Toute mesure qui va diminuer l’automobile en ville est bonne à prendre

Jocelyne Just, pneumopédiatre, cheffe du service d’allergologie pédiatrique à l’hôpital Armand-Trousseau (Paris), dresse un bilan alarmant de l'impact de la pollution de l'air sur la santé.

Prédominance du transport routier en ville
Prédominance du transport routier en ville

Le professeur Jocelyne Just est préoccupé. En tant que cheffe du service d’allergologie pédiatrique de l’hôpital Armand Trousseau, elle est confrontée tous les jours aux pathologies issues de la pollution de l’air. Des pathologies dont l’origine n’est plus à prouver, surtout en ville, où l’importance du trafic automobile fragilise la santé respiratoire de chacun. Face à l’urgence climatique et sanitaire, elle donne des clefs pour agir.

Pollution et transports : quel impact sur notre santé ?

[Pollution de l'air 😷]Les professionnels de la santé nous alertent sur l’impact de la pollution liée à nos modes de transports. Une solution ? Réduire le trafic automobile et interdire le diesel en ville. Toutes les mesures pour agir ▶️ https://reseauactionclimat.org/projet-loi-ong-transports-mobilite/

Publiée par Réseau Action Climat sur lundi 18 juin 2018

Quels impacts aujourd’hui de la pollution de l’air sur la santé ?

Aujourd’hui les répercussions sur la santé respiratoire de la pollution atmosphérique sont dramatiques. Les populations touchées sont surtout les enfants et les femmes enceintes, puisque la pollution inhalée par la maman peut atteindre le fœtus in utero.

Par ailleurs, les répercussions sont grandissantes : petits poids de naissance, risques d’asthme, risques d’allergie chez l’enfant à venir, venue aux urgences, hospitalisations, prise de médicaments… Les symptômes sont différents pour la population adulte qui, elle aussi, souffre de la pollution de l’air : asthme, maladies cardiovasculaires (infarctus, accident vasculaire cérébral par exemple) ou neurodégénératives comme l’Alzheimer ou le cancer du poumon…

Quelles sont les origines de ces pathologies ?

Dans nos villes, la pollution est d’origine automobile. Et c’est un fait avéré. Toutes les études le prouvent : plus vous êtes proches d’une voie à fort trafic, plus le risque d’avoir des maladies en lien avec la pollution augmente. Le lien est donc clairement établi. D’ailleurs nous sommes en dehors des normes : celles européennes, mais aussi celles de l’OMS[1] qui sont nettement plus strictes.

Une autre origine de ces pathologies réside dans la pollution de fond. En dehors de la pollution en pic -dont on entend régulièrement parler- il existe une exposition chronique à la pollution. On respire un air pollué tous les jours, sans le sentir, qui va générer des maladies. Là aussi c’est encore l’automobile qui est le principal coupable de la pollution en ville et de ses répercussions sur la santé.

Qu’est-ce qu’on peut faire pour agir ?

Toute mesure qui va diminuer l’automobile en ville est bonne à prendre : interdire le diesel, favoriser les transports en commun, les pistes cyclables, la marche, augmenter les parkings autour de la ville…

C’est d’ailleurs ce qui a été fait dans une ville comme Tokyo où le diesel a été interdit. On sait que le diesel est pourvoyeur de particules fines très nocives pour la santé. Ces particules ne sont pas qu’irritantes, elles sont immunogènes : c’est-à-dire qu’elles vont impacter notre système immunitaire.

En Californie aussi une étude scientifique a montré que de telles actions, en agissant sur la qualité de l’air, améliorent, in fine, la santé respiratoire des enfants. La croissance pulmonaire des enfants observés s’est en effet améliorée après que les mesures évoquées aient été instaurées.

POUR ALLER PLUS LOIN : LES MESURES DES ONG

Il est très urgent de refondre structurellement la politique de transports actuellement très dépendante du transport routier et du pétrole. La future loi sur la mobilité, en cours d’arbitrage, devra impérativement rectifier le tir avec notamment :

  • Des financements suffisants pour les solutions de transports plus écologiques comme le vélo (200 millions d’euros par an), les transports en commun et le train (investissements supplémentaires d’un milliard d’euro par an) et des aides comme l’indemnité kilométrique vélo.
  • L’interdiction de circuler aux véhicules diesel et essence à travers la création de « zones à très faibles émissions » situées dans toutes les agglomérations polluées d’ici à 2025.
  • L’application du principe pollueur-payeur au transport de marchandises, ce qui permettra de dégager les ressources nécessaires pour financer les alternatives et les mesures d’accompagnement des secteurs et des ménages les plus modestes.
Le projet de loi des ONG

[1] Organisation Mondiale de la Santé

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