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Emploi-compétences de la transition énergétique : que propose la PPE-3 ?

L’Etat a publié la 3ème édition de la Programmation pluriannuelle de l’Energie (PPE3) en février 2026. Il était temps, car le secteur de l’énergie français est directement concerné par les mutations écologiques et pourrait aussi créer plus de 150 000 emplois supplémentaires d’ici 2030. Décryptage.

PlPlus de 150 000 emplois sont à pourvoir d’ici 2030 dans les filières de la transition énergétique : autant de compétences à former

Une croissance attendue des emplois dans les filières de la transition énergétique. En termes de projections d’emplois, la PPE énonce une « trajectoire » à horizon 2030 par filière énergétique : une croissance de + 7 000emplois dans la filière éolienne terrestre, + 28 000 dans la filière éolienne offshore, + 38 000dans la filière solaire photovoltaïque. En comptabilisant l’ensemble des énergies renouvelables, c’est un total d’environ 100 000 emplois dans les filières de la transition énergétique (et plus de 150 000 si on comptabilise également les 58 000 emplois liés aux réseaux électriques).  La PPE mentionne également  les opportunités pour la réindustrialisation, en particulier dans le secteur des énergies renouvelables, avec la mention d’ »un plan EnR pour accompagner les régions déployant une politique industrielle ENR ». 

Réussir la PPE implique de prendre à bras le corps le « chantier emploi et compétences » de la planification écologique. La PPE reconnait bien le besoin d’une « mobilisation importante de l’ensemble des systèmes et organismes de formation, tant initiale que continue » pour répondre au défi de la transition écologique – mais ne reprend pas l’objectif chiffré fixé par la SNBC fin 2025 de « former professionnellement 200 000 personnes par an pour réussir la transition bas-carbone ». La PPE comprend des estimations des besoins en formation mais ne fixe pas d’objectifs à atteindre. Pour aller plus loin, lire notre analyse de la stratégie emplois-compétences de la planification écologique (2024) et de la Stratégie nationale bas-carbone (2025).

Financement, ingénierie et gouvernance : des dynamiques à renforcer

L’ingénierie. Si la mobilisation des parties prenantes est essentielle, la qualité du suivi de la planification l’est tout autant. « Les données et les projections foisonnent » si l’on en croit la PPE. Mais dans certains secteurs, l’absence de trajectoires identifiées pour une transition juste empêche les projections des les acteurs, notamment parmi les représentants de salariés. Cela risque de bloquer les dynamiques d’anticipation nécessaires pour soutenir les transitions industrielles, pour les entreprises et territoires, et professionnelles, pour les salariés. C’est par exemple le cas de secteurs associés aux énergies fossiles, qui n’ont pas encore de trajectoire partagée sur l’évolution des emplois et compétences dans un contexte de décarbonation. Amorcer ce dialogue au sein des entreprises et des secteurs concernés sur la transition juste des emplois implique un soutien à l’ingénierie et aux outils de diagnostics et d’anticipation. 

La gouvernance. Aboutir à des diagnostics et trajectoires partagés implique une gouvernance associant toutes les parties prenantes. La PPE évoque à juste titre le pilotage interministériel mais il faudrait aller plus loin, en associant toutes les parties prenantes au suivi des politiques publiques emploi-formation – à commencer par les partenaires sociaux.

Les financements. Renforcer l’ingénierie et l’offre de formation nécessitent de renforcer les financements publics pour accompagner les politiques emplois-compétences favorables à la transition écologique. Des signaux clairs doivent être envoyés, pour répondre au défi des compétences de ce défi majeur. A ce stade, le compte n’y est pas (voir notre analyse du budget 2026 voté par le Parlement). Fait étonnant, la PPE3 ne mentionne pas le Fonds de Transition Juste européen alors que c’est le seul outil dont dispose actuellement l’Etat pour accompagner la transition juste (dans certains territoires, sur certains secteurs). Pour aller plus loin, voir notre analyse du Fonds de Transition Juste.

“Ne laisser personne de côté” : la transition juste évoquée, à préciser

En matière de transition juste, il s’agit de « ne laisser personne de côté ». Il faut  donc accompagner de manière renforcée les secteurs en transformation, avec des risques pour l’emploi. La PPE rappelle que « on ne peut envisager facilement un transfert des emplois bruns vers les emplois verts ou verdissants sans accompagnement et sans formation ». Cela invite à porter une attention forte aux secteurs et territoires industriels en transition, en particulier du fait des objectifs marqués de diminution du recours aux énergies fossiles.  Pour aller plus loin, voir par exemple notre cartographie des territoires en situation de fragilité et nécessitant une politique de transition juste.   

C’est souligné par ailleurs, s’agissant du raffinage : « L’Etat travaillera étroitement avec la filière à cet effet, en étant attentif à l’équilibre économique de ces installations, et à ce qu’une transition juste soit mise en œuvre pour faciliter la reconversion des salariés et proposer des alternatives aux territoires concernés ». En matière de droits sociaux, des exemples sont cités, notamment dans le secteur des industries électriques et gazières (IEG). Un suivi coordonné de ces dispositions sera nécessaire.

A souligner également, la mention de principes d’inclusion, qui participent d’une transition juste : « une attention” est attendue « sur le fait de mieux cibler les décrocheurs du système scolaire dès la formation initiale » ou sur « l’inclusion des femmes dans des métiers « genrés », tout en s’assurant de l’attractivité des employeurs ». Sur ce plan, la qualité des emplois et du travail est un sujet majeur pour le dialogue social, notamment dans les domaines-clés de la transition énergétique. Pour aller plus loin, voir notre analyse de la SNBC sur les enjeux de qualité des emplois.

Notre décryptage en bref

La “PPE3” est donc globalement bénéfique pour l’emploi, mais implique également un réel défi pour répondre aux besoins en compétences. C’est une mobilisation d’ensemble -qui appelle une ingénierie dédiée, une gouvernance et des financements renforcés- qui est à déployer. Tous les secteurs, tous les emplois, tous les territoires ne sont cependant pas a priori gagnants avec la PPE : il faut anticiper les risques de fragilisation. Les principes posés en matière de transition juste font consensus, mais ils sont à préciser dans le cadre d’une réelle stratégie d’action publique d’ensemble.

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