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PPE3 : Rompre avec la tendance pour briser la dépendance

Avec presque 3 années de retard, le gouvernement de Sébastien Lecornu vient de publier la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE), la feuille de route de la planification énergétique pour les 10 prochaines années. Décryptage.

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Après tant d’attente, la trajectoire consiste en un nouveau léger ralentissement des rythmes d’installation des énergies renouvelables. Le gouvernement est désormais au défi d’atteindre réellement ses objectifs, ce qui n’est pas crédible sans une sérieuse rupture avec la dynamique actuelle.

La feuille de route affiche un objectif ambitieux : réduire a part du pétrole et du gaz fossile dans l’énergie consommée en France de 60% en 2023 à 40% en 2030. Cette ambition pourrait nous mettre sur la route du respect de l’objectif européen de 44% de l’énergie d’origine renouvelable. Mais atteindre cet objectif en 4 ans exige une rupture majeure avec la trajectoire des dernières années. Pour avoir la moindre chance d’être atteinte, cette cible devra s’accompagner de mesures claires pour la réduction de la consommation d’énergie et le développement des énergies renouvelables.

Comme le Réseau Action Climat l’a montré dans son rapport “La souveraineté énergétique à l’épreuve des faits”, un projet concret au service de la souveraineté énergétique devrait s’appuyer sur la réduction de nos consommations d’énergie et sur le remplacement rapide des énergies fossiles par un mix équilibré d’énergies renouvelables. Or, non seulement le gouvernement ne fixe pas d’ambition sérieuse pour réduire notre consommation d’énergie, mais il ne permet pas non plus de développer un mix équilibré d’énergies renouvelables.

La PPE3 publiée aujourd’hui affiche un objectif global qui semble ambitieux, mais les moyens pour améliorer notre souveraineté ne sont pas au niveau.

Le grand absent de la présentation de cette PPE est l’objectif de réduction de la consommation totale d’énergie, pourtant essentiel au vu de la loi française et européenne. Si le document complet, dont nous produirons une analyse détaillée, en fait mention, c’est pour réduire l’ambition par rapport à la version précédemment mise en consultation. Ainsi, aucune mesure pour modérer l’aviation, pour encadrer les nouveaux usages de l’énergie (data center, SAF, etc) ou pour isoler les logements n’est évoquée dans le dossier de présentation. Rappelons s’il le faut que la France ne dispose ni de pétrole, ni de gaz, ni d’uranium dans son sol, et de gisements limités de matières critiques de la transition. Le gouvernement doit cesser d’ignorer que réduire nos consommations est un levier de bien-être et de souveraineté.

Par ailleurs, le rythme de déploiement du photovoltaïque sera divisé par 2 par rapport à 2025, de même que l’objectif d’installation d’éolien terrestre, déjà très faible et pas atteint. En prétendant “prioriser le remplacement des turbines existantes” alors que le cadre français reste très restrictif, et sans aucune nouvelle mesure pour l’éolien, le gouvernement affiche clairement qu’il abandonne cette filière européenne. Même l’éolien en mer, filière française, voit ses objectifs repoussés. Alors que l’éolien est une composante essentielle d’un mix équilibré de production d’énergie locale et renouvelable, le gouvernement préfère le laisser de côté.

Enfin, il semble que le remplacement des fossiles par de l’électricité devra se faire sans moyens supplémentaires. Le gouvernement a  annoncé un plan d’électrification censé accélérer le rythme du remplacement des véhicules thermiques, du chauffage au fioul et au gaz, et la conversion de procédés industriels à l’électricité. Cependant, ce plan, qui intervient après l’adoption d’un budget réduisant une énième fois le soutien public à la transition énergétique, ne semble pas aller de pair avec un vrai dispositif financier à la hauteur des objectifs (baisse des budgets Ma Prime Rénov’, Fonds Vélo, Fonds Vert, enveloppe électrification des véhicules, etc).

Dans l’ensemble, alors qu’un projet de souveraineté pour la France devrait s’appuyer sur la réduction des consommations et le remplacement des fossiles par des énergies renouvelables locales, le gouvernement promeut plutôt une accumulation des consommations d’énergie, de biens et de matière, avec un développement ralenti et déséquilibré des énergies renouvelables, et un plan de sortie des fossiles sans moyens et pour l’instant purement incantatoire. Le compte est loin d’y être.

Le Réseau Action Climat appelle le gouvernement à dépasser les objectifs de la PPE avec des mesures concrètes efficaces et bien financées. En particulier, les priorités sont la territorialisation des objectifs et la clarification des moyens permettant d’atteindre ces objectifs.

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