Sommet du G7 : sur quoi doivent plancher les 7 dirigeants ?

Le sommet des chefs d’États et de gouvernement du G7 se déroule du 24 au 26 août prochain à Biarritz, sous Présidence française. À quelques jours de cette échéance, qui sera un test pour les dirigeants des sept pays, quels sujets feront débats ? Les réunions ministérielles préparatoires ont-elles préparé le terrain ? Notre décryptage.

Depuis le début de l’année 2019, la France préside le G7, un groupe rassemblant sept pays (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni et l’Union européenne) parmi les plus développés mais aussi parmi les plus polluants de la planète.

Plusieurs réunions thématiques ont été organisées entre les membres du G7, dont une réunion ministérielle sur l’environnement et une réunion ministérielle sur les finances. À quelques jours du sommet des chefs d’États du G7 qui se déroulera à Biarritz du 24 au 26 août prochain, le Réseau Action Climat analyse les résultats de ces réunions, et décrypte leurs implications pour les chantiers qui devront être ouverts – ou réouverts – à Biarritz.

Un front commun à 6 indispensable dans un contexte géopolitique difficile

Le G7 est un terrain miné pour aborder la question climatique : la présence des États-Unis rend le consensus impossible depuis 2016 et l’annonce de Donald Trump du retrait de l’Accord de Paris. Cette situation rend nécessaire d’isoler les États-Unis afin de trouver des accords avec les 6 pays restants.

✅ Lors de la réunion Ministérielle sur l’Environnement en mai 2019, la France a réussi à isoler les États-Unis. Pour cela, elle a adopté les résultats de la ministérielle en 3 volets sur le climat : le premier intégrant ce sur quoi tous les pays du G7 ont réussi à se mettre d’accord (paragraphe 24) ; un second, bien plus détaillé et fourni, réunissant seulement les 6 pays et l’Union européenne (paragraphe 25); et le dernier où les États-Unis, seuls contre tous, ont exposé leur point de vue (paragraphe 26).

⚠️ Cette démarche n’est pas sans risque car elle a donné une tribune aux États-Unis, qui en ont profité pour questionner les scénarios climatiques des scientifiques et promouvoir le concept d’“énergies fossiles propres et avancées”.

🆘 Au contraire, lors de la réunion Ministérielle sur la finance en juillet 2019, la France n’a même pas essayé d’aboutir à des résultats différenciés. Elle s’est contentée d’un résumé de la présidence quasi-silencieux sur la question climatique. 

❓ Lors du sommet à Biarritz, Emmanuel Macron devra rester ferme face à Donald Trump, mais devra aussi consolider le rang des 6 face à des dirigeants politiques nouveaux ou en difficulté  : l’Italie de Giuseppe Conte en pleine crise politique ; le Royaume-Uni mené par Boris Johnson, au cœur du Brexit ; le premier Ministre canadien à la veille d’élections nationales ; ou encore la nouvellement élue commissaire européenne Ursula von der Leyen.

Ambition climatique et réduction des émissions de gaz à effet de serre : après de petits pas, le plus gros reste à faire

Ensemble, les pays du G7 sont responsables de près de 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pourtant, ils sont loin d’être des champions du climat : leurs objectifs et politiques climatiques sont complètement insuffisants pour limiter le réchauffement mondial à 1,5°C. Lors de la réunion ministérielle sur l’environnement à Metz en mai 2019, les Ministres des sept pays ont commencé à reconnaître, pour le moment très timidement, le besoin de revoir à la hausse leur ambition climatique.

✅ Les 6 pays (sans les États-Unis) ont reconnu le rôle important de la science et pris en compte les conclusions du rapport spécial du GIEC sur l’objectif de 1,5°C. Ils ont reconnu l’écart entre les objectifs climatiques actuels et les trajectoires compatibles avec la limitation du réchauffement global à 1,5°C.

✅ Ils se sont dit prêts à démontrer leur ambition collective lors du sommet spécial sur le climat de l’ONU en septembre, de mettre à jour leurs contributions climatiques d’ici à 2020 et d’élaborer des stratégies de décarbonisation de long terme.
⚠️ Cependant, ils n’ont pas réussi à reconnaître explicitement la nécessité urgente de revoir à la hausse leurs objectifs climatiques individuels avant 2020. Ils n’ont pas non plus donné de date butoir pour atteindre la neutralité carbone. Or, une date après 2050 serait incompatible avec leur juste part pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

🆘 De plus, les pays ont fait l’impasse sur des sujets importants, comme la sortie du charbon, l’énergie fossile la plus responsable du dérèglement climatique actuellement. Au sein du G7, seul le Japon n’a pas adopté de date de sortie du charbon, alors qu’il en est l’un des plus gros consommateurs dans le monde.

❓ Au sommet du G7, le plus gros reste donc à faire. la France doit pousser les États à aller au delà de la prise de conscience : les pays du G7 doivent s’engager à relever leurs objectifs climatiques pour 2030 avant la fin de l’année prochaine, afin d’atteindre une neutralité carbone avant la moitié du siècle. Le sommet de Biarritz devrait envoyer un signal positif, et non négatif, avant le sommet spécial de l’ONU prévu en septembre.

Financements climatiques : les 7 sont loin du compte

La question financière est un levier indispensable pour permettre cette accélération de l’action climatique. Cela passe non seulement par une augmentation du financement de la transition énergétique dans les pays du G7 en verdissant leurs budgets et en supprimant les financements néfastes au climat, mais aussi en soutenant les pays en développement à faire face aux impacts du dérèglement climatique. Pourtant, le sujet n’a abouti qu’à des résultats mineurs à la ministérielle sur l’environnement et sur les financements.

⚠️ À la ministérielle sur l’environnement, les 6 pays se sont engagés à une reconstitution réussie du Fonds Vert sur le climat, qui appelle à de nouvelles promesses financières en 2019. Mais ils n’ont pas expliqué ce que cela veut dire, ni fait de promesse chiffrée. À la réunion sur les finances, ils n’ont même pas rappelé cet engagement.

🆘 Les pays du G7 n’ont rappelé l’objectif de mobiliser 100 milliards de dollars pour aider les pays les plus vulnérables à lutter contre le dérèglement d’ici à 2020 à aucune de leur réunions, et alors même que cet objectif n’est pas encore atteint.

🆘 Les pays du G7 ont reconnu le rôle du secteur privé pour verdir la finance, mais n’ont pas discuté du verdissement de leurs propres budgets publics. Pourtant, les subventions aux énergies fossiles dépassent annuellement les 100 milliards de dollars dans l’ensemble des pays du G7 (source: OCI, 2018), et ils se sont engagés il y a 3 ans à mettre un terme à ces financements bruns avant 2025. Au delà de la diminution de ces financements néfastes au climat, ils ne se sont pas non plus engagés à rejoindre les initiatives internationales sur les budgets verts, permettant d’augmenter la part verte des budgets et de réduire leur part brune en cohérence avec les objectifs climatiques nationaux. C’est une occasion manquée qui doit être rattrapée à Biarritz, car se sont les flux financiers publics qui orientent le verdissement du reste de la finance.

⚠️ Aux deux réunions, les pays ont tout de même noté les efforts des banques multilatérales de développement pour verdir leur portefeuille de financements.

❓ Sur la finance, le sommet de Biarritz sera donc décisif vu l’ampleur des chantiers à ouvrir pour être à la hauteur des enjeux. L’enjeu sera d’autant plus grand qu’Emmanuel Macron a été nommé chef de file sur les financements climat pour le sommet spécial de l’ONU en septembre. Ce serait donc un comble que le G7 ne prépare pas le terrain pour ce sommet.

Transition juste et inclusive : transformer les principes en mesures concrètes

⚠️ Le principe de transition inclusive est bien reconnu dans les résultats de la ministérielle sur l’environnement. Cependant, pour qu’il ne reste pas lettre morte, il doit être reflété dans les engagements des politiques nationales des pays membres du G7 non seulement pour la reconversion des secteurs impactés par la transition, mais aussi dans le cadre de l’ensemble des politiques de transition énergétique, notamment celles qui touchent à la fiscalité et au verdissement des finances publiques.

⚠️ La réunion ministérielle sur l’environnement a abouti à l’adoption d’une initiative sur le genre et le renforcement de capacité. Cependant, cette initiative ne prévoit pas de moyens financiers pour renforcer les actions climatiques renforçant également l’égalité entre les genres, et surtout ne remplace pas les politiques publiques indispensables à son respect.

❓ À Biarritz, la France devra pousser les pays à prendre des engagements de politiques publiques concrets sur ces deux aspects, et soutenus par des moyens financiers adéquats.

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