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Préparation de la COP Climat à Bonn – De l’intégrité de la science à l’action climatique

Des avancées ont été enregistrées à Bonn sur la transition juste, mais les blocages persistent sur le financement, l'adaptation et la décarbonation. Les négociations ont été marquées par des attaques coordonnées contre la science. Dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, il est pourtant essentiel de renforcer la coopération.

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Attaques contre la science

Bonn a été le témoin d’attaques répétées contre la science et la remise en cause de son rôle central dans l’action climatique. Ces attaques sont observées depuis plusieurs années, toutefois à Bonn elles sont matérialisées dans plusieurs salles de négociations, de manière extrêmement coordonnée et stratégique. Certaines critiques ont été formulées à l’encontre du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC), notamment concernant son degré d’inclusivité à l’égard des sciences du Sud global, des Peuples Autochtones, ou encore la manière dont les enjeux d’équité y sont pris en compte. D’autres interrogations portent sur la coordination entre le prochain Bilan mondial sous la Convention Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), prévu pour 2028, et le calendrier du prochain rapport du GIEC (AR7).

Il ne fait pourtant aucun doute que les décideurs et décideuses doivent s’appuyer sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles, afin de prendre des décisions éclairées pour protéger les populations et notre planète. Qu’ils proviennent d’intérêts industriels ou de certains États, les tentatives visant à affaiblir, retarder ou discréditer la science climatique doivent cesser. 

Plus largement, en 2026, rares sont les États qui peuvent réellement affirmer être en phase avec les recommandations scientifiques. Presque aucun pays n’a aujourd’hui une stratégie nationale pleinement compatible avec la trajectoire de limitation du réchauffement à 1,5 °C. Les pays industrialisés ne veulent pas faire face à leur dette climatique et soutenir la transition dans les pays du Sud. La science restera lettre morte si nous n’agissons pas sur ce qu’elle nous dit.

La finance, condition essentielle de la justice climatique

La question du financement constitue aujourd’hui l’un des principaux points de blocage des négociations climatiques internationales. Dans un contexte de crises géopolitiques, de tensions économiques et de baisse de l’aide publique au développement, les pays en développement rappellent qu’ils ne peuvent engager pleinement leur transition et leur adaptation sans un soutien financier accru et prévisible de la part des pays développés. Ils demandent notamment une mise en œuvre effective des engagements liés à l’article 9 de l’Accord de Paris, ainsi qu’un renforcement des discussions sur les mécanismes de financement climatique.

À Bonn, les discussions relatives au nouveau programme de travail sur le financement climatique (CFWP), ainsi que les dialogues de Vereda sur l’article 2.1(c), qui concerne l’ensemble des flux financier n’ont pas été particulièrement productives et n’ont pas été structurées de manière à permettre de réels progrès. Des divergences importantes sont apparues sur l’avenir du CFWP. Les pays développés estiment que celui-ci a déjà été lancé et se disent prêts à entrer dans des discussions de fond. À l’inverse, les pays en développement demandent qu’une décision formelle sur son champ d’application et ses modalités soit prise à la COP31 avant tout démarrage effectif.

Cette divergence de position pourrait constituer un enjeu majeur de la COP31 à Antalya et entraîner un risque de blocage procédural sur l’adoption de l’ordre du jour. La présidence de la CP30, le Brésil, a publié une lettre durant la deuxième semaine de négociation pour demander une discussion sur la finance à Antalya, vu le manque de résultats. 

La France a un rôle important à jouer dans ce contexte, alors que l’absence d’accord sur l’ampleur et les modalités des financements, notamment pour la période post-2025 et donc la pleine mise en oeuvre de l’objectif financier collectif décidé lors de la COP29 (NCQG), continue de freiner les avancées et pourrait s’imposer comme un enjeu central des prochaines COP. À ce stade, la France n’a toujours pas annoncé sa contribution à la finance climat, pourtant attendue depuis fin 2024. Il apparaît désormais essentiel qu’elle soit en mesure de présenter son enveloppe financière lors de la COP31 à Antalya en novembre, afin de préserver sa crédibilité diplomatique et de répondre aux impératifs de justice climatique.

L’adaptation reste le point de tension maximale

Les négociations sur l’objectif global d’adaptation (GGA) se sont soldées par une impasse, après que les pays développés, y compris plusieurs gouvernements européens, ont refusé d’inclure un objectif de triplement des financements pour l’adaptation d’ici 2035, pourtant convenu à la COP30. Ils ont insisté pour que le texte se concentre uniquement sur des travaux techniques visant à mesurer les progrès en matière de résilience face aux impacts climatiques. Cette position constitue une ligne rouge pour de nombreux pays vulnérables, en particulier le groupe africain

L’Union européenne semble ne pas s’être pleinement préparée à cette négociation et a adopté une approche très technocratique, éloignée des réalités concrètes des impacts du changement climatique et des populations les plus vulnérables. Les discussions ont largement été centrées sur les aspects techniques, au détriment des enjeux essentiels de mise en œuvre de l’adaptation. Dans ce contexte, la COP31 constitue un test important pour la capacité de l’Union européenne à rééquilibrer sa position et à répondre de manière plus concrète aux enjeux d’adaptation en affichant un clair soutien à l’objectif financier d’adaptation qui doit être d’au moins 120 milliards d’ici à 2035, ne représentant qu’un tiers des besoins estimés de financement d’ici à cette date. Enfin, le triplement adopté à la COP30 ne doit pas être considéré comme un objectif final, il s’agit d’un strict minimum.

La multitude des feuilles de route, avec une avancée côté énergie

Les négociations de la dernière COP à Belem étaient si tendues que sa présidence a suivi la stratégie de lancer plusieurs initiatives hors des négociations : les plus connues sont ses feuilles de route pour lutter contre la déforestation et celle pour la sortie des énergies fossiles, une promesse faite par tous les États en 2023.

Sachant que la présidence brésilienne s’arrête dès le début de la COP31 en novembre prochain, il était impératif à Bonn qu’elle donne sa vision et des précisions sur le fonctionnement et les résultats attendus de ces feuilles de route.

Celle concernant la forêt n’a fait que piétiner : les promesses financières restent trop basses, le lien avec les Peuples Autochtones trop flou. Le Brésil va devoir trouver plus de soutien politique afin que cette feuille de route survive dans les prochains mois. 

Concernant celle sur la sortie des énergies fossiles, deux éléments intéressants sont à noter :

  • Tout d’abord, la présidence a fait référence à la conférence qui a été organisée sur le sujet à Santa Marta en avril dernier. Des pays sont clairement motivés à avancer sur ce sujet, et donc les engagements pris lors de cette conférence devraient à un moment converger et retrouver leur place dans les négociations. Le chemin n’a cependant pas été clarifié.
  • Ensuite, la présidence Turque permet d’animer cette thématique puisqu’elle ajoute un aspect dans ces priorités politiques, celle de l’électrification. Elle soutient un objectif de part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie à 35 % d’ici 2035, contre environ 20 % aujourd’hui. Même si cela reste des annonces au sein de l’Agenda de l’Action, un espace dédié à la mobilisation des acteurs non-étatiques, notamment les entreprises, cela ravive la discussion et ajoute une traction politique portée par la présidence Turque.

Il sera impératif de veiller à ce que cette démarche ne repose pas sur la production d’électricité à partir d’énergies fossiles, qu’il ne s’agisse pas de l’ajout de nouvelles sources d’énergie, mais bien d’une logique de substitution. Il est également essentiel de garantir que les flux financiers permettent aux pays, notamment les plus vulnérables, d’accéder effectivement à ce type d’énergie.

Un texte sur la transition juste qui pâtit des mauvais résultats dans les autres salles

Une des grandes victoires de la COP30 à Belem était un texte sur la transition juste, mandatant la CCNUCC de créer un nouveau mécanisme pour mieux coopérer entre États sur le sujet. En effet, chaque citoyen et citoyenne du monde a le droit à une transition fondée sur les droits, respectant leur dignité et leurs écosystèmes. Si ce mécanisme a été applaudi à Belém, il est temps maintenant de décider de son fonctionnement et de ses paramètres. Et à Bonn, les États ont clairement démontré qu’ils n’étaient pas d’accord, plusieurs pays développés continuent de ralentir son aboutissement, ne voulant pas se retrouver dans une nouvelle discussion où ils devront faire face à leur responsabilité historique dans la crise climatique. 

Heureusement lors des deux derniers jours de négociations, le texte a pu être clarifié et devrait constituer une base pour la décision à prendre à la COP31. Les trois prochains mois seront déterminants pour savoir si les gouvernements parviennent à construire un mécanisme qui soutient réellement les travailleurs, les communautés et les pays dans la transition, ou s’ils se contentent d’un espace de dialogue supplémentaire.

Un signal timide sur la nécessité de parler de la réforme des COP

La CCNUCC et l’Accord de Paris entrent dans une phase difficile : non seulement il s’agit d’apporter des résultats concrets sur les engagements pris, mais en plus dans un contexte géopolitique difficile, au milieu des guerres, génocides et violations multiples du droit international.

Cependant c’est un espace qu’il faut défendre, et surtout adapter. Les négociations climatiques nécessitent d’être plus efficaces, concrètes et transparentes. Depuis quelques années, la société civile porte plusieurs demandes, mais cette année elle n’était pas la seule. Notamment à cause de plusieurs facteurs : les négociations des deux dernières COP ont été très difficiles et décevantes, avec de multiples espaces créés qui pour le moment ne donnent pas de résultats. De plus en plus de délégations ont eu des problèmes d’accès à cause des refus de visas, en particulier du continent africain. Et puis les coûts commencent à être de plus en plus difficile à couvrir pour se rendre aux négociations, notamment avec la crise énergétique en cours. De fait, plusieurs pays ont demandé lors des négociations d’organiser des discussions pour réformer cet espace, et la future présidence australienne a saisi la balle au bond en proposant d’organiser des consultations lors de la COP31.

Les tensions géopolitiques sont si exacerbées qu’on ne peut se permettre d’avoir des espaces multilatéraux dysfonctionnels : il faut les défendre et les adapter au contexte, dans ce cas pour permettre à la lutte pour la justice climatique de continuer.

Conclusion

Dans un contexte où les populations mondiales font face à des impacts climatiques de plus en plus sévères et à une forte hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation liée au conflit dans le Golfe, les négociations de Bonn n’ont pas reflété de réel sentiment d’urgence.

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