Agir sur l’alimentation pour sauver le climat ? Décrytage

En ce troisième vendredi de grève des jeunes pour le climat, les projecteurs sont braqués sur l'alimentation. Mais en quoi agir sur l'alimentation peut diminuer notre impact sur le climat ? Les derniers chiffres.

Marche pour le climat à Marseille, le 8 décembre 2018 – “Elus, que faites-vous pour le climat?”
Marche pour le climat à Marseille, le 8 décembre 2018 – “Elus, que faites-vous pour le climat?”

En ce début d’année 2019, une nouvelle étude vient de sortir sur le poids que représente notre alimentation en matière d’impact sur le climat.

L’Empreinte énergétique et carbone de l’alimentation en France – de la production à la consommation a été publiée en janvier 2019 (1). Son objectif a été de mesurer la consommation énergétique et les gaz à effet de serre émis par le régime alimentaire des français. Les calculs incluent les importations (et excluent les exportations d’aliments produits sur le sol français). Le périmètre comprend toutes les étapes de la production à la consommation : production agricole, transformation, transport (des produits et des consommateurs), distribution, restauration hors domicile et étapes de conservation et cuisson à la maison.

L’alimentation des français émet chaque année 163,3 Mt eq CO2. A titre de comparaison, en 2016, la France a émis 466 Mt eq CO2. L’étape de la production agricole représente la majorité des émissions de gaz à effet de serre : 67 % (la partie jaune dans le premier camembert ci-dessous). Cette étape comprend notamment la fabrication et l’épandage d’engrais azotés, la fermentation entérique des ruminants, les déjections animales, la fabrication de l’alimentation pour les animaux ou encore l’usage des tracteurs et le chauffage des serres (détail dans le diagramme suivant). La viande et les produits laitiers totalisent 85% de l’empreinte GES de notre alimentation au stade agricole.

Parmi les étapes suivantes : le transport. Si la majorité du transport des denrées alimentaires se fait par voie maritime, c’est bien le transport routier qui est à l’origine de l’essentiel des émissions du transport de produits alimentaires (83 %). Le transport des aliments pour les animaux pèse un tiers du trafic total (majorité de tourteaux) pour 19 % des émissions de gaz à effet de serre. Les fruits et légumes quant à eux représentent 1/4 du trafic pour 31 % des émissions car ils sont majoritairement transportés en camions.

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Mais alors que faire ?

Face à ce constat, plusieurs études prospectives convergent pour dire qu’il faut instaurer un objectif de division par deux des émissions de gaz à effet de serre agricoles (2). Pour atteindre cet objectif, il faut diviser par deux de la consommation de viande d’ici à 2050, augmenter la consommation de produits bio, augmenter la consommation de légumes secs et de céréales complètes, etc.

Un panel de politiques publiques devra accompagner l’évolution de la demande alimentaire de la population et la mise en place des conditions pour un accès à tous à une alimentation de qualité, et en particulier auprès des populations les plus fragiles (femmes, enfants, population précaire). C’est seulement grâce à la mise en place de ces politiques publiques qu’une évolution massive de l’assiette nous permettra d’atteindre nos objectifs climat.

Les politiques à mettre en place devront passer par la généralisation de deux repas végétariens hebdomadaire dans les cantines, le soutien financier des collectivités atteignant les objectifs de 50% de produits durable dont 20% de produits bio dans leurs cantines, le classement des légumes secs (fève, haricots, lentilles, pois chiches) dans les protéines dans la pyramide alimentaire des recommandations nutritionnelles du ministère de la santé, la mise en place de programme spécifiques d’accompagnement des populations les plus fragiles, ou encore une réforme profonde de la politique agricole commune.

L’appel des jeunes prend alors tout son sens. Cette semaine, en plein salon de l’agriculture, les jeunes appellent à faire grève pour le climat aujourd’hui vendredi 1er mars et proposent au gouvernement de prendre des décisions fortes sur les questions d’alimentation (3).

Références

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  1. Issu d’un projet intitulé CECAM (Contenu énergétique et carbone de l’alimentation des ménages), il a été réalisé par le CIRED, Solagro, EDF R&D, Fire et Philabs.
  2. Le scénario AMS de la SNBC (https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/france-publie-projet-strategie-nationale-bas-carbone-snbc), le scénario AFterres2050 (https://afterres2050.solagro.org/a-propos/le-projet-afterres-2050/)
  3. Le texte d’appel à la grève des jeunes pour le climat du vendredi 1er mars 2019
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