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Avril, un mois clé pour l’action climatique internationale

Dans un contexte d’urgence climatique et de guerre alimenté par les combustibles fossiles, les rendez-vous successifs du mois d’avril sur la scène internationale pourraient constituer des points d’appui majeur pour accélérer l’action et ancrer la transition écologique comme une réponse commune aux vulnérabilités systémiques.

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To go with story by Andrew Dykes. Extinction Rebellion held 'fossil fool' protests in Edinburgh. Picture shows; Extinction Rebellion held 'fossil fool' protests in Edinburgh.. Edinburgh. Supplied by Extinction Rebellion Date; 01/10/2022
  • Du 21 au 22 avril, le Dialogue de Petersberg réunira des représentant·es de haut niveau issus d’environ 40 pays pour préparer les prochaines négociations climatiques. 
  • Dans la foulée, les 23 et 24 avril, la France accueillera la réunion ministérielle de l’environnement du G7, étape importante avant le sommet d’Évian en juin. 
  • Enfin, du 24 au 29 avril se tiendra la première conférence internationale dédiée à la sortie des énergies fossiles à Santa Marta, marquant une tentative inédite de structurer une coalition d’États engagés dans cette transition, pouvant créer un effet boule neige facilitant les négociations sur le sujets dans les COPs. 

Le Réseau Action Climat se tient aux côtés du peuple iranien et de l’ensemble des populations civiles de la région, qui subissent une nouvelle fois le coût humain dévastateur de la guerre, ainsi que l’oppression autoritaire – y compris les défenseurs des droits humains qui, depuis de nombreuses années, font face à la répression pour avoir défendu les droits fondamentaux et la liberté. Après une crise récente suite à la guerre en Ukraine, ce sont aussi les ménages vulnérables et dépendants de la voiture pour leurs déplacements du quotidien qui paient le prix de la lenteur de la transition hors des énergies fossiles.

21–22 avril : à Petersberg, les premières lignes de la COP31 se dessinent

La 17e édition du Dialogue de Petersberg, organisé à Berlin, réunira des représentant.e.s de haut niveau issus d’environ 40 pays afin de discuter des mesures concrètes permettant de faire face à la crise climatique et de renforcer la confiance, à la fois dans les négociations climatiques multilatérales et entre les États. En tant que co-hôtes de la COP31, la Turquie et l’Australie disposent d’une première occasion de faire avancer leurs réflexions et de construire des attentes communes pour l’année à venir. 

Le dialogue mettra l’accent sur l’identification d’opportunités de coopération internationale et sur l’accélération de la transition vers des économies neutres en carbone, en préparation de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques de 2026 (COP31 de la CCNUCC), qui se tiendra du 9 au 20 novembre à Antalya.

Avec des marchés des combustibles fossiles en plein chaos, des pénuries d’énergie dans le monde entier et des événements météorologiques extrêmes qui coûtent des vies, les enjeux n’ont jamais été aussi élevés. 

Une ministérielle environnementale du G7 au rythme de Washington : sans climat, sans genre, prisonnière d’un court-termisme énergétique

En 2026, la France accueillera du 15 au 17 juin à Évian-les-Bains le sommet du G7, un forum réunissant certaines des principales puissances économiques mondiales : l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni ainsi que l’Union européenne. Parmi les plus riches et les plus développés, ces pays sont aussi les plus grands responsables historiques du dérèglement climatique. Ils disposent de moyens financiers, humains et techniques pour agir, et portent une responsabilité particulière face à cette crise. Ce G7 se déroule dans un contexte où les équilibres géopolitiques et les attaques contre le multilatéralisme et le droit international sapent le potentiel d’action collective en faveur du climat, de l’environnement et de la solidarité internationale. À cela s’ajoute que la France a fait le choix de l’unité du G7 ce qui signifie s’assurer le soutien des États-Unis, au risque d’éviter les sujets qui fâchent et d’atterrir sur le plus petit dénominateur commun. Pourtant : 

  1. Washington ne peut pas être considéré comme un allié fiable, au regard de l’hostilité frontale de l’administration américaine vis-à-vis de l’Europe, combinée à une relance assumée des énergies fossiles qu’elle compte promouvoir sans complexe lors de son G20 cette année et au démantèlement des politiques climatiques fédérales
  2. Les États-Unis agissent comme un pétro-État, la stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump, publiée fin 2025, affirme que « l’expansion de nos exportations nettes d’énergie renforcera également les relations avec nos alliés tout en limitant l’influence de nos adversaires, protégera notre capacité à défendre notre territoire et — lorsque nécessaire — nous permettra de projeter notre puissance ». Le programme de « domination énergétique » de l’administration Trump l’a conduite à menacer une grande partie du monde avec des droits de douane exorbitants, tout en proposant des ventes de pétrole et de gaz largement irréalistes comme solution à ces menaces. Prenons par exemple l’accord avec l’Europe, dans lequel l’Union européenne est censée augmenter ses importations de pétrole et de gaz américains à des niveaux irréalistes pour éviter des tarifs douaniers qui pourraient dévaster une grande partie de ses exportations
  3. Des milliards de personnes paient le prix, par leur vie, leur santé, leurs moyens de subsistance, des choix politiques de l’administration Trump. 

La ministériel environnement du 23 et 24 avril fait l’impasse sur : 

  • La sortie juste et ordonnées des énergie fossiles 
    • Il est impossible de s’attaquer à l’urgence climatique sans s’attaquer à la racine du problème : notre dépendance aux énergies fossiles. Volontairement mis de côté par la présidence française, le sujet s’est malgré tout invité dans les conversations du G7 du fait des impacts de la guerre en Iran et des alertes lancées par Fatih Birol à la tête de l’Agence internationale de l’énergie, « nous sommes confrontés à ce qui est peut-être la crise énergétique la plus grave de notre histoire. Dans ce contexte, il apparaît totalement incohérent de vouloir, d’un côté, défendre une stratégie d’indépendance énergétique européenne, dont l’urgence est aujourd’hui manifeste, et de l’autre, aborder au G7 la crise énergétique mondiale sans traiter frontalement la question de la dépendance aux énergies fossiles. 
    • De plus, la dynamique actuelle au sein du G20, portée notamment par les États-Unis, vise à relancer la production des énergies fossiles, et notamment du « beautiful clean coal ». En l’absence d’un contre-discours clair et structuré, ce type de position tend à s’imposer comme une option possible et souhaitable alors qu’elle est en totale contradiction avec la science et l’Accord de Paris. C’est aussi le risque d’un effacement du leadership français face à Trump.
  • L’égalité de genre 
    • En temps de crises, les droits des personnes les plus vulnérables, marginalisées et discriminées se voient reculer, souvent de manière rapide et drastique. Les espaces de multilatéralisme sont cruciaux pour lutter contre ces reculs, et le G7 en France aurait pu en être un en 2026. Beaucoup de pays laissent de côté ce sujet, car il crispe les plus puissants et les réfractaires, qui forment un groupe très organisé et destructeur. La France n’est pas censée faire parti de ce groupe, puisqu’elle possède une stratégie de diplomatie féministe récente (octobre 2025), a acceuilli le sommet de la diplomatie féministe l’an dernier et a toujours été motrice sur le sujet au sein de la délégation européenne des COPs.
    • On ne peut pas faire l’économie d’intégrer la question des droits des femmes et des filles ainsi que des minorités de genres, parce qu’elles font face à des formes intersectionnelles de discriminations et d’oppressions, exacerbées par l’ensemble de ces crises mondiales, et parce qu’elles font partie de leur résolution De fait, porter ce sujet et défendre les droits des femmes et des minorités de genre, ce n’est pas un pur geste symbolique : c’est assurer que les politiques publiques, que les traités internationaux, que les objectifs fixés, soient efficaces et pertinents. Il est donc demandé à la France d’être cohérente, de porter ces valeurs au plus haut et de les défendre, d’être courageuse.

À ces silences s’ajoute un recul préoccupant des financements internationaux. 

  • L’aide publique au développement est en chute libre, alors même que les besoins explosent. Un chute de 23 % dans le monde par rapport à 2024, de 10,09 % pour la France, de 17,4 % pour l’Allemagne, de 10,8 % pour le Royaume-Uni et 5,6 % pour le Japon. Cette tendance devrait continuer en 2026, l’OCDE anticipant une baisse de 5,8 %.
  • Pourtant, les ressources existent. Dans le contexte de la guerre en Iran, une attention particulière se porte sur la taxation des profits des entreprises fossiles, au regard d’une part des bénéfices directs qu’elles tirent de la guerre, en enregistrant des profits exceptionnels se chiffrant à près de 30 millions de dollars par heure à l’échelle internationale et 81 millions d’euros par jour au niveau européen depuis le début du conflit, sans contribution proportionnée à l’effort collectif. La hausse des prix du pétrole et du gaz entraîne une augmentation rapide des factures d’énergie et de carburant, pesant directement sur les budgets, en particulier des foyers les plus modestes. 
  • De la même manière, des multinationales du secteur des engrais qui avaient encaissé des profits record lors de la dernière crise des prix, continuent de s’enrichir grâce aux  guerres en raison de la dépendance des systèmes alimentaires aux fossiles, pendant que les paysans et paysannes et les consommateur.ice.s sont extrêmement impactées. 

Face à ces enjeux, les pays du G7 ne peuvent se contenter de déclaration au rabais. La France, en tant que pays hôte, a la responsabilité de porter une autre ambition : celle d’une coopération internationale fondée sur la justice, la solidarité et le respect du droit. Sans cela, ce G7 restera comme une occasion manquée, de plus, face à l’une des plus grandes crises de notre époque. Le monde ne peut pas davantage compter sur les accords de Trump que sur les combustibles fossiles comme base de stabilité. L’expérience récente montre au contraire que ces dépendances alimentent l’instabilité, la coercition et les conflits.

Santa Marta : une fenêtre politique pour accélérer la sortie des énergies fossiles

La Colombie et les Pays-Bas co-organiseront la première Conférence internationale sur la transition hors des énergies fossiles, qui se tiendra à Santa Marta en Colombie du 24 au 29 avril 2026. Elle réunira environ 50 pays, l’Union européenne ainsi qu’une large participation d’acteurs non étatiques. La participation a fortement augmenté depuis les 24 premiers signataires de la Déclaration de Belém, lors de la COP30 traduisant une dynamique croissante dans un contexte de chocs persistants sur le prix (humains et financier) des énergies fossiles

La conférence devrait aboutir à un rapport de synthèse identifiant des solutions prioritaires, visant à constituer une coalition d’acteurs engagés (« les pays qui agissent ») pour accélérer la transition en dehors des cadres traditionnels de négociation (COPs). Le succès de cette initiative repose sur la convergence autour d’actions concrètes articulées en trois piliers : 

  1. la réduction de la dépendance économique aux énergies fossiles ; 
  2. la transformation des systèmes énergétiques, tant du côté de l’offre que de la demande 
  3. le renforcement de la coopération internationale et de la diplomatie climatique

Santa Marta constitue ainsi le premier dialogue global structuré alimentant la feuille de route sur la transition hors des énergies fossiles du processus de la COP30. Il vise à combler l’un des principaux déficits de mise en œuvre des engagements de la COP28 sur la transition juste, ordonnée et équitable hors des combustibles fossiles.

En marge des négociations officielles, se tiendra le Sommet des peuples pour un avenir sans énergies fossiles, du 24 au 26 avril à Santa Marta. Ce sommet constituera un espace clé pour permettre à la société civile de s’accorder autour d’une vision commune d’une transition énergétique rapide, équitable et juste. Il débouchera sur l’élaboration de positions communes, qui seront ensuite transmises au processus officiel à travers l’Assemblée des peuples, le 27 avril : une plateforme dédiée, mise en place par le gouvernement colombien afin de favoriser un dialogue direct entre la société civile et les représentant·es des gouvernements. Le sommet des peuples est coordonné par une large coalition de plus de 900 organisations et réseaux, coorganisée par le Permanent Council for a Just Energy Transition, la Global Campaign to Demand Climate Justice et Climate Action Network International.

Les demandes du Réseau Action Climat pour la France et l’Union Européenne (analyse détaillée).

Un G7 au rythme de Washington : sans climat, sans genre, prisonnier d’une vision court-termisme énergétique
Santa Marta et sortie mondiale des énergies fossiles : comment la France peut agir
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