Élections municipales : analyse des programmes à Marseille

Le Réseau Action Climat publie aujourd’hui une analyse des programmes des quatre principaux candidats à la mairie de Marseille, au regard de leurs propositions pour faire face à l’urgence climatique et sociale.

Le Réseau Action Climat publie aujourd’hui une analyse des programmes des quatre principaux candidats à la mairie de Marseille, au regard de leurs propositions pour faire face à l’urgence climatique et sociale. Les engagements portés par Sébastien Barles, Martine Vassal, Stéphane Ravier, et Michèle Rubirola ont été décryptés au prisme de 10 mesures concrètes à mettre en œuvre au cours du prochain mandat. Résultat : Sébastien Barles se détache, tandis que Michèle Rubirola et Martine Vassal peuvent mieux faire et que Stéphane Ravier est à la traine.

Alors que 85 % des citoyens mettent l’écologie au cœur des élections municipales[1], les candidats doivent s’engager sur des mesures concrètes, à mettre en œuvre durant leur mandat. Les villes françaises sont responsables de 67 % des émissions de gaz à effet de serre nationales, et la métropole d’Aix-Marseille est une des collectivités les plus émettrices de gaz à effet de serre[2]. Les candidats marseillais doivent prendre des engagements forts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et adapter la cité phocéenne à la crise climatique.

Le Réseau Action Climat propose un décryptage des programmes au prisme de 10 mesures concrètes et ambitieuses pour le climat et analyse si la mesure est soutenue ou non par chacun des quatre candidats. Le futur maire de Marseille devra réduire les émissions de gaz à effet de serre en mettant en œuvre des mesures ambitieuses dans les secteurs des transports et de l’industrie qui représentent 70% des émissions de la Métropole[3]. Cela implique notamment  le développement d’alternatives au tout-voiture (en soutenant le vélo et le réseau des transports en commun) et la réduction de  la consommation d’énergie via la rénovation des bâtiments. Alors que la question de l’insalubrité des logements est au cœur des débats, il est nécessaire que la rénovation énergétique cible en priorité les logements occupés par des ménages précaires.

Notre analyse met en avant le manque de mesures structurantes pour réduire la place des véhicules les plus polluants, alors qu’il s’agit d’un enjeu crucial pour la ville, d’un point de vue de la réduction des émissions de gaz à effet de serre mais aussi du point de vue de la lutte contre la pollution de l’air. La liste Europe Ecologie-Les Verts de Sébastien Barles se démarque par son engagement en faveur du développement des énergies renouvelables avec une planification complète mais aussi par la proposition d’expérimenter un revenu de transition écologique. Michèle Rubirola (Parti socialiste, Parti communiste) ne propose pas un programme suffisamment structurant sur les questions énergétiques, mais on peut noter positivement son engagement à mettre en place un moratoire sur les grandes surfaces et à abandonner les projets de nouvelles infrastructures routières. La liste des Républicains de Marine Vassal affiche un programme intéressant en faveur du vélo en couvrant les aspects de pistes cyclables, de stationnement et d’aides à l’accès, mais le reste du programme est partiel voire absent sur les autres thématiques : par exemple, il n’est fait aucune mention d’aide à l’installation ou à la distribution de filières agricoles paysannes et biologiques. Enfin, le programme de Stéphane Ravier du Rassemblement National ne tient pas compte de l’urgence climatique puisqu’il n’évoque pas la question du développement du vélo, des énergies renouvelables, d’une agriculture durable ou encore la question du tri à la source des déchets.

Ces mesures ne forment qu’un socle minimal d’actions à mettre en œuvre : pour faire face à l’urgence climatique et sociale, les futurs élus devront aller plus loin et adapter leurs politiques aux enjeux locaux. Les citoyens mobilisés partout en France se rendront dans la rue le 14 mars pour la Marche du Climat pour rappeler, à la veille du premier tour, qu’ils exigent des mesures fortes et qu’ils suivront les engagements des candidats, pour qu’au-delà de la parole, la lutte pour le dérèglement climatique se traduise en actes.

Si les candidats souhaitent préciser leurs programmes ou certaines propositions, le Réseau Action Climat publiera une mise à jour de son décryptage le lundi 9 mars.

[1] (novembre 2019, Elabe-Veolia)
[2] https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2018-07/20180704_Etude-defi-climatique-villes.pdf
[3] idem – source WWF

climat-municipales-marseille

Sébastien Barles – Europe Ecologie-Les Verts

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L’équipe de Debout Marseille propose un programme détaillé et solidaire en faveur du climat, allant des tarifs réduits pour les transports en commun à l’expérimentation d’un revenu de transition écologique. Le programme contient une série de mesures pertinentes pour limiter la place de la voiture et développer les mobilités alternatives, les énergies renouvelables et une agriculture et une alimentation saines pour le climat. La limitation de la publicité dans l’espace public représente une ligne ferme du programme avec l’interdiction des écrans numériques mais aussi des bâches de rénovation. On peut toutefois regretter l’absence d’engagements en faveur d’un moratoire sur toute ouverture ou extension de grandes surfaces ainsi que des objectifs quantifiés de rénovation énergétique des logements,  question pourtant centrale à Marseille.

Stéphane Ravier – Rassemblement National

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Le programme de Stéphane Ravier ne présente pas d’engagements ambitieux pour faire face au dérèglement climatique. Si le candidat s’engage à arrêter la construction des centres commerciaux, d’autres enjeux majeurs pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas mentionnés. Ainsi, la place de la voiture n’est pas interrogée, il n’est pas fait mention du développement du vélo ni des énergies renouvelables et de la nécessaire maitrise des consommations d’énergie, secteurs pourtant essentiels pour construire le monde de demain. Enfin, si Stéphane Ravier propose d’atteindre 80 % de produits locaux dans les cantines, il ne s’engage pas sur la question majeure d’une alimentation moins carnée et biologique.

Michèle Rubirola – Parti Communiste français / Parti Socialiste

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Si le programme officiel de la liste du Printemps Marseillais n’est pas encore public, la liste a rendu accessible ses engagements concernant les 10 mesures portées par le Réseau Action Climat. Bien que centrale pour réduire la pollution de l’air et les émissions de gaz à effet de serre, l’équipe menée par Michèle Rubirola s’oppose à l’idée d’une Zone à Faibles Émissions, jugée trop contraignante. La candidate s’engage en revanche à développer les mobilités alternatives, facilitant notamment l’accès au vélo de courte et de longue durée par de la location annuelle. Les politiques concernant l’énergie doivent être précisées et développées, ne mentionnant aucun objectif de rénovation énergétique des logements, et en écrivant uniquement qu’un “un plan énergies renouvelable” sera proposé. La liste s’engage aussi à mettre en place un moratoire sur les grandes surfaces et à abandonner des projets de nouvelles infrastructures routières et autoroutières ; deux mesures pertinentes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Martine Vassal – Les Républicains

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Le programme de Martine Vassal intègre la question des transports, problématique centrale à Marseille, mais ne développe pas assez ou pas du tout les autres champs de la transition climatique juste. La candidate s’engage à mettre en place une Zone à Faibles Émissions mais ne concernant que les professionnels et non les particuliers, ce qui est insuffisant. Si elle propose un plan vélo complet alliant pistes cyclables, aides financières et stationnement, elle ne va pas assez loin sur les transports en commun en ne proposant pas de tarification solidaire. Sur la question des énergies renouvelables, Martine Vassal ne propose aucun chiffrage précis ; tandis que la question de l’agriculture et de l’alimentation est partiellement évoquée, voire absente. Ce manque est d’engagements est également criant en matière de gestion des déchets, de réduction de la publicité et de maitrise de l’étalement urbain.

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