« Une alerte rouge pour la planète »

Selon un rapport des Nations-Unies du 26 février, les pays sont « très loin du compte » pour limiter le réchauffement de la planète en dessous de 1,5°C. Il est urgent pour les plus gros émetteurs de se fixer des objectifs de réduction des émissions à court-terme.

Cinq ans après la signature de l’Accord de Paris, la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) a publié un rapport intermédiaire de synthèse sur les « contributions déterminées au niveau national ». Elles correspondent aux engagements volontaires des pays pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C. Selon l’article 4 de l’Accord de Paris, ces contributions doivent être mises à jour tous les cinq ans et doivent permettre une hausse de l’ambition des États dans leurs objectifs climatiques. A moins d’un an de la COP 26, seuls 75 pays (sur les 197 signataires à l’Accord de Paris) avaient soumis leurs nouvelles contributions.

Un constat sans appel

Alors que le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a affirmé qu’il fallait réduire nos émissions de 45 % d’ici à 2030 pour rester en dessous des fameux 1,5°C, l’impact combiné des contributions actuelles ne permettraient de réduire les émissions que de 0,5 % d’ici à 2030. Largement insuffisant donc.

Si ce rapport est sans appel sur la nécessité d’augmenter les contributions nationales dans le court terme, au-delà des annonces à long-terme (la plupart des pays comptent atteindre la neutralité carbone autour des années 2050/60), les chiffres sont également à prendre avec des pincettes. En effet, le rapport ne porte que sur les contributions soumises aux Nations Unies avant le 31 décembre 2020 et qui ne correspondent qu’à 30 % des émissions globales. Autrement dit, les potentielles contributions à venir des plus gros émetteurs (Chine, États-Unis, Canada, Inde, Indonésie) ne sont pas inclues.

Or, il s’agit du nerf de la guerre : sans les efforts des plus gros émetteurs, la réduction des émissions globales ne sera jamais possible. Les États-Unis devraient annoncer le 22 avril prochain une nouvelle contribution nationale ambitieuse. Celle de la Chine, qui a annoncé à la fin de l’année dernière vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2060, est attendue lors de la publication de son prochain plan quinquennal. Reste à savoir si l’annonce des États-Unis poussera d’autres pays, comme le Canada par exemple, à se fixer des objectifs plus ambitieux.

Au-delà de l’absence de 113 pays responsables de 70 % des émissions globales, le rapport illustre également le manque d’ambition de certains grands émetteurs qui, loin d’afficher des objectifs plus importants en matière de réduction des émissions, tentent au contraire de favoriser le statu quo. Le Brésil et le Mexique ont ainsi publié des contributions nationales moins ambitieuses que celles déposées il y a 5 ans. Le Japon, la Russie, la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou encore la Corée du Sud jouent quant à eux la carte du statu quo en conservant les mêmes objectifs. Au sein des membres du G20, seuls l’Union Européenne, la Grande-Bretagne et l’Argentine ont relevé leurs objectifs.

A l’approche de la COP 26, qui doit se tenir en novembre prochain à Glasgow, la pression s’accroit pour que les plus gros émetteurs relèvent leurs objectifs de réduction des émissions. Une version définitive du rapport, qui prendra en compte les nouvelles contributions nationales annoncées en 2021, sera publiée avant la COP 26. D’ici-là, il est urgent que les pays se mobilisent pour s’engager à des objectifs ambitieux de court-terme (d’ici à 2030) afin de pouvoir respecter l’Accord de Paris.

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