Loi Climat : de l’espoir à l’amertume

A la veille du vote solennel du projet de Loi Climat et Résilience par les parlementaires, les réactions des associations membres du Réseau action climat sont unanimes : une opportunité manquée pour relever l'ambition climatique et amorcer une transition sociale forte en France.

Le vote définitif de la Loi Climat mardi 20 juillet au Parlement sonne le glas des espoirs de voir la France prendre des mesures cohérentes et ambitieuses pour le climat. Les catastrophes climatiques des dernières semaines, partout dans le monde (vagues de chaleur, inondations, incendies), n’ont pourtant pas manqué de nous le rappeler : le changement climatique est déjà là, ses impacts sont de plus en plus dangereux, et de plus en plus visibles. La loi « Climat et résilience », issue d’un processus démocratique inédit -la convention citoyenne pour le climat- avait placé haut la barre des attentes, ce qui rend d’autant plus palpable la déception devant le manque d’ambition final de la loi.  Alors même que l’on constate un emballement climatique au niveau européen, cette loi Climat échoue à traduire au niveau national la parole politique en actes.

Pour Morgane Créach, Directrice du Réseau Action Climat

“Grâce à cette loi, des enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société ont émergé dans le débat public mais au final, Gouvernement et parlementaires n’ont pas su se montrer à la hauteur du travail de la convention citoyenne. Cette loi climat manque donc sa cible : elle ne permettra ni à la France de respecter son objectif d’au moins 40% de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 ni d’accompagner socialement la transition écologique en France.”

Pour Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement

« Le dérèglement climatique, nous y sommes : températures records en Amérique du Nord et en Sibérie, famine à Madagascar, catastrophes naturelles en France…. Pour paraphraser Jacques Chirac : notre maison brûle depuis 19 ans déjà et nos parlementaires continuent à regarder ailleurs. La faiblesse du texte adopté aujourd’hui est une honte eu égard aux enjeux auxquels nous faisons face.

Nous demandons solennellement au Président de la République, au Gouvernement et à nos députés et sénateurs de faire de la préservation de l’environnement et de la lutte contre le dérèglement climatique la priorité nationale et internationale qu’elle devrait être, et d’engager les moyens et les chantiers pour tenir leurs promesses. »

Pour Khaled Gaiji, Président des Amis de la Terre

« La Loi climat a créé un régime d’exemption pour Amazon, exempté de toute contrainte sur l’artificialisation. Sur les engrais azotés de synthèse, alors que l’agriculture subit de plein fouet les dégâts de la crise climatique à laquelle ils contribuent, la loi climat ne contient aucune mesure structurante. Le gouvernement prétend être l’antithèse de l’écologie punitive, mais on se rend surtout compte que les seuls intérêts que sa vision de l’écologie privilégie, sont ceux des multinationales.»

Pour Pierre Cannet, Directeur du plaidoyer du WWF France

“Alors que la Commission européenne vient de présenter ses propositions pour une rehausse des objectifs climat, la France apparaît à la traîne avec sa nouvelle Loi climat. Malgré quelques victoires symboliques, comme l’interdiction tardive de la publicité sur les produits polluants, le prêt à taux zéro mobilité ou les menus végétariens dans les cantines, nous sommes encore loin du compte.
La loi fait l’impasse sur plusieurs enjeux clefs dont la responsabilité environnementale des entreprises. Après plus de deux ans de débats et l’investissement des 150 citoyens, ce texte nous laisse un sentiment de gâchis. Nous devons aller beaucoup plus vite dans la transition avec des mesures plus structurelles !

Pour Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France

“Cette loi climat restera un révélateur du climato-cynisme du gouvernement et d’Emmanuel Macron qui aura marqué le quinquennat. Les annonces en grand pompe et les promesses aux citoyens et citoyennes de la Convention pour le climat auront été suivies de renoncements successifs et de petits arrangements avec les lobbys. Alors que le Conseil d’Etat vient d’ordonner à l’Etat d’agir sous 9 mois pour remettre le pays sur la bonne trajectoire climatique et que le Haut Conseil pour le climat a dénoncé une nouvelle fois le retard de la France, cette loi est l’occasion ratée de redresser véritablement la barre en impulsant des mesures structurantes et justes socialement.” 

Pour Alexandre Poidatz, Chargé de plaidoyer Finance et climat à Oxfam France :

“Alors que l’Etat a déjà été condamné pour inaction climatique, la loi climat et résilience est un immense gâchis qui ne permettra pas de remettre la France sur la bonne trajectoire. Depuis 2017, le fossé n’a fait que se creuser entre les discours d’Emmanuel Macron sur l’urgence climatique et les actes au niveau national. La loi finale fait notamment l’impasse sur les premiers responsables du réchauffement climatique, les multinationales. Le gouvernement et les élu.e.s ont systématiquement refusé d’intégrer une obligation pour les grandes entreprises de publier une trajectoire de réduction de leur empreinte carbone. Une telle obligation aurait pourtant renforcé la résilience des entreprises tout en favorisant une transition plus juste.” 

Pour Cécilia Rinaudo, coordinatrice de l’association Notre Affaire A Tous

“La loi Climat et Résilience est une profonde déception, alors que la responsabilité de l’Etat pour inaction face au dérèglement climatique est reconnue par le juge et que les conséquences de ce dérèglement sont visibles partout en Europe, le gouvernement se contente une fois de plus de mesures symboliques. Ce texte, en remettant en cause des notions telles que l’écocide ou l’artificialisation des sols, est en inadéquation avec l’urgence climatique et sociale que nous vivons; en l’état il ne permet pas de garantir aux générations futures le droit à un environnement sain.”

Pour Jean-Baptiste Lebrun, directeur du CLER Réseau pour la transition énergétique

“ Loin de traduire les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat sur lesquelles Emmanuel Macron s’était pourtant engagé, la Loi Climat & Résilience trahit une nouvelle fois les attentes de la majorité des citoyens et de tous les acteurs de la transition énergétique. Pas de coup d’accélérateur pour la rénovation énergétique des bâtiments ou le développement des énergies renouvelables, mais des mesures floues qui introduisent de la confusion et de la complexité.”

Pour Juliette Franquet, directrice de Zero Waste France

“La loi Climat et résilience est loin de répondre à l’urgence climatique actuelle et aux attentes exprimées par la Convention citoyenne. Malgré des évolutions positives en matière d’économie circulaire concernant par exemple le développement de la vente en vrac, l’interdiction des emballages en polystyrène et l’expérimentation du « Oui Pub », le texte final manque clairement d’ambition notamment au sujet de la consigne pour réemploi des emballages en verre. Alors que cette loi aurait pu être l’occasion de développer une filière bénéfique tant au niveau environnemental qu’économique et social, la rédaction finale est floue et hypothétique et n’apporte rien à l’existant réglementaire.”

Pour Samuel Leré, Responsable Plaidoyer de la Fondation Nicolas Hulot

“Alors que la France a été condamnée pour inaction climatique par les juridictions administratives, qu’à travers le monde les effets du dérèglement climatique se multiplient, sénateurs et députés ont choisi de voter une loi cosmétique qui ne changera rien ou presque au retard accumulé par la France pour baisser ses émissions de gaz à effet de serre. Cette loi contraint le ou la prochain(e) président(e) de la République à démultiplier les efforts pour relever le défi climatique”

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