Le lundi sans viande, en quoi est-ce bon pour le climat ?

Lundi 7 janvier, l'initiative Lundi Vert a été lancée. Le principe ? Ne plus manger de viande ni de poisson les lundis. Le Réseau Action Climat, signataire de l'appel, fait le point sur les émissions de gaz à effet de serre liées à la transformation et la production de viande, en particulier de viande industrielle.

Lancée ce lundi 7 janvier 2019, le principe de l’initiative Lundi Vert est de ne manger ni viande ni poisson les lundis. Portée par les chercheurs Laurent Bègue, directeur de la Maison des sciences de l’Homme Alpes, et Nicolas Treich, de l’INRA, et soutenu par 500 personnalités, l’initiative met en avant trois arguments : le climat, la santé et le bien-être animal.

Le poids de la viande dans les émissions de gaz à effet de serre

Les sources principales d’émissions du secteur agricole français sont le méthane (CH4) émis par les animaux d’élevage (fermentation entérique) et le protoxyde d’azote (N2O), lié au cycle de l’azote et émis par les sols agricoles.

Les émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage représentent 10 % des émissions de la France (42,7 Mt eq CO2)1 : majoritairement du méthane lié à la fermentation entérique et du protoxyde d’azote et du méthane liés aux déjections animales. 69 % du méthane émis sur le sol français est dû à l’élevage français, majoritairement émit par les rôts des ruminants2, or le potentiel de réchauffement climatique du méthane est 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. S’y ajoutent les émissions d’une partie de la production agricole sur le sol français servant à nourrir les animaux (grains, fourrages) : épandages d’engrais azoté et usage du tracteur. Difficile de connaitre la proportion exacte servant à nourrir les animaux, mais c’est certainement plus de la moitié des émissions liées aux cultures (soit environ 24 Mt eq CO2).

Il est également nécessaire de comptabiliser les émissions indirectes aval et amont. Les émissions indirectes amont correspondent majoritairement à la fabrication des engrais azotés servant à produire l’alimentation pour les animaux. Ces émissions sont comptabilisées dans le secteur de l’industrie chimique, pour lequel nous n’avons pas de chiffre détaillé. Les émissions avales correspondent principalement à la transformation, la conservation, la distribution et la gestion des déchets. Ces émissions sont environ équivalentes aux émissions directes agricoles3, ce qui double l’ensemble des émissions liées au secteur agricole.

Enfin, ce calcul ne saurait être complet sans la prise en compte des gaz à effet de serre liés aux importations : principalement les aliments pour les animaux d’élevage et les engrais azotés utilisés pour la fabrication des aliments pour animaux. Ce qui correspond à l’émission de 7,7 Mteq CO2 pour l’importation de tourteaux de soja et 9,5 Mteq CO2 liés aux engrais azotés, ces derniers étant en partie utilisés pour la production de l’alimentation animale sur le sol français4.

En France, la moitié du « boeuf » consommé est en réalité de la vache : ce sont les vaches de réforme, trop vieilles pour produire efficacement du lait, qui sont envoyées à l’abattage. Hors, les élevages laitiers sont bien moins bon pour l’environnement que les élevages de races à viande pâturant à l’air libre dans des prairies naturelles une bonne partie de l’année. Les vaches laitières passent plus de temps dans les bâtiments et sont nourries avec des fourrages, des grains et des tourteaux provenant du sol français ou importés. C’est la viande de vache, moins noble, qui entre en général dans la composition des aliments transformés et des plats préparés.

Mais si on remplace la viande par des produits exotiques importés comme l’avocat ou le quinoa, n’est-ce pas une mauvaise idée ?

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D’après le Calculateur de l’association de restaurateurs gastronomiques « Bon pour le climat », 120 grammes de steak de viande de boeuf moyen français d’origine locale (moins de 200 km) émet 3440 gr de gaz à effet de serre, alors que 120 grammes d’avocat importés de l’autre bout du monde en émet 264 grammes, ou encore 120 grammes de quinoa importé de l’autre bout du monde en émet 253. Ces calculs prennent en compte le transport, les cultures, les intrants, l’alimentation des animaux, etc. Les émissions liées au transport dans l’alimentation pèsent finalement très peu dans le bilan total, comparé aux modes de production et d’élevage. Par exemple 120 grammes de blanc de poulet importé d’Europe émet 607 gr de gaz à effet de serre quand le même blanc de poulet d’une provenance de moins de 200 km en émet 575.

Ceci étant dit, réduire sa consommation de viande peut bien sûr être complété par une consommation de protéines végétales françaises : céréales complètes, lentilles, haricots blancs, filières naissantes de production de quinoa, de pois chiche, etc. (120grammes de lentilles vertes d’origine française et locale -moins de 200 km- émettent 111 gr de gaz à effet de serre) ; et complété par une réduction du gaspillage alimentaire, une consommation de viande de qualité (bio, AOP, à l’herbe, etc.), etc.

Plus de conseils pratiques dans la très complète brochure Un coup de fourchette pour le climat.

Ce sont bien les élevages industriels qui sont les plus nocifs pour le climat

Mais attention, cette initiative ne doit pas se tromper de cible. Tous les types de production et de transformation de produits à base de viande n’émettent pas les mêmes quantités de gaz à effet de serre.

Ce sont bien les élevages industriels qui sont les plus dangereux pour le climat : concentration d’émission de méthane provenant de fermes usines, production intensive d’alimentation pour les animaux (épandages d’engrais azotés, tracteurs), etc.

C’est également en grande partie l’agriculture industrielle qui implique les massives importations d’engrais azotés et de soja importés pour nourrir les volailles, les vaches laitières et les porcs en élevage industriel. Ces importations de soja, en plus de provoquer des émissions de gaz à effet de serre par leur culture, leur transformation et leur transport, engendrent une déforestation dramatique dans les pays d’Amérique du Sud. Ces importations de soja représentent 206 des 352m² de l’empreinte forêt moyenne des français (c’est-à-dire les m2 de déforestation annuelle nécessaire à la consommation d’un Français5). Les cultures de soja ont des conséquences environnementales, sanitaires et sociales désastreuses dans les pays où il est cultivé (accaparement des terres, utilisation massive de pesticides, recours massif aux OGM, etc.), majoritairement au Brésil (principal producteur de soja en Amérique latine et premier exportateur vers l’Europe)6.

De nécessaires politiques publiques pour une alimentation de qualité accessible à tous

Afin de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de donner accès au plus grand nombre à une alimentation de qualité, des politiques publiques justes doivent être mises en place. Ces dernières doivent accompagner la diminution de la consommation de viande (une division par 2 est nécessaire pour atteindre nos objectifs climat7) et en particulier des plats préparés à base de produits animaux issus d’élevages industriels.

Pour cela, la diminution de la consommation de viande doit se faire en même temps qu’une évolution de notre modèle agricole. La première mesure à prendre est d’adopter une Politique agricole commune favorisant les élevages extensifs durables, valorisant les races rustiques, respectant le bien-être animal et se nourrissant majoritairement de fourrage ou de grain produits durablement en France. Et que plus un euro de la PAC ne finance les élevages les plus industriels, intensifs et polluant.

Parallèlement, la demande alimentaire n’évoluera pas assez vite si on ne met pas en place les politiques publiques adéquates, au premier rang desquelles : la réglementation pour les cantines scolaires, les politiques de sensibilisation du ministère de la santé, et notamment le Plan national nutrition santé qui doit être renouvelé en janvier 2019 et dans lequel on espère voir apparaitre des améliorations, une meilleure réglementation de la publicité (interdire la publicité de l’agroalimentaire pendant les heures d’écoute des enfants, etc.).

Si nous voulons sérieusement lutter contre le dérèglement climatique, il sera nécessaire de passer par une baisse de notre consommation de viande, et en priorité de la viande industrielle.

Références

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  1. source : Citepa, année 2016
  2. Source : Inventaire CCNUCC (https://www.citepa.org/images/III-1_Rapports_Inventaires/CCNUCC/CCNUCC_france_2018.pdf), page 372 et suivantes
  3. source : IFEN, 2006
  4. Année 2012 ; source : RAC, E&E, Quantification des émissions de gaz à effet de serre contenues dans les produits importés et exportés des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, 2015
  5. Source : WWF et Envol Vert, http://envol-vert.org/campagnes/lempreinte-foret/2018/11/lempreinte-foret-des-francais-352m2/
  6. Source : Mighty Earth, 2018, http://www.mightyearth.org/avoidablecrisis/fr/
  7. Source : scénario AFTERRES2050, de Solagro (https://afterres2050.solagro.org/wp-content/uploads/2015/11/Solagro_afterres2050-v2-web.pdf)
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