemble du tissu économique, dont les grands sites industriels. Par ailleurs, s’il est nécessaire de réduire les consommations énergétiques et de développer les énergies renouvelables, les candidats doivent aussi se positionner contre le projet de contournement Est, projet autoroutier néfaste du point de vue du climat.

Notre analyse met en lumière le fait qu’aucun programme ne comporte de propositions pour réduire la place des véhicules les plus polluants. La liste EELV de Jean-Michel Bérégovoy et la liste PS de Nicolas Mayer-Rossignol développent néanmoins des propositions en faveur du développement des mobilités alternatives : Jean-Michel Bérégovoy et Nicolas Mayer-Rossignol s’engagent à développer les transports en commun et proposent un plan vélo ambitieux couvrant plusieurs aspects (pistes cyclables, stationnement, aide à l’accès aux vélos par la location etc.). Si le programme de Jean-Michel Bérégovoy n’est pas assez précis sur l’agriculture et l’alimentation durables, il propose de développer l’habitat participatif, mesure intéressante pour lutter contre l’étalement urbain. La liste PS propose elle aussi un programme trop imprécis, notamment sur tout le volet énergie en parlant d’un “plan d’investissement massif“ pour la rénovation, sans préciser les modalités de mise en oeuvre, mais aussi pour aider au développement de l’agriculture sans préciser qu’il s’agit d’aider les modes de production durables. Enfin, la liste de Jean-Louis Louvel (LREM) dénote par une absence de prise en compte des enjeux climatiques alors que son programme ne fait aucune mention de restauration collective, ni d’agriculture, ni de publicité. De même, le programme de Guillaume Pennelle (RN) propose un programme ou l’enjeu climatique est totalement absent. Certaines propositions vont même dans le mauvais sens comme celle relative à “la réalisation rapide du contournement routier Est de la ville », projet néfaste pour le climat.

Ces mesures ne forment qu’un socle minimal d’actions à mettre en œuvre : pour faire face à l’urgence climatique et sociale, les futurs élus devront aller plus loin et adapter leurs politiques aux enjeux locaux. Les citoyens mobilisés partout en France se rendront dans la rue le 14 mars pour la Marche du Climat pour rappeler, à la veille du premier tour, qu’ils exigent des mesures fortes et qu’ils suivront les engagements des candidats, pour qu’au- delà de la parole, la lutte pour le dérèglement climatique se traduise en actes.

Si les candidats souhaitent préciser leurs programmes ou certaines propositions, le Réseau Action Climat publiera une mise à jour de son décryptage le lundi 9 mars.

[1] (novembre 2019, Elabe-Veolia)
[2] https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2018-07/20180704_Etude-defi-climatique-villes.pdf

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Jean-Michel Bérégovoy – Europe Ecologie-Les Verts

Jean-Michel Bérégovoy propose des mesures intéressantes en faveur du climat : il est le seul candidat à se positionner à Rouen pour une “ville sans pub”, pour une ville 100 % énergies renouvelables d’ici à 2050, et propose aussi une mesure intéressante visant à soutenir l’habitat participatif, ce qui aurait un impact favorable pour lutter contre l’étalement urbain. Le candidat propose par ailleurs un plan vélo intéressant qui combine le développement des pistes cyclables et des services, et un plan de développement des transports en commun avec différentes possibilités de tarification solidaire. Néanmoins, plusieurs mesures doivent être précisées telles que celles visant à proposer de plus en plus de repas végétariens dans les cantines ou celles portant sur les aides à la structuration d’une filière agricole durable. Par ailleurs, le programme ne fait pas mention de la nécessaire réduction de la place des véhicules polluants, ni d’un moratoire sur l’installation ou l’extension des grandes surfaces.

Jean-Louis Louvel – La République en Marche / Les Républicains

Réalisation du contournement routier Est, mise en place d’une Zone à Faibles Émissions applicable uniquement pendant les pics de pollution, absence d’engagement pour développer une restauration collective végétarienne, biologique et locale, absence de mesure pour soutenir les filières agricoles durables, absence de mention de l’étalement urbain ou de la limitation de la publicité : le programme de Jean-Louis Louvel prend peu en compte l’enjeu climatique. Par ailleurs, plusieurs propositions apparaissent très générales et leurs modalités de mise en œuvre mériteraient d’être précisées. Cela concerne par exemple les mentions suivantes du programme “les économies d’énergie seront au cœur de notre agenda”, “des  solutions  locales  de  production  d’énergie  verte seront étudiées” ou encore ”un véritable plan vélo sera dessiné sur Rouen et sur l’ensemble de la Métropole”. Néanmoins, le candidat porte une mesure intéressante pour le développement des transports en commun qui couvre à la fois une tarification solidaire et une augmentation de l’offre.

Nicolas Mayer-Rossignol – Parti Socialiste

Nicolas Mayer-Rossignol propose un programme qui manque de cohérence pour la transition climatique juste. On retrouve une mesure ambitieuse concernant l’étalement urbain notamment, avec l’engagement de préserver le foncier agricole et d’atteindre l’objectif de « zéro artificialisation», même si ces aides à l’installation pour l’agriculture doivent cibler des modes de production durables. De même, les plans de développement des mobilités alternatives sont intéressants avec par exemple le développement de bus à haut niveau de service (plus grande fréquence de passage) combiné à une tarification solidaire, ou encore l’installation de racks derrière les bus pour suspendre les vélos et favoriser l’intermodalité. Néanmoins, le programme doit être précisé : le plan d’investissement annoncé pour la rénovation énergétique des logements ne contient pas d’objectif chiffré ; les modalités de développement des énergies renouvelables doivent être précisées ; enfin la restauration collective en produits locaux devrait viser des repas végétariens et des produits biologiques.

Guillaume Pennelle – Rassemblement National

Le climat est absent du programme de Guillaume Pennelle. Limitation de la place de la voiture et développement des transports en commun et du vélo, tri à la source des biodéchets, structuration des filières agricoles durables, développement des énergies renouvelables, rénovation énergétique des logements, etc. Aucune des thématiques structurantes n’apparaît dans le programme. Certaines mesures sont même synonymes de régression, puisque le candidat s’engage à “appuyer la réalisation rapide du contournement routier Est de la ville”, projet néfaste pour le climat à l’heure où il faut réduire la place des véhicules individuels. La seule mention proche des mesures recommandées par le Réseau Action Climat est celle de “proposer des repas 100% bio issus des produits locaux dans les cantines”, mais cette mesure ne va pas assez loin car elle ne vise pas la nécessaire transition vers une alimentation moins carnée.

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