Pour un nouvel objectif climatique européen ambitieux et de qualité

Les Chefs d'Etat et de gouvernement devront trancher le nouvel objectif climatique européen pour 2030, tel que proposé par la Commission européenne à "au moins 55 % de baisse des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030", les 10 et 11 décembre.

drapeau de l'union européenne
drapeau de l'union européenne

Le Conseil européen des 10 et 11 décembre, à la veille des 5 ans de l’Accord de Paris, sera la dernière chance pour l’Union européenne de relever son ambition climatique avant la date butoir de fin 2020. Les Chefs d’Etats et de gouvernement, dont Emmanuel Macron, devront mettre les bouchées doubles pour décrocher un accord.

L’objectif pour 2030 doit servir de boussole pour l’action et les investissements des Etats et de l’Union européenne pour les 10 prochaines années. Cela implique qu’il soit non seulement à un niveau d’ambition suffisant pour que l’Europe contribue à la limitation du réchauffement global à 1,5°C, mais aussi que les politiques européennes pour l’accompagner soient de qualité pour s’assurer qu’il sera bel et bien atteint.

Le Réseau Action Climat, le Climate Action Network Europe, Transport & Environement, Greenpeace France et le CCFD Terre Solidaire ont  envoyé une lettre adressée au Président de la République, Emmanuel Macron, afin qu’il porte une hausse de l’ambition climatique à la hauteur de la crise climatique, mais aussi une architecture des politiques climatiques européennes efficace, robuste et juste.

Un niveau d’ambition à la hauteur de la crise climatique

Même si la proposition de la Commission de fixer un objectif de baisse d’ »au moins 55 % d’ici à 2030″ ouvre enfin le débat sur l’ambition climatique européenne, la science préconise d’aller plus loin pour limiter au maximum les impacts du dérèglement. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) indique qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de 7,6 % par an d’ici à 2030 pour contribuer à l’objectif de limitation du réchauffement à +1,5°C, ce qui reviendrait à faire baisser les émissions de gaz à effet de serre européennes d’au moins 65 % d’ici à 2030 (par rapport à 1990).

Le Parlement européen a fait un pas dans cette direction en votant en faveur d’un objectif de 60 % au sein de la Loi Climat européenne. Plusieurs Etats dont le Danemark, la Suède et la Finlande se sont d’ores-et-déjà prononcés pour un objectif de ce niveau.

Plusieurs études montrent la faisabilité de dépasser les 55 % d’ici à 2030.

Attention aux jeux comptables – les puits carbone, forêts et sols,

La Commission européenne propose un objectif de réduction net des émissions de gaz à effet de serre pour 2030, incluant l’absorption par les puits carbone, comme les forêts ou les sols agricoles. L’objectif de 55 % sera alors affaibli, puisque la réduction réelle ou brute est estimée au mieux à 52,8 % par la Commission européenne. Pire, cette nouvelle comptabilisation fait disparaître un objectif de réduction réel ou brut, c’est-à-dire de réduction à la source. Les États membres seront alors libres de choisir leur ratio entre réductions d’émissions réelles et absorptions des émissions. Or, absorber les émissions se « fabrique » en plantant des arbres ou en finançant des projets, etc, mais sans réelle plus-value à long-terme si les émissions à la sources ne baissent pas.

Les scientifiques expliquent qu’une tonne de CO2 absorbée n’est pas équivalente à une tonne réduite, étant donné qu’elle est souvent relâchée par la suite dans l’atmosphère, lorsque le bois est brûlé par exemple.

Deux objectifs distincts sont nécessaires : un objectif de réduction des émissions à la source pour 2030 et un objectif réaliste d’absorption par les puits de carbone naturels. Les technologies de séquestration du carbone étant à ce jour immatures, et comportant de nombreux risques socio-environnementaux, ces objectifs ne devraient pas les inclure.

Les risques sociaux et climatiques d’une extension du marché carbone aux transports routiers et aux bâtiments

La Commission européenne propose d’étendre le marché carbone ETS aux secteurs du transport routier et du bâtiment, malgré des risques sociaux et environnementaux considérables.

  • En intégrant ces secteurs dans le système ETS, la Commission envisagerait de supprimer les objectifs nationaux contraignants sur le transport, le bâtiment, l’agriculture et les déchets. Cela désinciterait les Etats à agir pour le climat et les déresponsabiliserait dans l’atteinte de l’objectif collectif européen.
  • Le prix du CO2 dans le système ETS serait amené à augmenter drastiquement, hors de toute maîtrise des pouvoirs publics et se répercutant sur les prix du carburant et du chauffage. Le coût pour les ménages notamment les plus précaires et modestes serait alors très élevé. Les enseignements du mouvement des Gilets jaunes sont assez clairs : pour être socialement acceptable, le prix du CO2 doit être défini de manière juste et les recettes redistribuées pour soutenir les plus précaires et la transition.
  • L’extension pourrait revenir sur des avancées importantes comme les normes de CO2 pour les véhicules légers, beaucoup plus efficaces pour orienter le marché automobile dans une transition vers l’électrique, même si elles doivent être réformées et renforcées pour orienter le secteur des transports sur une trajectoire compatible avec l’Accord de Paris.

Mettre fin aux passagers clandestins – intégrer les secteurs de l’aviation et du maritime international

La croissance des émissions de CO2 et non CO2 du transport maritime et aérien international est susceptible d’annihiler les efforts effectués par les États membres dans les autres secteurs économiques, et notamment au sein du secteur des transports. Ces évolutions représentent une menace pour les trajectoires fixées par un nouvel objectif climatique européen et celui de neutralité climatique.

L’inclusion de l’aviation et du maritime international dans le champ des secteurs couverts par la NDC est indispensable pour encourager des politiques de baisse drastique des émissions de ces secteurs.

Ces derniers ne devraient plus être considérés comme des paradis « climatiques », hors de toutes obligations de baisse des émissions.

Lettre des ONG pour un nouvel objectif climatique européen ambitieux et de qualité
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