Élections municipales : analyse des programmes à Nantes

Le Réseau Action Climat publie aujourd’hui une analyse des programmes des quatre principaux candidats à la mairie de Nantes, au regard de leurs propositions pour faire face à l’urgence climatique et sociale.

Le Réseau Action Climat publie aujourd’hui une analyse des programmes des quatre principaux candidats à la mairie de Nantes, au regard de leurs propositions pour faire face à l’urgence climatique et sociale. Les engagements portés par Johanna Rolland, Julie Laernoes, Laurence Garnier et Valérie Oppelt ont été décryptés au prisme de 10 mesures concrètes à mettre en œuvre au cours du prochain mandat à la mairie nantaise. Résultat :  Julie Laernoes et Johanna Rolland se détachent, alors Laurence Garnier peut aller plus loin et que Valérie Oppelt est à la traine.

Alors que que 85 % des citoyens mettent l’écologie au cœur des élections municipales[1], les candidates à l’élection nantaise doivent s’engager sur des mesures concrètes, à mettre en œuvre durant leur mandat. Les villes françaises sont responsables de 67 % des émissions de gaz à effet de serre nationales[2] et Nantes est une zone exposée au dérèglement climatique, notamment à la montée du niveau de la mer.

Le Réseau Action Climat propose un décryptage des programmes au prisme de 10 mesures concrètes et ambitieuses pour le climat et analyse si la mesure est soutenue ou non par chacune des quatre candidates.

La future maire de Nantes devra ainsi réduire les émissions de gaz à effet de serre en mettant en œuvre des mesures ambitieuses en priorité dans le secteur des transports qui représente aujourd’hui 49 % des émissions de la métropole. Chaque jour, plus de 2,3 millions de déplacements sont réalisés par les habitants de la métropole nantaise : il est important de réduire la place de la voiture individuelle et de développer les mobilités alternatives, notamment le vélo et son réseau.

Notre analyse met en avant un manque d’ambition général pour réduire la place des véhicules les plus polluants en ville. Aucune des quatre candidates ne se positionne de manière claire et chiffrée pour la mise en œuvre d’une zone à faibles émissions. Néanmoins, on retrouve dans chacun des programmes des mesures pour développer le vélo et les transports en commun. Julie Laernoes (EELV) se démarque par un plan ambitieux pour développer les alternatives à la voiture via notamment l’instauration de Maisons Associatives du Vélo et de la Marche dans chaque quartier. Johanna Rolland (PS) propose aussi un programme intéressant notamment pour la restauration collective qui traite à la fois du bio, local, végétarien et du plastique, même si des précisions doivent être apportées sur la question du soutien à une agriculture durable et le développement des énergies renouvelables. Laurence Garnier (LR) propose un programme avec peu d’ambition pour le climat car les modalités de mise en œuvre et les plans d’actions n’apparaissent pas. Elle propose par ailleurs, comme Valérie Oppelt (LREM) d’étendre l’aéroport de Nantes Atlantique, à l’heure où il faut réduire les déplacements aériens. Enfin, Valérie Oppelt propose un programme tenant peu compte du volet climatique puisqu’il n’est fait mention ni de l’enjeu de la rénovation énergétique des logements, ni des énergies énergies renouvelables, ni de la restauration collective biologique, végétarienne et locale.

Ces mesures ne forment qu’un socle minimal d’actions à mettre en œuvre : pour faire face à l’urgence climatique et sociale, les futurs élus devront aller plus loin et adapter leurs politiques aux enjeux locaux. Les citoyens mobilisés partout en France se rendront dans la rue le 14 mars pour la Marche du Climat pour rappeler, à la veille du premier tour, qu’ils exigent des mesures fortes et qu’ils suivront les engagements des candidats, pour qu’au- delà de la parole, la lutte pour le dérèglement climatique se traduise en actes.

Si les candidats souhaitent préciser leurs programmes ou certaines propositions, le Réseau Action Climat publiera une mise à jour de son décryptage le lundi 9 mars.

[1] (novembre 2019, Elabe-Veolia)
[2] https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2018-07/20180704_Etude-defi-climatique-villes.pdf

Mise à jour du 9 mars 2020

La liste EELV de Julie Laernoes a précisé ses engagements grâce au Livre Blanc de Nantes porté par des groupes de citoyens engagés. La liste s’engage ainsi contre l’extension et l’installation des grandes surfaces. La précision quand à la ZFE n’inclut pas, néanmoins, de précision quant à la sortie du diesel et de l’essence. De même, via la signature du Livre Blanc, la liste La République en Marche de Valérie Oppelt a proposé un certain nombre de mesures complémentaires comme un plan vélo couvrant le développement des pistes cyclables, mais aussi des infrastructures et des aides nécessaires. Elle s’engage aussi pour la rénovation de 10 % des logements, en ciblant en priorité les logements sociaux et se dit « favorables à la suppression des écrans publicitaires numériques à Nantes « . Enfin, la liste précise ses engagements en faveur d’une agriculture durable en encourageant « les contrats sur la durée avec des agriculteurs locaux pour une conversion en bio », cumulé à une aide à l’installation et à la distribution. Néanmoins, quelques mesures doivent être précisées : pour avoir une cantine durable, une alternative végétarienne par semaine n’est pas suffisant, il est important de passer à une alternative végétarienne quotidienne ou 2 repas végétarien par semaine. Par ailleurs, si la liste s’engage sur un projet de ZFE, la mesure manque d’ambition pour une sortie du diesel en 2025 et de l’essence en 2030. De même, la planification pour développer les énergies renouvelables mériterait d’être précisée. Enfin, concernant le moratoire pour les grandes surfaces, le périmètre et l’ambition politique doivent être réaffirmés. Enfin, la liste menée par Johanna Roland a aussi précisé de nombreux point, notamment en s’engagent sur un objectif « zéro artificialisation nette », mais aussi en soutenant l’installation d’agriculteurs biologiques et en conversion et en développant les filières de distribution. Néanmoins, si la liste se dit « favorable à la mise en place d’une ZFE », rien n’apparait quant à la sortie du diesel et de l’essence. De même, concernant le développement des énergies renouvelables, le programme nécessite d’être précisé en incluant notamment le soutien aux projets citoyens. Enfin, l’objectif de « réduire la place de la publicité » est mentionné mais il n’y a pas d’engagement clair pour proscrire les écrans numériques publicitaires.

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Laurence Garnier – Les Républicains

Si Laurence Garnier veut faire de Nantes une Naturopole en proposant des mesures intéressantes sur le volet des transports (en reliant la Métropole de Nantes aux autres communes par des véloroutes ou encore en diminuant le cout de l’abonnement aux transports en commun pour le rendre plus accessible), son programme présente des incohérences et des insuffisances. En effet, la candidate ne propose rien concernant une Zone à Faibles Émissions et a pour priorité “l’exigence d’une réhabilitation / extension de l’aéroport Nantes Atlantique”. Par ailleurs, le reste du programme reste flou, avec des propositions telles que  « favoriser le recyclage », « faciliter le compostage », « jumeler les 11 quartiers avec des exploitations agricoles autour de Nantes », et n’aborde pas la question des  énergies renouvelables, tandis que l’objectif de rénovation des logement actuellement de 6,7% doit couvrir 10% des logements anciens en ciblant en priorité les ménages en situation de précarité.

Julie Laernoes – Europe Ecologie-Les Verts

Sur l’ensemble des enjeux climat évalués, Julie Laernoes présente un programme complet. On retrouve ainsi des mesures structurantes dans les transports, telles que le développement du vélo, avec un engagement  à rendre des vélos disponibles pour tous les jeunes de moins de 26 ans. Sur le plan énergétique, la candidate s’engage à accompagner les projets d’énergies renouvelables citoyens jusqu’à leur concrétisation ; et sur la thématique de l’agriculture durable, à aider l’installation d’agriculteurs en bio et à permettre la distribution de leur produits via une coopérative alimentaire. Certaines lacunes sont cependant à relever, puisque la mise en place d’une Zone à Faibles Émissions n’est pas mentionnée dans le programme et que l’engagement d’un moratoire sur l’installation de grandes surfaces est conditionné à une évaluation au regard de son utilité sociale et écologique.

Julie Laernoes a précisé ses engagements ici.

Valérie Oppelt – La République en Marche

Le programme de Valérie Oppelt dénote par l’absence d’engagements sur plusieurs sujets structurants. Il n’est pas fait référence à la mise en place d’une Zone à Faibles Émissions ou à la sortie du diesel, pas plus qu’à la la rénovation énergétique des bâtiments, au développement des énergies renouvelables, à la limitation de la publicité. De même aucune mesure n’est proposée sur la restauration collective et le développement de repas végétariens, biologiques et locaux… Malgré le souhait exprimé de développer les transports en commun, le programme de Valérie Oppelt doit  préciser plusieurs thématiques comme les modalités de mise en œuvre d’un “plan vélo métropolitain ambitieux” ou les actions prévues pour “valoriser les produits agricoles bio et locaux”. Enfin, la candidate soutient l’aménagement et l’extension de l’aéroport Nantes Atlantiques, à l’heure où le soutien à l’aviation n’est pas compatible avec l’urgence climatique.

Valérie Oppelt a précisé ses engagements ici, ici et .

Johanna Rolland – Parti Socialiste

Johanna Rolland propose un programme relativement complet en faveur du climat en couvrant plusieurs des secteurs prioritaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il convient toutefois de noter que le programme ne prévoit pas d’engagements pour lutter contre l’étalement urbain et l’installation de grandes surfaces commerciales. En matière de transports et de mobilité durable, malgré un plan intéressant pour développer les transports en commun et le vélo (qui prévoit une aide à l’achat des vélos à assistance électrique), la candidate ne se positionne pas sur la création d’une Zone à Faibles Émissions. Avec un objectif de rénovation de 11 % des logements, en ciblant en priorité les logements précaires, la liste propose une trajectoire de rénovation répondant à l’urgence climatique. Le programme contient également des mesures intéressantes concernant la collecte et la valorisation des déchets via le développement de composteurs collectifs. Le plan pour développer les énergies renouvelables mériterait quant à lui d’être précisé tout comme les mesures pour appuyer la structuration de la filière agricole durable.

Johanna Rollanda précisé ses engagements ici.

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