Ne pas agir à n’importe quel prix

L'urgence climatique impose une action rapide de tous les acteurs (gouvernements, entreprises, collectivités, citoyens...). Mais pas à n'importe quel prix.

Au moment de la COP21 qui s’est tenue à Paris, la présidence française – en collaboration avec les Nations Unies et le Pérou (président de la COP20) – a tenu à mettre en avant les actions prises par les Etats mais aussi les acteurs infra-étatiques (entreprises, investisseurs, associations, collectivités territoriales) pour lutter contre les dérèglements climatiques. L’idée était de montrer qu’à côté des négociations internationales sur le climat qui s’inscrivaient sur un temps long, se développaient aussi de nombreuses initiatives pour enclencher la transition écologique pour un monde plus résilient.

Dans les décisions prises par les Etats à la COP21 figurait ainsi la reconnaissance du rôle joué par les différents acteurs pour accélérer la transition de nos sociétés. De là est né l’Agenda dit des solutions (ou Agenda de l’action) qui regroupait alors environ 70 initiatives dans différents secteurs. Ces initiatives devaient avoir pour point commun d’être particulièrement « transformationnelles » pour nourrir la transition. Malheureusement, aucun critère clair et crédible n’a été établi pour choisir ces initiatives, laissant ainsi la place à de fausses solutions contre lesquelles la société civile française s’est mobilisée[1]. Des demandes d’encadrement ont été formulées à de nombreuses reprises mais sans succès[2].

Conformément aux textes adoptés, la promotion des actions menées par l’ensemble des acteurs qui luttent contre les dérèglements climatiques doit être menée par le pays président de la COP et par le pays sortant qui nomme chacun un.e Champion.ne du Climat. La France a donc mené cet Agenda en collaboration avec le Maroc (président de la COP22) puis le Maroc a lui-même supporté cet Agenda avec les Fidji (président de la COP23). Mais puisque non-cadré, chaque Etat peut avoir sa conception de l’Agenda des solutions. Ainsi, alors que la France faisait la promotion d’environ 70 initiatives, le Maroc puis les Fidji ont, eux, étendu cet Agenda à l’ensemble des initiatives déclarées en ligne (sur une plateforme dénommée NAZCA). Ce sont désormais 13 000 initiatives qui sont mises sur le devant de la scène des Nations Unies sans qu’aucun processus de sélection n’ait été établi ! Nous ne savons pas non plus si ces 13 000 initiatives sont dans l’obligation de prouver leur caractère transformationnel à travers un reporting qu’il serait possible de vérifier.

Aujourd’hui, et alors même que 355 organisations à travers le monde se sont opposées à cette initiative[3], l’Alliance globale pour une agriculture intelligente face au climat (GACSA en anglais) est à l’Agenda quand bien même ses principaux membres appartiennent au secteur très polluant de l’agro-industrie[4].

Alors agir oui, mais pas à n’importe quel prix

Des vraies solutions sont mises en œuvre chaque jour pour une transition juste socialement et respectueuse de nos ressources naturelles : ce sont celles-là qui doivent figurer à l’Agenda. Et pour cela, un encadrement est indispensable faute de quoi le greenwashing et les fausses solutions continueront de fleurir dans l’enceinte des Nations Unies.

Article rédigé par Anne-Laure Sablé, Chargée de Plaidoyer Souveraineté alimentaire et Climat au CCFD – Terre Solidaire

Notes

[1] https://france.attac.org/IMG/pdf/lettre_de_la_socie_te_civile_-_lpaa_-_france_-_0911215_-_publication.pdf
[2] http://unfccc.int/files/parties_observers/submissions_from_observers/application/pdf/638.pdf

http://unfccc.int/files/na/application/pdf/ccfd.pdf
[3] http://www.climatesmartagconcerns.info/open-letter.html
[4] http://www.actioncontrelafaim.org/sites/default/files/articles/fichier/leaflet_climate_smart_agriculturev1ex.pdf

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