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Décryptage de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat : 2 ans de gestation pour une stratégie au rabais !

Le gouvernement va lancer aujourd’hui la consultation sur la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) avec 2 ans de retard. Le Réseau Action Climat revient sur les manquements à déplorer.

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Cette copie de la SNANC constitue une exceptionnelle occasion manquée de doter enfin la France d’une stratégie ambitieuse et cohérente munie d’objectifs, d’une trajectoire et d’indicateurs précis pour répondre aux urgences environnementales, de santé publique et de justice sociale de l’alimentation. Parmi les manquements à déplorer : pas de mesure contraignante pour limiter la publicité pour les produits trop gras, trop sucrés et trop salés ciblant les enfants, et pas d’objectif chiffré de réduction de la consommation de viande et de charcuterie. Plus de 50 organisations de la société civile publient ce jour un décryptage approfondi accompagné d’une vingtaine de recommandations pour rehausser l’ambition de la Stratégie.

Commençons par les – maigres – points positifs : la SNANC marque un progrès vers la mise en œuvre d’une politique de l’alimentation dans une approche interministérielle, la seule permettant de tenir compte de l’ensemble des enjeux agricoles, écologiques, sociaux et de santé. Elle présente l’intérêt de mobiliser des leviers qui dépassent les seuls dispositifs d’information et de sensibilisation du consommateur, en ciblant également les industriels, les distributeurs et le secteur de la restauration hors-foyer pour améliorer la qualité des produits qu’ils proposent.

Mais si son squelette est plutôt solide, la SNANC manque cruellement de chair. La majorité des quelque 80 mesures qui la composent, quand elles ne consistent pas à informer et sensibiliser, sont de nature incitative malgré les échecs constatés des dispositifs d’auto-régulation basés sur les engagements volontaires des entreprises par le passé. Faute de moyens réglementaires, mais également financiers, on voit mal comment les objectifs fixés par la SNANC pourront être atteints. Le fait qu’une partie des objectifs ne soient pas chiffrés compromet la mise en place pourtant nécessaire de dispositifs de suivi et d’évaluation, et interroge sur les ambitions du gouvernement. En particulier, il n’y a finalement plus d’objectif chiffré de réduction de la consommation de viande, pourtant très attendu. Le gouvernement aurait-il cédé à la pression imposée par le lobby de la charcuterie1 ? Ce serait un terrible pied de nez à la société civile et à la communauté scientifique, ainsi qu’aux 85% de Français favorables à des campagnes publiques encourageant à manger moins de viande2.

“La stratégie actuelle manque d’ambition en matière de réduction de la consommation de viande, pourtant essentielle pour améliorer la santé publique, atteindre nos objectifs climatiques et améliorer la souveraineté alimentaire de la France. En effet, la surconsommation de viande alimente les importations, qui représentent 30% de la viande consommée en France aujourd’hui.” Benoit Granier, responsable alimentation, Réseau Action Climat

Pire, le texte mis en consultation a été amputé d’une mesure centrale et prioritaire, à savoir l’Action n°31 de sa précédente version, visant à “Réduire efficacement l’exposition des enfants et des adolescents aux publicités et parrainages pour des produits trop gras, sucrés, salés, sur les différents médias (traditionnels et numériques) par un renforcement à terme du cadre réglementaire”, suite à un arbitrage de Matignon. Un choix qui contraste avec la décision du gouvernement britannique d’interdire la publicité pour la malbouffe sur internet et à la télévision en journée à compter du 1er octobre 2025, et le fait que 83% des Français soutiennent l’interdiction de la publicité pour les produits nocifs pour la santé.

Par ailleurs, la SNANC ne réussit pas à proposer des mesures et objectifs visant à assurer à la fois une plus juste rémunération des agriculteurs et agricultrices et l’accès de toutes et tous à une alimentation saine et durable. Elle en a pourtant l’opportunité, à condition de poser l’objectif d’une meilleure transparence des prix, de mieux encadrer les distributeurs, les industriels et les restaurateurs pour que ceux-ci proposent davantage de produits de qualité issus de filières locales, responsables et durables ; de mobiliser davantage de leviers pour garantir des débouchés pour les agriculteurs et les agricultrices engagées dans des modes de production durables, à travers la restauration collective mais aussi commerciale, ou encore les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT).

La société civile appelle donc le gouvernement à revoir en profondeur sa stratégie dans le cadre de la consultation prévue, en renforçant les mesures incitatives par des actions plus contraignantes, en définissant des objectifs chiffrés et des indicateurs clairs, et en garantissant des moyens institutionnels, législatifs et financiers à la hauteur des enjeux. Car à ce stade, il serait plus efficace d’envoyer une lettre au Père Noël.

Contacts presse :  Ludivine Préneron – Chargée de communication – 06 71 14 06 37 – ludivine.preneron@reseauactionclimat.org 

SNANC – Décryptage par les acteurs de la société civile

Plusieurs brèves récentes du média Contexte rapportent en effet les propos de la présidente de la FICT (Entreprises Françaises de Charcuterie Traiteur) qui s’oppose à des objectifs chiffrés de réduction de la consommation de viande.

Baromètre sur la consommation de viande des Français en 2025, Harris Interactive et Réseau Action Climat

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