L’Europe du climat : le temps de l’ambition ?

5 ans après l’Accord de Paris, l’Europe est hors des clous sur le climat. Ses politiques et objectifs nous enfermeraient dans une trajectoire de réchauffement planétaire de +3/+4°C. Le Sommet européen des 10 et 11 décembre est la dernière chance pour les dirigeants européens de définir une nouvelle ambition climatique pour l'Europe.

Un Sommet européen clef pour le climat

5 ans après l’Accord de Paris, l’Europe est hors des clous sur le climat. Ses politiques et objectifs nous enfermeraient dans une trajectoire de réchauffement planétaire de +3/+4°C. Le Sommet européen des 10 et 11 décembre est la dernière chance pour les Chefs d’État et de gouvernement européens de définir une nouvelle ambition climatique en Europe pour les 10 prochaines années et ainsi respecter la date butoir de 2020 pour soumettre une nouvelle contribution à l’Accord de Paris. 

La proposition de la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de fixer un objectif de baisse des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030, est une marche indispensable dans la direction de l’Accord de Paris. Cet objectif semble créer une convergence en Europe. Il est notamment soutenu par la France et l’Allemagne. 

Quelle ambition climatique pour limiter la température globale à 1,5°C ?

Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, le monde devrait baisser ses émissions de 7,6 % par an entre 2020 et 2030, soit, ramené au périmètre européen, une baisse de 65 % sur la période.

Source : Programme des Nations Unies pour l’Environnement

Dynamique internationale retrouvée : l’Europe ne doit pas rester sur la touche

Le Sommet s’inscrit au moment où, cinq ans après la signature de l’Accord de Paris, les pays signataires sont tenus de fournir des nouveaux engagements d’ici la fin de l’année 2020. 

La dynamique internationale sur le climat est relancée par le retour annoncé des Etats-Unis dans l’Accord de Paris au début de l’année 2021, ainsi que par les engagements de la Chine d’atteindre la neutralité climatique en 2060. 

Le Royaume-Uni a, quant à lui, annoncé la semaine dernière qu’il s’engageait à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 68 % d’ici à 2030, une façon de montrer l’exemple de la part du futur hôte de la COP26 (qui se tiendra en novembre 2021), mais aussi d’accroitre la pression sur l’Union européenne. 

Dans ce contexte international, l’Union européenne risque de rester sur la touche si elle n’est pas en capacités d’annoncer une nouvelle ambition climatique pour 2030 lors de l’anniversaire de l’Accord de Paris le 12 décembre 2020. 

Le climat, une opportunité pour les Européens

Le plan de relance européen – 750 milliards d’euros – est une opportunité unique d’aligner les investissements à une ambition climatique plus élevée. Bien orienté, ce plan pourrait amorcer la transition écologique dans tous les secteurs. Pour cela au moins 40 % devra être fléché pour le climat et l’environnement et aucun projet néfaste ne doit être financé avec les 60 % restants. Néanmoins, pour atteindre l’objectif de 55 %, il faudra pérenniser les investissements dans la transition écologique au-delà des deux ans de la relance européenne. 

Le paquet financier européen 2 200 milliards d’euros pourra soutenir les pays les plus dépendants du charbon comme la Pologne à en sortir. 

2 millions
d’emplois pourraient être créés d’ici à 2024 en Europe grâce à la relance verte.

Baisser les émissions de gaz à effet de 55 % aura de nombreux bénéfices pour la société. La Commission européenne estime que la pollution de l’air devrait diminuer de 60 % en 2030 par rapport à 2015. L’Europe baisserait également ses importations énergétiques de 133 milliards d’euros d’ici à 2030 (gaz, pétrole, charbon), réduisant d’autant sa dépendance vis-à-vis de puissances comme la Russie, la Turquie ou l’Arabie-Saoudite.  

Etats des lieux des négociations ?

Si une convergence semble possible autour de l’objectif d’au moins 55 % de baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, des points des négociations restent à trancher afin de rassembler l’ensemble des Etats autour de cette ambition. 

Quelle juste part de l’effort pour les pays ?

Une réhausse de l’ambition européenne doit nécessairement se traduire par une réhausse de l’ambition des différents Etats-membres. Or, la France souhaite qu’une majeure partie de cette ambition passe par le renforcement du marché carbone européen, c’est-à-dire par la décarbonation de l’industrie et de l’électricité. Ayant un mix électrique peu émetteur de CO2 et une industrie assez faible, cela reviendrait à repousser l’effort sur d’autres pays comme l’Allemagne ou la Pologne en raison de leur dépendance au charbon et leur forte industrie.

La France devrait au contraire prendre sa part à l’effort dans un souci d’exemplarité et de leadership. Comme en 2014, elle devrait se doter du même objectif que l’objectif européen, soit au moins 55 % de baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. L’association négaWatt a montré que cet objectif était atteignable en France. Cela implique que l’ensemble des mesures de la Convention Citoyenne pour le Climat soit mise en œuvre. Elles ne peuvent être qu’un plancher de l’action de la France sur le climat. 

Les forêts et les sols doivent-ils faire le travail de décarbonation de l’Europe ?

La Commission européenne et un certain nombre d’États européens comptent notamment sur l’absorption du CO2 par les forêts et les sols pour atteindre nos objectifs climatiques. Cela reviendrait à ne pas avoir une vraie ambition de baisser les émissions de 55 % dans les différents secteurs d’activités, mais plutôt de 50-52 % de baisse réelle selon la Commission.

Prendre en compte la capacité d’absorption de notre écosystème dans l’objectif climatique européen revient à ne pas faire les efforts nécessaires dans les différents secteurs. C’est pourquoi, il est essentiel que l’objectif climatique européen d’au moins 55 % de baisse des émissions soit un objectif de baisse réelle et ne prenne pas en compte l’absorption.

Le retour du débat sur nucléaire en Europe ? une distraction contre-productive

La France, la Tchéquie et la Bulgarie souhaitent que le nucléaire soit mentionné comme une technologie de transition pour atteindre les objectifs climatiques européens. Or en poussant son agenda nucléaire en Europe, le Président de la République risque de semer la division au sein des pays ambitieux sur le climat. Cela ne ferait qu’entretenir un conflit contre-productif, mettant à risque un accord ambitieux sur le climat.  

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