250 ONG sonnent l’alerte sur le sauvetage des compagnies aériennes

Alors que le Gouvernement français vient d’annoncer ses premières mesures de soutien aux compagnies aériennes, la société civile se mobilise internationalement pour poser des conditions au sauvetage du secteur.

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Depuis deux semaines, les compagnies aériennes, qui ont vu leur activité réduite de 70 à 90 % depuis le début de l’épidémie de coronavirus, multiplient les appels pour obtenir un soutien financier des gouvernements. Plusieurs États ont déjà pris des mesures de soutien au secteur, comme les États-Unis qui ont annoncé fin mars un plan de 50 milliards de dollars destiné aux compagnies aériennes.

En France, le Gouvernement a décidé mercredi dernier de reporter le prélèvement de certaines taxes dues par les compagnies aériennes et d’étaler leur remboursement en 2021 et 2022, avec l’aval de Bruxelles. Une aide financière plus massive en soutien d’Air France-KLM est également envisagée.

Une mobilisation internationale des ONG environnementales

Face à ces plans de sauvetage, de très nombreuses ONG se mobilisent, considérant qu’en échange de ces sommes d’argent public octroyées en période difficile, les compagnies aériennes doivent accepter des réglementations plus strictes et payer leur juste part de taxes lorsque la crise sera passée. Une lettre ouverte adressée aux gouvernements, associée à une pétition internationale, est publiée ce lundi par plus de 250 ONG.

En France, 7 organisations (le Réseau Action Climat, Greenpeace France, On est prêt, France Nature Environnement, Citoyens pour le Climat, I-boycott, Oui au train de nuit) avaient mutualisé leurs efforts dès 2019 en lançant la campagne Notre Choix, qui vise à mobiliser le grand public sur les enjeux environnementaux liées à l’aviation. D’autres ONG se mobilisent également contre les extensions d’aéroports (comme Extinction Rebellion ou les collectifs locaux, certains accompagnés par Superlocal et Notre Affaire à Tous) et pour l’abandon du recours à l’avion (comme Résistance climatique).

« Le Gouvernement doit exprimer clairement les conditions environnementales et sociales qu’il souhaite imposer en contrepartie de ces aides » commente Agathe Bounfour, Responsable Transports au Réseau Action Climat.

L’avion, le mode de transport le plus polluant

En effet, si les compagnies traversent une crise importante, le transport aérien a connu une croissance très forte ces dernières années. Cette croissance a notamment un impact très important sur le dérèglement climatique : l’aviation est responsable d’environ 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (CO2 compris). Or, depuis l’émergence du “flygskam” (honte de l’avion) et une nouvelle prise de conscience du grand public, les réactions se font de plus en plus nombreuses face aux incohérences du secteur, comme les exemptions fiscales dont bénéficie l’industrie.

Si les compagnies sont renflouées sans conditions, il y a fort à parier que la croissance du secteur reprenne dans quelques mois. Au contraire, les États sont maintenant dans une excellente position pour imposer des conditions au secteur et l’engager à réduire enfin ses émissions. Ce ne serait pas une première : en 2008, l’administration d’Obama avait profité du renflouement des constructeurs automobiles américains pour imposer de nouvelles normes fédérales.

Pour Sarah Fayolle, chargée de campagne Transports à Greenpeace France, « le secteur des transports doit être transformé en profondeur, sans quoi la crise sanitaire risque d’être suivie d’une succession de crises écologiques. Au-delà des aides d’urgence qui doivent d’abord assurer la protection des travailleur-euses, il sera nécessaire de limiter les transports les plus polluants, comme l’avion, et de soutenir la création d’emplois autour de transports plus écologiques, tels que le train ».

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