Pour l’arrêt des extensions d’aéroports en France

Alors que la contestation émanant de la société civile sur les projets d’extensions d’aéroports se renforce en France et en Europe, le Réseau Action Climat rappelle que la croissance du trafic aérien n’est pas compatible avec le respect des engagements climatiques de la France.

Les ONG appellent le Gouvernement à stopper l’ensemble des projets d’infrastructures aéroportuaires engagés ou à l’étude sur le territoire national, dans la mesure où ceux-ci seraient susceptibles d’engendrer une augmentation des capacités d’accueil des aéroports, du trafic aérien, et donc des émissions de gaz à effet de serre.

Le respect de l’Accord de Paris implique que tous les acteurs s’alignent sur une même trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre : or le secteur aérien échappe à ses responsabilités. Comme l’a ainsi énoncé le Haut Conseil pour le Climat dans un rapport présenté au Gouvernement, l’objectif de neutralité carbone inscrit dans le Droit français par la Loi Energie/Climat du 8 novembre 2019 ne couvre pas l’entière responsabilité de la France puisque « les émissions liées aux transports aériens internationaux (…) ne sont pas incluses»* . La récente loi sur l’énergie et le climat prévoit un budget carbone spécifique au transport international à partir de 2023, mais seulement à titre indicatif.

En parallèle, l’État a donné son accord ou envisage d’approuver des projets d’extension d’aéroports colossaux :  le projet de Terminal 4 de Roissy pourrait notamment générer une hausse de trafic aérien de 38% d’ici 2037, selon les propres chiffres d’ADP**. A Nice, l’augmentation du nombre de passagers liée à l’extension du Terminal 2 est de plus de 50% à l’horizon 2030. L’augmentation corrolaire du nombre de vols est estimée à 22 000 par an selon les associations requérantes contre le projet***. Globalement, les émissions de gaz à effet de serre du secteur aérien ont doublé depuis 1990 en Europe, et sont susceptibles de tripler d’ici à 2050 sans action politique d’envergure****. 

Autre artifice comptable : la sous-estimation de l’augmentation du nombre de vols, des émissions de gaz à effet de serre, et des impacts sur la santé et l’environnement induits par ces projets. Les insuffisances des études d’impact environnemental n’ont pas ainsi manqué d’être relevés par l’Autorité environnementale, notamment dans les cas du projet d’extension du Terminal 2 à Nice.

Un bon en avant technologique est-il en mesure de permettre une croissance « neutre en carbone » du secteur ? : l’aviation étant le secteur des transports dont les perspectives de transition énergétique sont les plus difficiles et incertaines, ces projets d’extension engendrent inéluctablement l’augmentation de la consommation d’énergies fossiles. Les carburants dits « avancés » ne seront ainsi disponibles qu’à hauteur de quelques pourcents de la consommation énergétique actuelle du secteur d’ici une dizaine d’années, selon les scénarios institutionnels*****. Les pourcentages les plus optimistes d’amélioration de l’efficacité énergétique des avions prévus par l’OACI sont également bien inférieurs aux prévisions d’augmentation du trafic aérien******. Enfin, les mécanismes de compensation carbone mis en place par certaines compagnies et envisagés par la réglementation internationale ne permettent pas non plus de garantir une réelle réduction des émissions*******.

Il revient donc à l’Etat, autorité administrative compétente pour autoriser les constructions et installations réalisés pour son compte ou et pour celles qui relèvent des opérations d’intérêt national, de renoncer à l’autorisation de tels projets, en concertation avec les collectivités locales et les acteurs de la société civile. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement de stopper dès aujourd’hui les projets d’extension d’aéroport et d’orienter véritablement le secteur sur la trajectoire de neutralité carbone fixée par la France.

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