Le Ministère confirme la faisabilité du 100 % énergies renouvelables en 2050 mais recule sur l’agriculture

Après l'accord de Paris, le Plan climat présenté par Nicolas Hulot en juillet 2017 a fixé un nouveau cap à la France, celui de la neutralité carbone pour 2050.

Les services du Ministère de la transition écologique et solidaire ont travaillé depuis, en lien avec les acteurs de la société civile, pour traduire plus concrètement cet objectif. Les premières orientations qu’il présente aujourd’hui au comité commun de suivi des travaux de révision de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) confirment que le 100 % énergies renouvelables est faisable en 2050, alors même que les hypothèses prises pour la mobilité restent encore timorées sur l’ambition de sobriété et de report modal. Par ailleurs un mauvais signal est donné pour le climat avec un abaissement des objectifs de baisse des émissions de gaz à effet de serre pour l’agriculture.

Les premières estimations réalisées par les services du ministère de la transition écologique et solidaire montrent que le 100 % énergies renouvelables peut être atteint en 2050 pour l’électricité en mobilisant seulement 50 % du potentiel technique d’énergies renouvelables identifié à ce jour. Pour Anne Bringault, Coordinatrice des ONG sur la transition énergétique pour le CLER et le Réseau Action Climat : « Un grand pas vient d’être fait avec la reconnaissance officielle de la faisabilité du 100 % énergies renouvelables en France en 2050. Il est temps maintenant de concentrer les investissements dans ce sens ! ».

Concernant les hypothèses retenues pour l’évolution de la consommation d’énergie par secteurs d’activité, la rénovation énergétique des bâtiments est prise en compte (même si certains postes comme la cuisson et l’électricité spécifique semblent intégrer peu de gains d’efficacité énergétique). En revanche, la mobilité n’est pas revisitée à l’aune des enjeux. Les premières hypothèses prévoient une hausse du trafic voyageurs et marchandises supérieure à ce qui est prévu dans d’autres scénarios comme ceux de l’ADEME et de négaWatt. Pour Lorelei Limousin, Responsable des politiques transport au Réseau Action Climat : « Prévoir une hausse continue du trafic voyageurs et marchandises jusqu’en 2050 et si peu de transfert depuis la voiture vers les mobilités plus écologiques comme le vélo, alors que les Français aspirent à une économie relocalisée et à d’autres pratiques de mobilité, est un contresens. Une baisse du trafic permettrait d’augmenter les marges de manœuvre pour aller plus vite vers une couverture complète des besoins par des énergies renouvelables et soutenables. » Le levier du report modal de la voiture vers les transports en commun et le vélo, pierre angulaire des politiques de mobilité durable, n’est que très peu activé avec seulement 4 % prévu en ce sens en 2050, projection bien en deçà des autres scénarios de référence.

Si la plupart des secteurs renforcent leurs ambitions de baisse des émissions de gaz à effet de serre pour 2050, l’agriculture fait figure d’exception. Alors que la précédente SNBC visait la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre en global en 2050, avec seulement une division par 2 pour l’agriculture, ce secteur qui représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre en France verrait son objectif réduit dans ce nouvel exercice avec une baisse de 45 % seulement. Pour Caroline Faraldo, Responsable Agriculture et alimentation au Réseau Action Climat : « Si l’agriculture connaît une crise, ce n’est pas en freinant sa transformation vers un modèle plus durable et moins émetteur de gaz à effet de serre qu’on lui donnera une vraie porte de sortie par le haut. »

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