Pertes et dommages : l’heure de vérité pour la solidarité

Sécheresses en Afrique de l’Est, fortes inondations en Inde et en Europe, cyclones de plus en plus violents aux Philippines et aux Etats-Unis : non ce n’est pas un scénario de film catastrophe mais l’aperçu d’une année 2018 marquée par des impacts du changement climatique de plus en plus visibles et dévastateurs !

Nardi (40), lost his mother-in-law due to Earthquake and liquefaction, Petobo Village, Palu, Central Sulawesi.
Palu, Central Sulawesi, Indonesia. .October 13th 2018
Nardi (40), lost his mother-in-law due to Earthquake and liquefaction, Petobo Village, Palu, Central Sulawesi. Palu, Central Sulawesi, Indonesia. .October 13th 2018

Ces pertes et dommages font malheureusement désormais partie de la triste réalité, au Nord comme au Sud. Cela veut dire que même si les Etats mettent sur pied des initiatives ambitieuses pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au changement climatique, notamment à travers l’agriculture, certains impacts sont inévitables et souvent irréversibles.

Les pertes et dommages peuvent être de nature économique (perte de revenus causée par la destruction des récoltes ou la salinisation de terres par l’eau de mer qui rend les terres non cultivables) et non économique (disparition de territoires en raison de l’élévation du niveau des mers, déplacements migratoires forcés, perte de vies humaines). Ils peuvent être la conséquence de phénomènes météorologiques extrêmes tels que des ouragans violents dont le nombre annuel a augmenté de 75% depuis 30 ans, ou de phénomènes à occurrence lente comme la montée du niveau des mers. Sans surprise, les populations les plus vulnérables des pays en développement, pourtant les moins responsables du changement climatique, sont les plus durement touchées et ont le moins de moyens pour faire face à ces impacts.

La Pologne et les pertes et dommages : des retrouvailles au goût amer

Cette année, à la COP24, est célébré le 5ème anniversaire du Mécanisme international de Varsovie relatif aux pertes et dommages (« WIM » pour les intimes), qui avait vu le jour lors de la précédente COP sous présidence polonaise. A l’époque, de nombreux pays en développement, et en particulier les petits Etats insulaires, avaient quitté la Pologne avec le sentiment d’avoir été entendus et l’espoir que les pays les plus riches et les plus émetteurs allaient enfin apporter des réponses à la hauteur de cet enjeu qui, pour de nombreux pays, est purement et simplement une question de survie.

Or, force est de constater, que le WIM est loin d’avoir rempli son contrat. En plus d’affiner la définition des pertes et dommages et d’améliorer la coordination des acteurs qui y répondent, le WIM est aussi supposé identifier les moyens techniques et financiers pour soutenir les pays les plus touchés. Et c’est justement ce dernier point qui cristallise les tensions entre pays riches et pays en développement. Si les pertes et dommages ont été consacrés comme troisième pilier de l’action climatique, les pays développés ont fait en sorte que l’article 8, négocié in extremis dans l’accord de Paris, ne puisse pas être utilisé pour pointer du doigt les responsables ou demander une indemnisation. Autrement dit, les pays développés n’ont pas voulu signer de chèque en blanc pour réparer les dommages que leurs modes de production et consommation causent. Et en dehors du -court- dialogue d’experts de Suva organisé en mai 2018 à Bonn en Allemagne, aucun travail de fond n’a été initié sur comment trouver des sources innovantes de financements, ayant le potentiel de soulever des fonds considérables pour les pertes et dommages.

Comment raviver la flamme à la COP24 ?

En 2019, le WIM sera passé au crible : quels sont les dossiers sur lesquels il a pu avancer ou a contraire n’a fait aucun progrès ? La COP24 doit d’ores et déjà envoyer un signal très clair et porté au plus haut niveau : le processus de revue doit garantir que le WIM honore ses engagements en matière de soutien aux pays les plus vulnérables. Il devra répondre aux questions suivantes : Quels sont les besoins de ces pays ? Quels sont les moyens déjà disponibles ? Où trouver des financements additionnels et conséquents comme l’a récemment appelé de ses vœux le Parlement européen ?

Jusqu’à maintenant, les assurances sont la réponse par défaut aux pertes et dommages. Pertinents pour les risques extrêmes et peu fréquents, ces mécanismes de marché le sont beaucoup moins pour les phénomènes à occurrence lente, comme la montée du niveau des océans. De plus, à l’heure actuelle, ce sont les pays ou communautés affectés qui paient les primes d’assurances, renforçant un peu plus l’injustice climatique. Pour les ONG, il faut sortir des sentiers battus et avoir recours à des solutions basées sur la solidarité et le principe de pollueur-payeur. Et de ce côté-là, on ne manque pas d’idées : taxe sur les transactions financières, sur les transports maritimes et aéronautiques et/ou l’extraction des énergies fossiles…

La COP24 a aussi pour mandat de finaliser le manuel d’application de l’accord de Paris, dont les contours du bilan mondial qui, tous les 5 ans à partir de 2023, fera le point sur l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris. Inclure les pertes et dommages comme un chantier à part entière dans ce bilan est nécessaire pour avoir une photographie la plus précise possible des progrès et lacunes à combler. Chers Etats, ne laissez pas les pertes et dommages dans un coin !

Article rédigé par Fanny Petitbon, de Care France

Plus d'actualités