Les Etats de l’Union européenne tournent le dos à la transition énergétique

Alors que les gouvernements ont affiché leur volonté de mettre en œuvre l’accord de Paris sur le climat lors du One Planet Summit, une majorité d’entre eux se sont accordés pour saborder la transition énergétique en Europe entre 2020 et 2030 lors du Conseil des ministres de l’Énergie du lundi 18 décembre.

Le Réseau Action Climat regrette que le paquet énergie européen dit « Une Énergie propre pour tous les Européens », n’ait de propre que le nom. Une majorité de ministres a choisi de continuer à gaspiller l’argent public dans les centrales à charbon, freiner le développement des énergies renouvelables et lever les garde-fous à l’utilisation massive des forêts et de cultures alimentaires pour l’énergie. Pour Neil Makaroff, responsable Europe du Réseau Action Climat“La plupart des ministres sont apparus plus soucieux de détricoter leurs engagements sur la transition énergétique que de collectivement mettre en œuvre l’accord de Paris en Europe. En refusant encore et toujours de rehausser les objectifs pour développer les énergies renouvelables et réduire la consommation d’énergie à horizon 2030, les gouvernements freinent la tendance actuelle et le potentiel de la transition énergétique”.

Gouvernance européenne de l’énergie

Le Réseau Action Climat déplore que les Etats membres aient rivalisé d’imagination pour saper les règles du jeu qui auraient dû garantir le développement des énergies renouvelables et la réduction de la consommation d’énergie en Europe. Les efforts soutenus de la France pour doter l’Union européenne des moyens d’évaluer et d’atteindre les objectifs climatiques et énergétiques européens ont permis de sauver quelques meubles, dont l’obligation pour les Etats de définir une trajectoire cohérente pour le déploiement des énergies renouvelables entre 2020 et 2030. “Il est indispensable que la France continue à porter une gouvernance européenne robuste, condition sine qua none pour mettre en oeuvre l’accord de Paris en Europe, lors des négociations qui vont s’engager entre les députés européens, plus ambitieux sur cette question, et les Etats membres” déclare Isabelle Laudon du WWF France.

Agrocarburants

En fixant, à nouveau, un objectif d’incorporation élevé d’agrocarburants issus de cultures alimentaires dans le secteur du transport, les ministres de l’Energie ont choisi une option dont  les conséquences sociales et environnementales sont désastreuses, notamment dans les pays en développement : cette politique européenne a conduit, par exemple, à l’utilisation sans limite du colza dans la fabrication de biodiesel et à augmenter de façon massive les importations d’huile de palme en Europe ces dernières années. Pour Sylvain Angerand, Coordinateur des campagnes chez Les Amis de la Terre France, « lors de la présentation du Plan Climat en juillet dernier, Nicolas Hulot s’était engagé à fermer la fenêtre qui permet d’utiliser l’huile de palme dans les carburants. La France n’a pas dit un mot sur le sujet. Les fenêtres sont toujours grandes ouvertes, et le gouvernement s’apprête même à ouvrir la porte à Total, qui construit une bioraffinerie géante d’huile de palme à La Mède. »

Soutien aux énergies fossiles et fissiles

En parallèle, les Etats membres – poussés par la Pologne et l’Allemagne – se sont mis d’accord pour continuer à subventionner massivement toutes les centrales à charbon existantes, mêmes les plus polluantes, jusqu’en 2035 via les mécanismes de capacité. Cette décision est choquante. Pour Alix Mazounie, chargée de campagne énergie à Greenpeace France“La France, qui se targue d’être à la pointe de la lutte contre les dérèglements climatiques, vient en réalité de jouer un double jeu. Si la France soutenait l’idée d’exclure les centrales à charbon les plus polluantes des mécanismes de capacité, elle défendait en même temps ce même mécanisme pour ses centrales nucléaires. Trop occupée à défendre ses intérêts nucléaires, la France sacrifie la lutte contre le charbon à l’échelle européenne.”  

Le Réseau Action Climat demande à la France et aux députés européens de se saisir des discussions en trilogues entre le Parlement européen et le Conseil pour sortir du statu quo énergétique et booster la transition écologique en Europe, indispensable à la mise en oeuvre de l’accord de Paris.

Contacts presse  :

Notes aux rédactions :

Agrocarburants : les ministres ont validé la réintroduction d’un objectif contraignant de 14% d’énergie renouvelable dans les transports européens d’ici 2030. Un tel objectif ne pourra être atteint que par l’utilisation d’agrocarburants issus de cultures alimentaires La définition des cultures alimentaires dans le texte législatif a été modifiée pour exclure les cultures « intermédiaires », telles que le colza. Celles-ci échapperaient donc à la limite de 7% d’agrocarburants issus de cultures alimentaires en vue d’atteindre l’objectif de 14%.

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