Le charbon : comment mettre fin à la pathologie ?

Alors que la COP24 a lieu à Katowice, en Silésie, une des régions les plus dépendantes au charbon en Europe, retour sur une addiction à cette énergie qui dépasse les frontières de la Pologne et représente une menace non seulement pour le climat, mais aussi pour la santé.

(c) Johannes Fasolt
(c) Johannes Fasolt

Le Président de la Pologne, Andrzej Duda a ouvert la COP24 en expliquant qu’il n’y avait pas de contradictions entre le charbon et la lutte contre le dérèglement climatique. Cette provocation révèle en réalité une addiction sévère au charbon, qui a conduit le pays a lancé la construction d’une des plus grandes centrales en Europe, Ostroleka C, une semaine seulement après la publication du rapport du GIEC sur l’objectif de limiter la température planétaire à 1,5°C.

Diagnostique : une addiction sévère aux conséquences multiples

Cette addiction ne concerne pas seulement la Pologne. En Allemagne, le charbon représente plus de 29% des émissions de gaz à effet de serre, loin devant l’industrie et le transport. En Bulgarie, c’est presque la moitié des émissions nationales qui sont issues du charbon. S’il ne représente que 25% de la production électrique européenne, le charbon est pourtant responsable de 72% des émissions de gaz à effet de serre du secteur.

Cela sans compter sur les désastres environnementaux qui découlent de l’exploitation des mines de charbon et de lignite en Europe. Un cas emblématique est le projet de destruction de la forêt primaire de Hambach en Allemagne par l’entreprise RWE pour élargir une immense mine à ciel ouvert. Heureusement stoppé à temps par les recours juridiques des ONG allemandes, ce projet montre l’urgence d’acter la sortie du charbon en Europe.

Ce fléau pour le climat est également une catastrophe sanitaire. Les études estiment que plus de 19 000 personnes meurent prématurément chaque année en Europe en raison de la pollution de l’air issue de la combustion de charbon. Dans certaines villes comme Rybnik proche de Katowice, les normes de pollution de l’air atteignent 836 % alors que le seuil d’alerte est à 90-120 %.

Quel traitement de choc ?

La sortie du charbon est aujourd’hui atteignable par tous les États européens grâce aux importants progrès effectués dans l’essor des énergies renouvelables et la réduction de la consommation d’énergie. La part du charbon dans le mix énergétique européen ne cesse d’ailleurs de diminuer. 16 États européens en sont d’ores-et-déjà sortis ou le feront d’ici 2030.

L’Allemagne, elle-même, est en train de définir une date de sortie du charbon. Néanmoins au moment où l’Europe de l’énergie est en train de se construire, les allemands ont très mal perçu les annonces de repousser la réduction du nucléaire dans le mix énergétique français de 10 ans. L’immobilisme français sur le nucléaire est vu comme un moyen pour la France d’exporter massivement son électricité nucléaire, sans faire les nécessaires efforts de transition énergétique. Cette situation de défiance risque de retarder la sortie du charbon en Allemagne. Seule une meilleure coordination de la transition énergétique entre les deux pays, nucléaire contre charbon, permettrait de débloquer cette situation. C’est ce que des parlementaires des deux côtés du Rhin ont demandé à leurs gouvernements, sans succès.

Un autre élément essentiel sera de couper les subventions aux énergies fossiles. Le charbon est un gouffre financier pour les contribuables et consommateurs européens. Rien que pour la Pologne, 14,4 milliards d’euros sont investis à travers les mécanismes de capacités pour artificiellement maintenir en vie cette industrie. Sans cette perfusion financière, de nombreuses centrales devraient fermer leurs portes et de nombreux projets ne verraient pas le jour. Les négociations européennes s’intensifient à ce sujet, mais beaucoup d’États restent opposés à la fin des subventions publiques aux énergies fossiles.

C’est la raison pour laquelle les États européens ont obtenu le fossile du jour à la COP24. Une récompense décernée par les ONGs pour montrer à quel point l’Union européenne est engluée dans le charbon.

Transition juste en Europe : le remède

Personne ne devra être laissé sur le côté de cette transition. Le secteur du charbon représente encore un nombre important d’emplois et forme une industrie vitale pour de nombreuses régions. Dans ce contexte, l’Union européenne doit s’assurer de son entière solidarité et doit être prête à investir massivement pour diversifier l’économie locale et accompagner au mieux les travailleurs vers les métiers de la transition énergétique. Les négociations du futur budget européen pour 2021-2027, plus de 1000 milliards d’euros, sont une opportunité pour les États européens, dont la France, de tendre la main aux régions et villes dépendantes du charbon. Les fonds européens pourraient permettre d’amortir les chocs des changements dans ces régions et d’enclencher la transition énergétique.

La sortie du charbon en Europe est un enjeu de solidarité européenne, tant sur le soutien d’une transition juste que sur la convergence des mix énergétiques des pays.

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