Agriculture et alimentation : comment Emmanuel Macron a raté le coche

Alors que sonne la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron, le Réseau Action Climat dresse le bilan de son action en matière d'agriculture et d'alimentation. Si quelques avancées sont à noter, le constat général est celui d'une grande déception : ces 5 ans n'auront pas permis l'accélération de la transition vers l'agro-écologie.

Alors que sonne la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron, le Réseau Action Climat dresse le bilan de son action en matière d’agriculture et d’alimentation. Si quelques avancées sont à noter, le constat général relève d’une grande déception : ces 5 ans n’auront pas permis l’accélération de la transition vers l’agro-écologie.

Le Réseau Action Climat et ses associations membres ont analysé en détail les politiques menées ces cinq dernières années en matière de lutte contre le changement climatique et en particulier les politiques agricoles et alimentaires. Le bilan est sans appel. Alors que le climat se dérègle de plus en plus rapidement, que les impacts sont de plus en plus violents pour les agricultrices et agriculteurs français et que la précarité alimentaire n’a jamais été aussi forte (l’aide alimentaire aurait compté 8 millions de bénéficiaires en 2020), l’exécutif s’est contenté de mesures symboliques incapables d’enrayer cette spirale négative.

 

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Des espoirs déçus sur les engrais azotés

Les engrais azotés de synthèse émettent 43 % des gaz à effet de serre de l’agriculture et sont à l’origine de pollutions de l’air et de l’eau (prolifération d’algues vertes par exemple). Mais malgré l’arrivée du sujet sur la place publique, grâce aux recommandations de la Convention Citoyenne pour le Climat, aucune mesure tangible permettant d’engager une diminution de leur utilisation n’a été adoptée. Rien non plus n’a été mis en place pour accompagner les agricultrices et agriculteurs vers une meilleure autonomie vis-à-vis des marchés mondiaux des engrais de synthèse, dont ils dépendent pourtant fortement et dont le prix a plus que doublé l’an dernier.

Un bilan mitigé en matière d’alimentation durable

Plusieurs progrès ont été enregistrés avec le soutien du développement des légumes secs pour l’alimentation humaine et la mise en place de repas végétariens dans la restauration collective par la loi EGalim puis la loi Climat et Résilience. Cette avancée est notable, à la fois pour le climat et pour la santé des enfants. Les aménagements et aides publiques à la mise en œuvre de ces mesures restent cependant largement insuffisants. La part de produits biologiques dans la restauration collective a ainsi légèrement augmenté pour se rapprocher des 6%, mais reste très loin de l’objectif de 20% fixé par l’Etat en 2018 pour 2022.

La transition de l’élevage, angle mort du quinquennat

Malgré les émissions de gaz à effet de serre et les pollutions engendrées par les productions animales industrielles, aucune politique n’a été menée pour engager le pays sur la voie de la transition durable de l’élevage. Le gouvernement n’a pas saisi la chance de la réforme de la Politique Agricole Commune pour réorienter les aides vers les élevages les plus durables, et en particulier vers le pâturage. Pire, sur ces sujets, l’exécutif est allé à contre-courant des attentes pourtant très fortes des citoyens et de la société civile vis-à-vis de la transition de l’élevage. Il a par exemple pris des mesures sanitaires de lutte contre la grippe aviaire ou contre la peste porcine, obligeant des parcages d’animaux contraires aux cahiers des charges des élevages durables concernés. Et il laisse l’élevage bovin s’effondrer, sans assumer ni accompagner les éleveurs dans une transition aussi inéluctable que nécessaire.

Une fuite en avant

Au contraire de mesures structurantes qui auraient pu engager la transition agroécologique, le Président de la République et le Ministre de l’agriculture, M. Denormandie, ont multiplié les aides à des investissements risquant d’entraîner l’aggravation des endettements des agricultrices et agriculteurs. L’annonce d’une “triple révolution robotique, numérique et de la sélection variétale” laisse présager le pire en matière de perte d’autonomie des fermes et de pression sur l’environnement. Au contraire, sortir de la crise agricole et alimentaire passe par un soutien public massif à la transition agroécologique, dont les solutions sont à la fois agronomiques, systémiques et collectives, comme le soutien aux élevages durables, à l’agriculture biologique ou encore à des solutions pour l’accès de toutes et tous à une alimentation saine et durable, comme le Réseau Action Climat le propose aux candidates et candidats à l’élection présidentielle.

Bilan du quinquennat Macron : Déception pour la transition agro-écologique et sociale
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