Dernier jour des dialogues Race to Zero : le flou persiste sur les coalitions multi-acteurs

Les dialogues Race To Zero mettent en avant l’action climatique des acteurs non-étatiques et des coalitions depuis le 9 novembre. Or, le Réseau Action Climat a publié ce lundi un état des lieux sur les coalitions multi-acteurs, présentant des risques notables sur le manque de transparence et d’évaluation de ces dernières.

Aujourd’hui se terminent les dialogues de la campagne Race to Zero, orchestrés par le Marrakech Partnership for Global Climate Action (MPGCA), le successeur de l’Agenda de l’Action auprès de la Convention Cadre des Nations Unis sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Le MPGCA est un espace permettant la discussion et la valorisation de l’engagement des acteurs non-étatiques (souvent avec des acteurs étatiques en bailleurs ou membres) pour le climat. Ces coopérations multi-acteurs prennent souvent la forme de coalitions, permettant théoriquement de réunir tous les acteurs d’un problème ou bien d’une solution, afin de pouvoir y faire face ensemble en décidant sur des mesures d’actions communes. En cette année 2020 difficile pour l’agenda international du climat, les acteurs non-étatiques et les coalitions multi-acteurs ont été fortement valorisés pour leurs engagements, notamment à travers cette campagne.

Or, sans vouloir jouer les trouble-fêtes, le Réseau Action Climat a publié ce lundi un état des lieux sur les coalitions multi-acteurs, présentant des risques notables sur le manque de transparence et d’évaluation de ces dernières. Par cet article, nous souhaitons rappeler que même si l’action tous les acteurs de la société est cruciale pour la transition écologique, aucune structure, pas même une coalition multi-acteurs, ne peut remplacer l’action des Etats.

Les coalitions multi-acteurs : des outils de mise en oeuvre qui manquent de transparence et de suivi

A travers notre état des lieux, nous avons tout d’abord constaté une représentation déséquilibrée des acteurs engagés au sein des coalitions : Sur les 107 coalitions sectorielles étudiées (Agriculture, Terres & Forêts et Énergie), les États sont présents dans 54 % des coalitions et les entreprises dans 50 %, alors que les ONG le sont dans seulement 33 %.  De plus, comme le démontre les deux graphiques ci-dessous, les coalitions manquent encore clairement de transparence et d’évaluation de leurs impacts. Sur la base de données générale des 321 coalitions de cet état des lieux, 46 % des coalitions ont une gouvernance insuffisante, 19 % n’en mentionnent aucune. 68 % ne donnent aucune information sur leur potentiel système de suivi ou d’évaluation.

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Suite à ces résultats en demi-teinte, quels risques autour des coalitions multi-acteurs?

Suite aux résultats, le Réseau Action Climate a identifié plusieurs risques concernant les coalitions multi-acteurs :

  • Un risque de substitution aux États et à leurs obligations en matière de climat
  • Un risque de greenwashing, avec des acteurs membres qui utilisent la coalition en tant que simple outil de communication, sans conduire à la mise en oeuvre des engagements pris dans ce cadre.
  • Leur réel impact étant rarement calculé ou accessible, les actions des coalitions se révèlent parfois contradictoires avec l’accord de Paris. Certaines encouragent des secteurs comme ceux des énergies fossiles, de l’agriculture intelligente face au climat, qui ne contribuent ni à la protection de l’environnement, ni à celle des droits humains.

Il est dommage de constater que ces questions de transparence et de redevabilité ont été très peu abordées pendant les dialogues du MPGCA, comme à son habitude depuis sa création en 2016. Dans notre état des lieux, nous exposons pourtant plusieurs pistes de solutions que les Etats et la CCNUCC pourraient envisager. Par exemple, les États (comme la France en particulier, qui est très active dans les coalitions) sont des bailleurs clés des coalitions et devraient exiger plus de suivi et d’évaluation, tout comme l’inscription au cadre de suivi onusien, le Global Climate Action Portal. Ce dernier est pour l’instant fondé sur le volontariat des coalitions multi-acteurs qui peuvent fournir, ou non, ou à moitié, des informations sur leurs engagements, fonctionnements et impacts. Or, afin de permettre à la CCNUCC être l’espace permettant le suivi et l’évaluation de l’impact de l’action climatique, ce portail doit être un passage obligatoire pour une coalition afin qu’elle puisse être prise en compte dans le cadre des espaces onusiens, avec des critères d’entrée et d’exclusion. Une coalition soutenant directement ou indirectement les énergies fossiles, mais aussi le nucléaire, ou encore une coalition entraînant la violation des droits humains, ne devrait pas pouvoir utiliser les espaces onusiens comme tribune de communication.

Petit aparté sur l’engagement de l’Etat français au sein de ces coalitions

La France n’est pas uniquement engagée au sein de coalitions, mais a même créé son propre espace multi-acteurs, le One Planet Summit (OPS), dont le prochain sommet est prévu pour le 11 Janvier 2021. Elle est également un des rares pays à suivre de près l’évolution et les discussions au sein du MPGCA. Selon le Réseau Action Climat, la France devrait utiliser ces différents espaces et opportunités pour encourager un système robuste d’évaluation au sein de la CCNUCC et de l’OPS. Concernant son engagement dans plusieurs coalitions multi-acteurs, elle devrait se concentrer sur les coalitions transparentes et transformatrices, et se désengager des autres, en plus de pousser pour que ces coalitions mettent en place un réel système d’évaluation et une gouvernance transparente.

Plus de détails ? A lire sur notre état des lieux ci-dessous.

Etat des lieux sur les coalitions multi-acteurs
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