Bluesky

La France suffoque, les politiques sont responsables. Déni climatique, jusqu’à quand ?

Alors que la France subit une nouvelle canicule extrêmement intense en ce mois de juin 2026, le Réseau Action Climat rappelle avec gravité que ces épisodes caniculaires ne sont pas des accidents météorologiques isolés et que la France n'est pas préparée à cause de l'inaction de nos décideurs.

Votre texte de paragraphe (27)

Alors que la France subit une nouvelle canicule extrêmement intense en ce mois de juin 2026, le Réseau Action Climat rappelle avec gravité que ces épisodes caniculaires ne sont pas des accidents météorologiques isolés. Ils constituent des manifestations directes du changement climatique, sur lesquels les scientifiques du GIEC et les associations environnementales tirent la sonnette d’alarme depuis des décennies. Ces chaleurs extrêmes, de plus en plus fréquentes et intenses, pèsent lourdement sur les populations, en particulier les plus vulnérables, et appellent une réponse politique à la hauteur des impacts déjà dramatiques, à la fois en termes d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

Des alertes ignorées, des millions de personnes exposées : des décennies perdues face à l’urgence

Malgré ces alertes répétées, les pouvoirs publics ont trop souvent minimisé la menace, reportant à plus tard les mesures structurelles nécessaires pour protéger les citoyens et les écosystèmes.

Ces canicules ne sont pas un futur hypothétique : elles sont notre réalité présente. En particulier, un logement sur deux surchauffe en cas de canicule, on étouffe dans les hôpitaux et les écoles, sans parler des métiers surexposés à la chaleur dans le bâtiment, l’agriculture ou encore la restauration. Dans ces conditions, des dizaines de millions de personnes ne peuvent pas choisir de se mettre au frais, elles subissent de plein fouet ces températures extrêmes chez elles, au travail, ou encore sur leurs trajets quotidiens.

Et elles vont se poursuivre, s’aggraver, et toucher des millions de personnes, avec des conséquences dramatiques sur la mortalité, la santé, l’agriculture, la biodiversité et l’économie. Le temps des reniements est révolu.

La France n’est pas prête à affronter ces canicules. Pourquoi ? Parce que les gouvernements successifs n’ont pas pris les mesures nécessaires pour adapter le pays aux effets du changement climatique (protéger les bâtiments publics des fortes chaleurs, accompagner les ménages vulnérables dans la rénovation performante de leur logement, réorienter l’agriculture, repenser l’aménagement du territoire, restaurer les écosystèmes…). Hasard du calendrier, le gouvernement présente son projet de loi qui reporte l’obligation de rénovation des passoires et bouilloires énergétiques en location, et la loi d’urgence agricole favorise les méga bassines.. Pire : ils ont entériné des reculs majeurs en matière d’adaptation au changement climatique et de transition écologique (en particulier d’atténuation).

  • L’enterrement des propositions de la Convention citoyenne pour le climat a marqué un tournant dans le renoncement à une politique climatique ambitieuse. Les mesures phares, portées par des citoyens, ont été vidées de leur substance ou purement abandonnées. De même, des stratégies nationales ont pris des retards importants suite à des blocages politiques et administratifs.
  • En juin 2025 : le Réseau Action Climat dénonce 43 reculs sur le climat et l’environnement initiés par le gouvernement et des parlementaires de la majorité présidentielle, de droite et d’extrême-droite.
  • Le Fonds Vert, qui vise à financer la transition écologique et l’adaptation au changement climatique des territoires, a été divisé par 3 au gré des coupes successives entre 2024 et 2026, passant de 2,4 milliards d’euros à 837 millions, limitant drastiquement les moyens alloués aux collectivités locales pour s’adapter.
  • L’affaiblissement des institutions qui font avancer la transition écologique et l’adaptation comme l’ADEME et l’Office Français de la Biodiversité qui sont dans le viseur du gouvernement et de la droite.

Cette situation est d’autant plus inacceptable que ce sont les populations les plus vulnérables – personnes âgées, affectées par des maladies chroniques,enfants et femmes enceintes, précaires, travailleurs en extérieur, classes modestes  – qui en paient le prix fort. Les décideurs politiques et économiques mais aussi les filières professionnelles qui refusent tout changement portent une lourde responsabilité.

L’adaptation : une nécessité, pas une option

Face aux retards pris et à la gravité de la situation, la France n’a plus le choix : elle doit s’adapter, et vite. Cela implique pour l’Etat et pour les collectivités de débloquer sans délai des moyens humains et financiers massifs pour le Plan National d’Adaptation au Changement Climatique récemment adopté :

  • Renforcer la protection des personnes : généraliser les îlots de fraîcheur, les refuges climatiques dans chaque ville, et les dispositifs de soutien aux personnes isolées ou fragiles.
  • Accélérer la rénovation énergétique des bâtiments, en ciblant en priorité les logements des ménages modestes et les structures publiques (écoles, hôpitaux, Ehpad). Rénover tous les logements bouilloires thermiques avant 2035. Ces rénovations devront intégrer des systèmes de rafraîchissement et, quand nécessaire, l’installation d’une climatisation. Pour les lieux essentiels comme les hôpitaux, la climatisation doit se faire dans les meilleurs délais avant une rénovation thermique adaptée.
  • Généraliser des solutions applicables à plus court terme avec l’installation de protections solaires (volets, brise-soleil, …), en particulier dans le parc social. Ceci nécessite des moyens financiers, mais aussi de simplifier les décisions au niveau des copropriétés ou avec les architectes des bâtiments de France, en collaboration avec les collectivités
  • Protéger et restaurer les écosystèmes (sols, forêts, zones humides, rivières…) qui jouent un rôle clé dans la régulation thermique et la régulation des effets des évènements climatiques extrêmes (inondations, sécheresse…) et afin de renforcer leur résilience et celle de la société face au changement climatique.
  • Les plus gros pollueurs (entreprises et ménages) doivent payer leur juste part : mettre en place un ISF climatique et renforcer la fiscalité sur les entreprises pétro-gazières selon le principe pollueurs-payeurs.
  • Sortir des énergies fossiles en stoppant les subventions néfastes et en soutenant massivement les économies d’énergie, l’électrification des usages – tout en rendant les alternatives accessibles aux ménages vulnérables – et les énergies renouvelables.

“Nous demandons au gouvernement de Sébastien Lecornu de donner des moyens massifs sur plusieurs années au plan national d’adaptation au changement climatique. Le débat actuel sur la climatisation – indispensable dans certains lieux – ne peut reléguer les solutions structurelles pour protéger les Français sur le long terme. Ne pas engager réellement la restauration de la nature et l’adaptation des bâtiments et des infrastructures, avec une vigilance particulière pour les personnes les plus vulnérables, coûtera plus cher en vies humaines, en dépenses de santé et en pertes économiques”, déclare Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat.

Plus d'actualités
  • Suivez les actualités du réseau

    Abonnez-vous à la newsletter du Réseau Action Climat.